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Le Legia Varsovie, ce n'est pas que de la pyrotechnie

Absent du tour principal de la Ligue des champions pendant deux décennies, le Legia Varsovie a commencé sa campagne européenne par un humiliant 0-6 concédé à domicile face à Dortmund. Mais malgré la gifle, malgré la mauvaise forme du moment, c’est un club incontournable du football polonais qui s’est immiscé cette saison dans le grand raout continental. Une institution qui mérite de la reconnaissance, et pas seulement pour la folie furieuse de ses supporters.

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C’était censé être la soirée de la décennie pour les fans du Legia. Mercredi 14 septembre, le club de la capitale polonaise est enfin de retour en phase de poules de Ligue des champions, avec une affiche de gala d’entrée face au Borussia Dortmund. Les joueurs sont remontés, le stade de l’armée polonaise en fusion, les supporters fidèles à leur réputation, faisant un barouf pas possible et accueillant les deux équipes d’un spectaculaire tifo pyrotechnique et d’un message géant aussi malicieux que menaçant : « Guess who’s back ? » Devinez qui est de retour ? Avec pareille entrée en matière, il y a ensuite intérêt d’assurer sur le terrain. Sauf que justement, c’est le contraire qui s’est produit pendant les 90 minutes qui ont suivi, avec au final une cuisante défaite 0-6 concédée face à cette injouable formation de Dortmund. Une humiliation renforçant l’impression générale de ce qu’est le football de club polonais en général et le Legia en particulier : des animations folles pour des résultats sportifs ridicules. Tout dans les tribunes, rien sur la pelouse.

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L’exploit de 69 face à des Verts en pleine ascension


Pourtant, derrière les fumigènes spectaculaires et les déceptions européennes, c’est un vrai beau club de football auquel on a affaire, avec une histoire pas vilaine qui débute il y a exactement cent ans : 1916, des légionnaires issus des différentes armées qui enserrent la Pologne à l’époque trouble de la Première Guerre mondiale fondent ce club qui va longtemps évoluer dans l’ombre des formations de province, de Cracovie, de Poznań ou de Chorzów, ainsi que des voisins du Polonia Varsovie, premier club de la capitale sacré champion national juste après le deuxième conflit mondial de 1946. À l’époque, le Legia passe sous le giron de l’armée et gagne en pouvoir, récupérant du même coup une partie des meilleurs joueurs du pays. En 1955, le premier championnat est remporté en même temps que la première coupe nationale. S’ensuivent une quinzaine d’années d’âge d’or et ce climax d’une glorieuse campagne européenne lors de la Coupe d’Europe des clubs champions 1969/1970. Au deuxième tour de la compétition, Saint-Étienne, qui venait d’accomplir un premier exploit fondateur sur la scène continentale en renversant une situation compromise face au Bayern de Munich, se fait battre à Varsovie comme dans le Forez sur une pelouse enneigée. Buteur à l’aller comme au retour, Deyna est le héros de cet exploit face à Herbin, Jacquet, Revelli, Bereta, Larqué, Salif Keita et toute la bande des Verts. Suit un quart de finale victorieux face à Galatasaray puis finalement une amère élimination en demi-finales face à Feyenoord, futur finaliste. Le club s’est fait un nom en Europe et devient un incontournable, avec un quart de finale la saison suivante, puis finalement de nouveau une demi-finale, en Coupe UEFA cette fois, perdue face à Manchester United en 1991. Cinq ans plus tard, dans un football en pleine mutation post arrêt-Bosman, les Légionnaires s’offrent un dernier frisson en C1 (quart de finale perdu face au Panathinaikos), avant de disparaître des radars pour vingt longues années.

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Des laissés-pour-compte de la nouvelle Europe


Entre 1996 et 2016, il y a bien eu quelques incartades en Coupe UEFA, puis en Ligue Europa, ainsi que des tentatives estivales de qualification pour la Ligue des champions via les tours préliminaires, mais rien de consistant ni de bien séduisant. Du tragicomique plutôt : l’été 2015, les Polonais terrassent sportivement le Celtic au troisième tour préliminaire de la C1, mais sont finalement disqualifiés pour avoir oublié de signaler à l’UEFA le retour de blessure d’un joueur. Une grosse péripétie de plus dans la haine que vouent les plus bourrins des supporters du club aux instances européennes et qu’ils expriment au travers de nombreux tifos, messages et spectacles pyrotechniques pourtant prohibés. Une haine née du sentiment de déclassement vécu par le plus fier des clubs polonais. Peut-être le plus nationaliste aussi, avec des fans qui n’ont jamais vraiment accepté le phénomène de mondialisation du football des deux dernières décennies. Ils se voient en laissés-pour-compte du football européen, dans cette terre du milieu qu’est l’Europe centrale, méprisés par les puissants clubs de l’Ouest, ignorés par ceux de l’Est. Dans ce contexte, plus qu’un sport, le football est un instrument géopolitique, une façon d’essayer d’exister de nouveau, malgré l’adversité et les écarts financiers qui se creusent entre les gros championnats du continent et les autres, comme l’expliquait l’ancien défenseur du Legia Marek Jozwiak en 2012 aux confrères du Monde : « Chez nous, le sport en général et le football en particulier renvoient plus à un phénomène de reprise en main de son identité à travers ses racines culturelles, ethniques, politiques, etc. »

Deux Français, deux internationaux


Trois fois champion de Pologne sur les quatre dernières saisons, le Legia est dominateur sur la scène nationale et aimerait maintenant essayer de retrouver de la fierté sur le plan continental. Le déplacement de ce soir à Lisbonne pour y affronter le Sporting s’avère pourtant très périlleux. La déroute face à Dortmund a plongé l’équipe dans le doute. Elle n’a plus été capable de gagner depuis en championnat et n’a glané qu’un seul succès, toutes compétitions confondues, depuis mi-août. Trois joueurs majeurs des saisons précédentes ont été vendus : Igor Lewczuk à Bordeaux, Onrej Duda au Hertha et Ariel Borysiuk à QPR. Les recrues, dont les Français Steeven Langil et Thibault Moulin, récupérés sur le marché belge, ne semblent pas du même calibre et peinent pour l’instant à s’adapter. Le jeune entraîneur, Jacek Magiera (trente-neuf ans) dispose pourtant toujours de bons éléments dans l’effectif, dont les internationaux Michał Pazdan et Tomasz Jodlowiek. Au Portugal, loin de leur base où l’ambiance mise par les supporters a de quoi tétaniser au moins autant les joueurs locaux que les visiteurs, ces Polonais peuvent tenter un coup ce soir et se relancer. Après tout, depuis le début de saison ils ont plus gagné à l’extérieur qu’à domicile. Preuve que les tifos, si spectaculaires soient-ils, ne font pas tout.

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    Par Régis Delanoë
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