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Le labo du prof Deschamps (Part III)

La fin de la course au titre s'est écrite mercredi soir, mais l'épilogue de la saison de l'OM version Deschamps viendra plus tard. On en reparlera... Aujourd'hui, troisième partie du décryptage de la « méthode Deschamps » , avec un éclairage évident sur le tropisme Aimé Jacquet, le même qui a grandement inspiré son rival bordelais, Laurent Blanc...

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Le discours était limpide. Lapidaire. Dimanche soir, sur Canal Football Club (Canal +), Didier Deschamps avait résumé sa « méthode » qui allait conduire l'OM au sacre. Trois axes essentiels pointés avant la saison 2009-2010 : blinder le secteur défensif, redevenir maître à domicile et muscler le gabarit de l'équipe. Une fois de plus, des mots simples, presque de la langue de bois. Sauf qu'avec Deschamps, il n'y a jamais de paroles en l'air. Ce triptyque reprend en fait, point pour point, les préceptes d'Aimé Jacquet, bâtisseur des Bleus de 98.

Aimé Deschamps

Consolider les bases défensives, c'était d'abord faire venir Diawara et Heinze pour bâtir un axe central fort, augmenté d'un 6 devant la défense, Stéphane Mbia. L'idée est restée, mais les joueurs ont changé. Mbia, milieu défensif comme Desailly ou Blanc autrefois, a été replacé en retrait, en défense centrale, avec Soulé. Heinze, central comme Thuram, s'est retrouvé latéral, et Edouard Cissé a pris la place de Mbia. Le tout augmenté du puissant Charles Kaboré. C'est cette formule gagnante, longue à se dessiner, qui s'est imposée durant la deuxième partie de championnat, avec un constat immédiat : l'OM a pris moins de buts. Comme les Bleus de Jacquet... Idem que pour France 98 : l'impact physique de ce bloc défensif costaud a donné des assurances au jeu marseillais dont le premier bénéficiaire a été bien évidemment Lucho, déchargé enfin partiellement des taches défensives qui nuisaient à son rendement. Fini les courses dans le vide, à errer trop bas pour remonter le ballon depuis ses 16 mètres. Le bloc travailleur a mis le meneur Lucho (comme Zidane chez les Bleus) dans les meilleures conditions.

L'option « puissance physique » rejoint aussi celle de Jacquet pour les coups de pieds arrêtés, un exercice vital du foot moderne où l'OM s'est particulièrement distingué. Un truc récurent, presque un classique : centre de Lucho sur Brandao, Diawara, Mbia ou Heinze (tous ont été buteurs à tour de rôle de la tête, cf. OM-Nice, 4-1), voire Cheyrou... Pareil avec Djorkaeff ou Petit qui, eux, centraient sur les mastards Blanc, Desailly, Dugarry, Zidane ou Guivarch. On sait que les coups de pieds arrêtés décantent souvent les matchs : Bordeaux n'a pas agi autrement pour rafler le titre l'an passé et caracoler en tête cette saison jusqu'à la trêve... On notera la qualité de centre irréprochable de Lucho. Un truc a priori tout con : bien centrer, ça fait partie du boulot du joueur pro moyen. Ben, nan ! Souvenez-vous des infarctus à répétition de Jean-Michel Larqué quand il commente ces corners trop courts ou ces coups franc indirects qui passent derrière les buts...


Didier Jacquet

Autre précepte emprunté à Aimé Jacquet : l'invincibilité en général, et surtout l'invincibilité à domicile. Y'a pas que du Jacquet là-dedans, bien sûr : ça remonte aux années OM de Tapie, où la défaite était interdite au Vélodrome (tout comme pour le PSG au Parc !), ou aux années Juve. Inspiré du modèle allemand, et notamment des performances « écrasantes » de la Mannschaft, Jacquet a dès sa prise de fonction imposé implicitement la haine de la défaite. Le souvenir traumatisant aussi du France-Bulgarie qui avait conduit à sa nomination dans la foulée a joué aussi pour beaucoup... Quand Jacquet quittera les Bleus au soir du France-Brésil 12 juillet 98, il laissera un bilan vertigineux : 53 matchs, 34 victoires, 16 nuls et seulement 3 défaites. Du coup, on comprend mieux la phrase de DD en conférence de presse d'après OM-Rennes, au moment du sacre : «  Nous avons fait une bonne première moitié de saison à part ce match contre Auxerre qui plombe un peu tout. Du coup, j'ai passé l'un des pires Noël de ma vie » . Du 100 % Deschamps... L'infamant OM-Auxerre (0-2) du 23 décembre dernier, ou la goutte d'eau qui fait déborder le vase : La Dèche a dit stop ! Après la trêve, l'OM alignera donc une série toujours en cours de 13 matchs sans perdre (10 victoires et 3 nuls), pas un hasard.

Enfin, tout comme son mentor Jacquet, Deschamps a fait preuve de pragmatisme en attaque. Ni Aimé autrefois, ni Didier aujourd'hui n'ont disposé d'un vrai buteur, un vrai « killer » capable de tuer les rencontres. Bien sûr, Mamadou Niang finira sûrement meilleur buteur de la saison, ou pas loin. Mais avec un total actuel de 16 buts et qui restera quasi certain autour des 20 réalisations, le bilan est décevant. Surtout au vu des trop nombreuses occases gâchées. Brandao a montré ses limites et Niang a encore « oublié » de briller en Ligue des Champions... Du coup, DD a alterné les rôles entre les deux attaquants, les faisant passer chacun leur tour du couloir gauche au poste d'avant-centre, plutôt que de fixer définitivement l'un ou l'autre au poste de N° 9. Deschamps a assigné aux deux compères les rôles à la fois de finisseur et relayeur-travailleur, un peu comme pour la paire Djorkeff-Guivarch, le premier en 9 et demi, électron libre sur la gauche mais capable de marquer à tout moment et le deuxième en buteur-finisseur (même si stérile en 98) mais aussi capable de fausses pistes et de relais pour faire marquer les autres.

Pragmatisme encore : le choix de garder Valbuena. Même s'il n'est pas un killer des surfaces, Petit Vélo doit énormément à son sens du but le fait d'avoir été conservé dans l'effectif à la trêve et titularisé dans la deuxième partie du championnat. Ni Ben Arfa, ni Koné (et ni Morientès !) n'ont cette efficacité qui a fait de Valbuena le « troisième homme » de la ligne d'attaque. Même si Niang reste « le buteur de l'OM » (16 buts), la part de Brandao (8 buts) et celle de Valbuena (5 buts), soit 13 réalisations, dessinent surtout une ligne d'attaque plus « collective » que celles avec « buteur unique » . On est à peu près certains que La Dèche souhaiterait que la saison prochaine, il puisse compter sur un grand avant-centre capable d'en mettre au moins 25. Sera-ce Niang ou un autre ?

Chérif Ghemmour

PS : Petit rappel... Pour ceux qui n'avaient pas suivi, « Le labo du prof Deschamps » c'est une série de d'articles sur la « méthode Deschamps » . Aujourd'hui, c'était la partie III. Vous pouvez aussi consulter les deux autres précédentes ( « Le labo du prof Deschamps » , part I et part II).

A lire :


Le Labo du prof Deschamps, part I


Le Labo du prof Deschamps, part II

PS 2 : A titre strictement perso... Réponse à l'internautes courageusement anonyme (message laissé hier suite à l'article « L'OM champion 2010 » : «  vive le gros suçage de boules. Aucune éthique chez So Foott » ). On n'a pas attendu mercredi soir et le titre de champion pour affirmer que Didier Deschamps était l'homme de la situation. On l'avait écrit dès l'article « Le labo du prof Deschamps » - Part I. C'était en novembre dernier... Une période très difficile pour l'OM, quand beaucoup de gens, dont pas mal de « supporters » marseillais, réclamaient la tête de Deschamps. DD a fait cette déclaration en conf' de presse après OM -Rennes : «  Merci à tous les journalistes de m'avoir bien critiqué au moment où c'était compliqué » . Nous à So Foot, on n'a jamais critiqué. Aujourd'hui, on s'excuse juste d'avoir eu raison.

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