Le jour où Saint-Marin a établi un record positif

Il y a 22 ans, l’attaquant Davide Gualtieri inscrivait le but le plus rapide durant une opposition entre sélections. L’heure de gloire du football saint-marinais avec l'Angleterre en sparring-partner.

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M. Nazri siffle le coup d’envoi. Saint-Marin est à l'engagement, et Manzaroli passe le ballon au capitaine Bonini qui vient de conclure son échauffement en sautillant. L’ancien milieu de la Juve le transmet à Bacciochi qui le redonne à Manzaroli. Côté droit, Gualtieri ébauche un appel, son coéquipier le voit, mais loupe complètement sa transmission qu'intercepte tranquillement Stuart Pearce. L’arrière anglais joue la sécurité en s'appuyant sur Seaman, seulement, son plat du pied se transforme en semelle. À l’affût, Gualtieri place une petite accélération et se jette sur le ballon qu’il touche du bout du pied droit. Le portier moustachu est battu après huit secondes et trois dixièmes. C’est alors le but le plus rapide entre deux sélections, un record qui tient toujours aujourd’hui.

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Un but ayant presque contribué à l’élimination des Anglais


« Le coach nous avait bien dit de jouer de suite le premier ballon, d’attaquer, car on aurait très peu d'opportunités durant le match. D’ailleurs, la façon dont l’action se développe ne laisse place à aucun doute. Ce but n’est pas juste un coup de chance » , tient à préciser le héros de cette soirée. Davide Gualtieri a 22 ans à l’époque et est aligné comme titulaire pour la première fois de sa carrière. Il n’est pas encore propriétaire du magasin de matériel informatique, mais conclut ses études dans ce secteur. Lui et ses coéquipiers amateurs pour la plupart résisteront jusqu’à la 22e minute : « Les Anglais étaient très remontés et s’en voulaient à mort pour cette erreur. » Paul Ince égalise, Ian Wright s’offre un quadruplé, Ince en remet une et Les Ferdinand complète le tout. 7-1 score final. L’Angleterre sort victorieuse de cette rencontre disputée à Bologne, mais le but de Gualtieri est loin d’être anecdotique.

Nous disputons alors la dernière journée de qualifications pour la World Cup 94, et les Britanniques luttent avec les Néerlandais pour décrocher le second billet dans ce groupe 2 dominé par la Norvège. L’Angleterre doit l’emporter au moins avec 7 buts d’écart si elle veut espérer aller aux États-Unis tout en espérant une défaite de son adversaire direct. Fort heureusement, les Pays-Bas s’imposent dans le même temps en Pologne et évitent la honte d’une élimination à cause d’un but infligé par Saint-Marin. La plus vieille république du monde en marquera d’ailleurs un seul autre en Turquie durant ces éliminatoires. En 133 rencontres officielles, le petit poucet d’Europe a inscrit un total de 21 buts. Et cette réalisation fait de Gualtieri le troisième meilleur buteur ex-æquo de l’histoire de la sélection, seuls Marani et Selva ont fait mieux avec respectivement 2 et 8 buts.

Maillot(s) souvenir(s)


Gualtieri est bien conscient de ce statut de mascotte et s’en amuse : « Plusieurs télés étrangères sont venus me voir, la BBC a fait un reportage il y a quelques années et m’avait promis qu’elle le passerait à Pearce. D’ailleurs, je ne l’ai jamais revu depuis, c’est bien dommage ! » Parmi les souvenirs de sa modeste carrière, Davide conserve le maillot rouge floqué du numéro 3 de celui qui portait alors les couleurs de Nottingham Forest : « Il a été très sympa à la fin du match, la colère lui était passée et on a pu s’échanger nos paletots. » Dans le reste du Royaume-Uni, on ne laisse pas passer une telle opportunité et c’est un autre maillot qui fait fureur, celui floqué « Gualtieri eight seconds » : « Des amis m’en ont acheté un quand on est allés jouer en Écosse, il paraît que je suis leur idole là-bas » , lâche-t-il hilare.

Dans son magasin d’informatique, Gualtieri reçoit de temps en temps la visite de passionnés lui demandant de dédicacer un maillot, lui qui n’a jamais poussé plus haut que l’Eccellenza, soit la sixième division italienne : « C’était du semi-pro, on nous remboursait nos déplacements, rien de plus. » Rangé du foot depuis une sale blessure aux adducteurs, Davide a changé de discipline : « L’an dernier, j’entraînais des gamins de 6/7 ans, c’était génial. Mais malheureusement, il faut du temps, cela ne correspond pas à mes horaires. Alors je me suis rabattu sur le futsal, j’ai passé mes diplômes et peux ainsi coacher partout en Europe ! » Il y a quelques années, sa Fédération lui a remis un prix pour le faire entrer dans la postérité. Il s’en est fallu de peu qu’il ne soit caduc. En effet, lors d’un amical Allemagne-Équateur de mai 2013, Podolski ouvrit la marque après seulement 9 secondes de jeu. « J’ai eu très chaud ce jour-là, mais mon record est sauf !  » , conclut-il. Les records sont faits pour être battus, récite une célèbre maxime. Celui-là, on aimerait qu'il ne le soit jamais.

Par Valentin Pauluzzi
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Dans cet article

C'est beau le foot et ses histoires incroyabes.
Faut le faire, 8 buts avec Saint Martin...
Les 8 buts avec ST Marin, c'est Andy Selva, une légende vivante locale. ;)
Message posté par Shaolin
Les 8 buts avec ST Marin, c'est Andy Selva, une légende vivante locale. ;)


Je le connais pas, mais je doute pas de son statut local!
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