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Le jour où Pizzi faisait exploser le Nou Camp

Entre un Barça vaincu ce samedi et un Atlético de Madrid en pleine bourre, la lutte sera féroce pour une place en demi-finale de la Ligue des champions. Toutefois, la confrontation devrait éviter de basculer dans le paranormal, comme lors de ce quart de finale retour de Coupe du Roi 1996/1997.

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« Les Barça-Atlético, ce sont toujours des matchs avec une forte intensité. À cette époque, nos confrontations donnaient des buts et de l’émotion. Je crois que ce match fou résume bien la chose. » Durant ces huit saisons passées sous la tunique du FC Barcelone, Miguel Angél Nadal aura affronté l’Atlético de Madrid un paquet de fois avec, à la clé, des joies ou des déceptions. Ce soir-là pourtant, le défenseur international espagnol n’aura passé que cinq minutes sur le pré. Cinq minutes suffisantes à faire partie d’un match gravé à jamais dans les plus grands exploits modernes du Barça. Pourtant, ce match n’est pas une finale de Coupe d'Europe ou un match décisif pour l’obtention d’un titre national. Ce match, c’est un quart de finale retour de Coupe du Roi contre l’Atlético de Madrid joué au Nou Camp le 12 mars 1997. L’adversaire des Culés est de taille, puisque les Matelassiers sont les derniers vainqueurs de la Liga et de la coupe nationale en 1995-1996. D’ailleurs, la première manche au Vicente-Calderón s’est terminée sur un match nul à spectacle (2-2). « Nous savions que nous avions marqué des buts à l’extérieur, avoue Nadal. C’est vrai que cela nous donnait une certaine tranquillité. » Le souci, c’est que la tranquillité ne sera jamais au rendez-vous dans ce match pas comme les autres.

Le poison Pantić


Déjà vainqueur du Real Madrid au tour précédent, le FC Barcelone doit se coltiner à domicile une nouvelle écurie madrilène. Conforté par la réussite de son 4-2-3-1 avec Ronaldo seul en pointe contre le Real, Bobby Robson remet le couvert pour prendre le dessus sur l’Atlético. Mais la bande de Radomir Antić n’est pas venue pour subir le jeu, bien au contraire. Plus à l'aise en début de match, les Rojiblancos sont aidés par la maladresse de Vítor Baía, auteur d’un mauvais blocage de balle sur l’ouverture du score du milieu yougoslave Milinko Pantić (9e). Rebelote vingt minutes plus tard : excentré côté gauche, Pantić profite d’un trou laissé par Baía pour doubler la mise. Le Barça panique, et Laurent Blanc accroche Kiko dans la surface. De sang-froid, Pantić transforme le penalty en contre-pied et porte le score à 3-0 (33e). Là, le Barça touche le fond. Robson souhaite un électrochoc pour ses poulains, il tente son va-tout : Gheorghe Popescu sort à la place de Hristo Stoïchkov, Laurent Blanc laisse sa place à Juan Antonio Pizzi. Deux attaquants entrent à la place de deux défenseurs, le tout à la 41e minute de jeu. Dans sa zone technique, Radomir Antić ne cède pas au coup de pression de l’Anglais. « Notre désir, c’était de jouer haut, confie l’ancien coach de l’Atlético. On voulait avoir le ballon, rester dans une dynamique positive. On savait que contre le Barça de toute façon, il nous fallait ce ballon. L’objectif, c’était de ne pas reculer devant leurs changements offensifs. »


Depuis le banc de touche, Nadal voit la réaction de Sir Bobby de ses propres yeux. « Le coach aurait très bien pu changer certains joueurs et considérer que le match était déjà plié, avoue l’ancien stoppeur. Son objectif, c’était de nous remotiver. Même dans les cinq minutes avant la mi-temps, il fallait inverser cette tendance. » Les cinq minutes sont vierges de but, mais Robson fait passer un message à ses joueurs. Non, le Barça ne rendra pas les armes. « Regardez votre maillot et l’écusson que vous représentez » , ordonne l'entraîneur à ses ouailles aux vestiaires. Nadal ajoute une anecdote : « La bronca était énorme quand nous rentrons dans le vestiaire. Je me souviens qu’à la pause, Robson avait mis l’accent sur le fait d’aller en prolongation. C’était une alternative impossible, puisque l’Atlético avait déjà marqué trois fois (rires) ! Au moins, cela nous avait donné le sourire et la volonté d’égaliser à 3-3, c’était notre objectif. Avec ces trois buts, ce serait toujours plus facile pour nous d’aller chercher le quatrième. » Revigoré pour la seconde période, le 3-4-3 du père Bobby s’apprête à lâcher les chevaux.

« Pizzi, sos macanudo ! »


La première chose à faire dans ce type de situations, c’est de reconquérir le cœur du public. Pour cela, rien de tel que Ronaldo pour remettre en marche la machine blaugrana. En cinq minutes top chrono, le Brésilien inscrit deux buts et fait croire à une impossible remontada (47e, 50e). Emporté par la folie, Vítor Baía s’emballe au moment de passer le ballon à Fernando Couto, et permet à Milinko Pantić d’inscrire un quadruplé la minute suivante (2-4, 51e). Le Barça semblait lancé comme une fusée, mais Pantić confirme qu’il est dans un très grand soir. « Le quatrième but de Pantić nous met un bon coup sur la tête, parce qu’on s’était mis à y croire, détaille Nadal. Mais si on fait le calcul, avec deux buts marqués et un encaissé, nous nous étions rapprochés de l’objectif annoncé à la mi-temps. Encore deux buts et nous parvenions à égaliser… » Le public est saoulé par Pantić, mais le public est excité, et c’est bien là le plus important. « De notre côté, on continuait de jouer, car cela les gênait, enchaîne Antić. C’était un match de coupe, et seule la victoire pouvait leur permettre de passer. » En réalité, le Barça se concentre sur le fait de revenir à hauteur de l’Atlético, et le Barça garde espoir. Après un quart d’heure de bataille, Luís Figo réduit encore l’écart d’une volée magnifique (66e). Depuis le centre du terrain, Iván de la Peña passe le ballon à Ronaldo, auteur d’un coup de rein dévastateur pour croiser sa frappe et s’offrir un triplé (4-4, 72e).


Aussi fou que cela puisse paraître, il reste vingt minutes à jouer, et le Barça est revenu de l’enfer. « Avec un tel scénario, ton adversaire est dans le doute, tu peux aller chercher le but de la victoire, considère Nadal. Mais pour être franc, tu ne peux y croire que lorsque tu marques le cinquième but ! (rires) » Dans la tourmente, l’Atlético se voit contraint de subir un nouvel assaut catalan : Guardiola centre pour la tête d’Abelardo, Molina repousse et engendre une clameur assourdissante dans le stade. Pas le temps de laisser rebondir la balle que Pizzi vient déjà de fusiller le portier (76e). 5-4, le Nou Camp est en furie. « J’avais simplement bien joué mon rôle de remplaçant sur la fin de match, estime Nadal. Mais c’est sûr que les titulaires, le banc de touche et surtout le public furent touchés par ce match exceptionnel. Du désastre, on rentrait directement dans l’histoire. C’était un match spécial pour tout le monde. » Sur les ondes de Radio Catalunya, Joaquim Maria Puyal lâche en argentin « Pizzi, sos macanudo ! » (Pizzi, tu es magique, en VF) et bascule dans l'hystérie comme tous les spectateurs, y compris Antić. « Pour moi, ce cinquième but de Pizzi est hors jeu. Mais dans son ensemble, ce fut un très grand match de football, conclut le technicien désormais basé en Chine. J’ai toujours eu beaucoup d’affection pour Robson. Une fois, nous étions invités ensemble pour un match entre anciens à Luton Town, je faisais partie des joueurs et lui était entraîneur. Avant le match, il était en train d’expliquer sur le tableau noir qui devait défendre en premier rideau sur le corner… Même dans les matchs amicaux, Robson ne laissait rien au hasard. » Perfide Bobby.

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Par Antoine Donnarieix
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