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Le jour où le Werder a joué contre le HSV... avec un maillot du HSV

Être obligé de jouer avec le maillot de l'ennemi pendant une mi-temps, c'est horrible. Le Werder Brême en a fait l'expérience le 27 novembre 1971, à l'occasion du Nordderby contre Hambourg. Une humiliation de plus lors d'une saison plus que chaotique pour le SVW.

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Le score est 0-0 dans ce 51e Nordderby quand Walter Eschweiler renvoie tout le monde aux vestiaires. Si la première mi-temps est assez plaisante pour les 18 000 spectateurs du Volksparkstadion de Hambourg, elle l'est moins pour l'arbitre de la rencontre. En effet, Eschweiler n'aime pas trop la façon dont les deux équipes sont habillées. Les joueurs du HSV portent un maillot blanc et leur traditionnel short rouge (d'où le surnom de Rothosen, les pantalons rouges en VF), tandis que ceux du Werder, une fois n'est pas coutume, arborent un haut blanc et rouge et un bas blanc. Une plaie pour Walter Eschweiler, qui a du mal à distinguer les joueurs des deux équipes. « Die Pfeife der Nation » (le sifflet de la nation) demande alors aux joueurs du Werder de changer d'étoffe. Problème : les visiteurs n'ont pas de tenue de rechange. Après quelques minutes de flottement, une solution est trouvée : les joueurs du Werder vont devoir disputer la seconde période avec le maillot extérieur de leur ennemi juré, qui est tout bleu.

La fièvre acheteuse


Cette humiliation, qui plus est lors du match le plus important de la saison, n'est qu'une gifle de plus dans la saison mouvementée que vit le club de Brême. Pourtant, ce n'est pas vraiment ce qui était prévu du côté des Werderaner. Champion en 1965, vice-champion en 1968, le SVW était rentré dans le rang depuis quelques années et se bagarrait dans le ventre mou de la Bundesliga. Avec l'abolition par la Fédération allemande de football de la limite de 100 000 Marks pour les transferts à l'orée de la saison 71/72, la donne devait changer pour le club du Nord de l'Allemagne. La ville-région et des hommes d'affaires du coin mettent la main à la poche, et permettent au Werder de flamber durant la période du mercato. De nombreuses stars rejoignent les rangs du SVW, comme par exemple les attaquants Herbert Laumen et Peter Dietrich, champion la saison d'avant avec Gladbach, Willy Neuberger, défenseur réputé du Borussia Dortmund, ou encore Jürgen Weber, qui sort d'une fabuleuse saison avec le Hertha BSC (3e). Le montant des transferts s'élève à près de 700 000 Marks, et le Werder hérite du sobriquet « Millionenelf » , l'équipe à un million. Et encore, cette équipe aurait pu être encore plus dingue. « Quand j'y pense, nous aurions pu avoir Paul Breitner et Uli Hoeness également ; mais Hans Wolff, le manager de l'époque, n'en voulait pas » , se rappelle Klaus-Dieter Fischer, l'ancien président du Werder, dont le plus grand regret s'appelle très certainement Günter Netzer. « Nous étions d'accord avec lui. Il jouait à Gladbach et dirigeait le "Fohlen echo", le magazine du stade. Netzer voulait venir, mais il voulait également être responsable du magazine du Werder. Sauf que nous venions d'en donner la direction à notre ancien joueur, Klaus Matischak. Et je ne voulais pas revenir sur ma décision. Peu de temps après, Netzer est parti au Real Madrid pour une grosse somme. »

Malgré la non-venue de trois futurs champions du monde (1974), cette équipe du Werder est, sur le papier, l'un des plus beaux effectifs de Bundesliga. Et pour marquer cette période de renouveau, la municipalité demande au club de troquer son habituel vert et blanc pour un maillot rouge et blanc, aux couleurs du Land. Le fameux losange et son « W » disparaissent également, au profit du drapeau de la Hanse de Brême, qui date du XIVe siècle. Reculer pour mieux sauter, en quelque sorte. Sauf que le Werder ne sautera pas, et finira par se prendre les pieds dans le tapis. La cohabitation entre les stars fraîchement arrivés et les anciens (Günter Bernard, Dieter Zembski, Horst-Dieter Höttges...) ne se passe pas au mieux. Quant aux entraîneurs, ils paient les pots cassés. Ils seront quatre à se succéder au cours de cette saison 71/72.

Une défaite pour les joueurs et les fans


C'est Josef Piontek qui est en charge de l'équipe au moment du Nordderby. L'ancien défenseur du Werder (277 matchs pour le SVW entre 1960 et 1971) est une légende du côté de la Weser, et connaît toute l'importance de ces rencontres face à l'ennemi hambourgeois. À la mi-temps, Piontek est tout heureux de voir son équipe rentrer sur un score nul et vierge, Klaus Zaczyk ayant foiré son penalty à la 40e minute. L'attaquant du HSV finira néanmoins par trouver le chemin des filets à la 70e pour le 2-0, neuf minutes après l'ouverture du score signée Georg Volkert. Maillot du HSV sur le dos, les joueurs du Werder vivent un véritable cauchemar dont ils veulent sortir au plus vite. La réduction du score de Werner Weist à quatre minutes du terme est anecdotique : Walter Eschweiler siffle le coup de sifflet final, qui s'apparente à une délivrance pour les Werderaner. Sans doute attristés pour leurs fans par la défaite et l'humiliation subies, ils quittent la pelouse du Volksparkstadion la tête basse, mais avec l'envie pressante d'enlever cette seconde peau qui leur arrache les tripes. À la fin de la saison 71/72, le Werder finira à la 11e place, juste derrière le HSV, non sans avoir lavé son honneur : en Coupe d'abord, avec une victoire en huitièmes de finale (4-2, 0-1), en championnat ensuite, avec une victoire 4-0 lors de l'avant-dernière journée de championnat. L'honneur est sauf.

Par Ali Farhat Propos de Klaus-Dieter Fischer tirés de www.kreiszeitung.de
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Donc Hambourg ne pouvait pas changer son maillot blanc en bleu et du coup le Werder aurait gardé son blanc et rouge.
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