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Le jour où le record d’affluence de Gerland a explosé

Septembre 1980, l’OL affronte l’ASSE au stade de Gerland devant plus de 48 000 spectateurs. Un chiffre record qui fera de ce derby l’un des plus marquants de l’histoire.

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Les abords du stade de Gerland sont noirs de monde, plusieurs milliers de supporters rouges, bleus et verts défilent sur les avenues Jean-Jaurès et Tony Garnier. Ce 9 septembre 1980, l’Olympique lyonnais reçoit l’AS Saint-Étienne, son grand rival historique et régional, dans le cadre de la neuvième journée de première division. 48 852 supporters se pressent pour assister à ce choc entre le leader du championnat et son dauphin. Jamais le stade de Gerland n’aura accueilli autant de spectateurs entre ses quatre tribunes. Un record vieux de trente-six ans, resté intacte malgré les sept titres de champion de France ramassés par l’OL entre 2002 et 2008, les grandes nuits européennes contre le Real Madrid au milieu des années 2000 ou la demi-finale de C1 contre le Bayern Munich. Car si l’œuvre de l’architecte lyonnais Tony Garnier était initialement conçue pour pouvoir accueillir 50 000 spectateurs, elle a dû subir d’importants travaux de rénovation pour recevoir des rencontres du Mondial 1998, réduisant ainsi sa capacité à 41 842 places. Le record d’affluence pour un match des Gones aura finalement été battu lors du match inaugural du Parc OL contre Troyes, le 9 janvier dernier. Mais le premier derby de l’histoire dans ce nouvel écrin promet d’exploser tous les compteurs.

« Ne montez pas sur les pylônes »


Régis Juanico : « Des gens qui courent, il n’y en a pas énormément à l’Assemblée » 


Plus de 48 000 spectateurs payants se sont donc donné rendez-vous « sous la pendule » ou « devant les lions » de Gerland en ce début de soirée automnal de septembre 1980. Mais ce chiffre officiel est à revoir largement à la hausse selon Cyril Collot, co-auteur de l’ouvrage Histoires du derby OL-ASSE (La Taillanderie, 2005) : « Le nombre officiel de 48 000 spectateurs présents ce jour-là n’est pas le bon puisqu’il y avait du public disséminé un peu partout dans le stade. Certains étaient perchés sur la pendule du Virage Nord, d’autres avaient escaladé les pylônes des projecteurs ou s’étaient glissés sur les toits des tribunes Jean-Bouin et Jean-Jaurès. » Au total, on estime entre 55 000 et 58 000 le nombre de spectateurs s’étant déplacés pour voir évoluer les joueurs lyonnais contre l’ogre stéphanois, emmené par Michel Platini, Johnny Rep et Laurent Paganelli. Une ambiance qui avait fortement impressionné Daniel Xuereb, alors attaquant de l’OL : « J’étais tout jeune, je devais avoir vingt et un ans, c’était l’un des premiers derbys que je jouais à Gerland. J’avais plutôt l’habitude de jouer en troisième division, devant cent personnes, donc quand tu entres sur la pelouse et que tu vois tout ce monde, ça te fait un grand changement. »

Si les joueurs sont fascinés par l’ambiance mise par les tribunes, les dirigeants lyonnais et les forces de police tentent plutôt de canaliser les supporters, craignant d’éventuels débordements. « Il y avait pas mal de peur de déplorer des incidents ou des blessés puisque certaines personnes avaient pris des risques incroyables pour assister à cette rencontre, détaille Cyril Collot. Sur des photos, on voit des gens passer par-dessus les barrières, c’était un peu du n’importe quoi, tout le monde était dépassé par l’engouement. » Si bien que Noël Aymard, l’emblématique speaker de l’époque à Gerland, délaisse ses fameuses annonces publicitaires pour « les voyages Puthet » ou la boutique des « Trois-Frères » pour appeler au calme et faire des rappels à l’ordre : « Ne montez pas sur les pylônes, ne montez pas sur les pylônes. »

Ce derby de 1980 était attendu comme le « match de l’année » pour les supporters des deux équipes, alors au coude-à-coude en tête du classement de Division 1. « Ça faisait longtemps qu’on n’avait pas vu les deux équipes de la région, en tête au classement. Ces années-là, Saint-Étienne était au sommet alors que l’OL était plutôt dans le creux de la vague, flirtant chaque année avec la relégation en D2, explique Cyril Collot. En plus de la rivalité entre les deux clubs, tout le monde voulait voir ce match entre les deux premiers du championnat. Et comme à l’époque, il n’y avait pas de télévision pour retransmettre la rencontre, ceux qui voulaient le voir n’avaient qu’un seul moyen, c’était de se rendre au stade. »

Vidéo

Xuereb répond à Zimako


Habitués aux grosses ambiances européennes, quatre ans après leur finale de C1 perdue contre le Bayern Munich à Glasgow, les joueurs stéphanois restent impressionnés par ces tribunes pleines à craquer à ciel ouvert. Un derby qui garde une saveur particulière pour le portier des Verts Jean Castaneda : « C’était mon premier derby en tant que joueur. J’en avais vu beaucoup en tribunes ou depuis le banc de touche, mais là, sur le terrain, c’était énorme. Il y avait une ambiance incroyable, du monde de partout. Ça rajoutait un peu de pression, il y avait toujours une ambiance un peu hostile quand on jouait à Lyon, mais ça nous motivait encore plus pour gagner le match. » Et ce sont d’ailleurs les Verts qui frappent en premier, juste avant la pause, grâce à leur ailier kanak Jacques Zimako. Au retour des vestiaires, Daniel Xuereb prend Gérard Janvion de vitesse et égalise d’un puissant tir croisé. Le stade de Gerland s’enflamme : « Quand j’ai marqué, j’ai cru que le stade allait s’écrouler, raconte aujourd’hui celui qu’on surnommait "Monsieur Xu". Lorsque tu joues des matchs de cette envergure, des derbys, tu as des frissons, la pression, tu n’es plus vraiment toi-même. Quand je marque ce but, j'entre en transe. C’est sûrement ce qui peut t’arriver de plus beau à cet âge-là. »

La fin de match est complètement dominée par les joueurs lyonnais, mais Jean Castaneda maintient les Verts à flot en multipliant les arrêts contre Serge Chiesa ou Jean Tigana. « Des parades, j’ai dû en faire 200 ou 300 sur ce match. (Rires) Je me souviens que ça avait été un peu compliqué ce jour-là pour nous. Mais étant stéphanois de naissance, un derby pour moi, ça reste quelque chose de particulier, ça ajoutait une motivation supplémentaire » , se souvient l’ancien gardien des Bleus. Un match nul accueilli avec joie par les Lyonnais, à l’image de Daniel Xuereb : « Faire match nul contre Saint-Étienne à l’époque, c’était quasiment un miracle. Ils dominaient tellement le championnat qu’à chaque fois qu’on pouvait leur prendre des points, c’était fantastique. » Tenus en échec au stade de Gerland, les joueurs de Robert Herbin remporteront le titre de champion de France à l’issue de cette saison 1980-1981, le dernier en date dans l'histoire du club.


Lyonnais et Stéphanois ensemble dans les tribunes


À cette époque, les interdictions ou restrictions de déplacements des supporters adverses, qui marquent les derbys depuis maintenant quatre saisons, semblaient bien lointaines. « Il n’y avait pas encore le phénomène des ultras ou de groupe de supporters à Gerland, donc il n’y avait pas vraiment de kop, mais des supporters mélangés avec du rouge et du vert un peu partout dans le stade. Ça créait une ambiance assez particulière » , explique Cyril Collot. Les anciens joueurs rhodaniens et ligériens regrettent aujourd’hui l’absence de supporters adverses lors des confrontations entre l’OL et l’ASSE. Daniel Xuereb : « Un derby sans supporters, ça a moins de valeur. À notre époque, il n’y avait pas toutes ces interdictions. Parfois, ça leur arrivait de se mettre sur la gueule, mais ça restait bon enfant, on n’en entendait plus parler le lendemain. Mais avec les années, les supporters ont changé, les rancœurs sont plus tenaces, donc la ligue est contrainte de prendre ces décisions. » Quant à Jean Castaneda, il regrette que les supporters des Verts soient privés de ce premier derby au Parc Olympique lyonnais : « Les Lyonnais, comme nous, comme avec Madrid et Barcelone, quand le calendrier sort, il y a deux dates qui sont cochées, ce sont celles des derbys. C’est dommage de ne pas voir des supporters des deux équipes pour ce premier derby dans ce nouveau stade. » Et même si les supporters de l’ASSE ont refusé d’utiliser les 771 places mises à leur disposition par la LFP, dans le secteur visiteur du Parc OL, le record d’affluence pour un derby, établi par les 48 852 spectateurs du 9 septembre 1980, s’apprête à être effacé des tablettes.



Par Maxime Feuillet Tous propos recueillis par MF
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