Le jour où la prophétie de Franco Scoglio s'est réalisée en direct

Il y a dix ans, l'ancien entraîneur du Genoa décédait tragiquement sur un plateau télé. Le peuple rossoblù disait adieu à l'un de ses personnages les plus représentatifs.

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La discussion entre Franco Scoglio, ex-entraîneur du Genoa, et Enrico Preziosi, actuel président, s'anime gentiment. Quelques petits pics - « Si vous ne m'appelez pas professeur, je ne vous appelle pas président » - dérivant d'un désaccord sur la politique menée par le club, la tension monte d'un petit cran, mais rien de bien méchant. Un débat comme on en voit des milliers dans les émissions de foot italiennes. Tandis que Preziosi développe sa défense au téléphone, assis sur son siège, Scoglio penche sa tête en arrière et perd connaissance. Présentateur de cette émission sur Primocanale, une chaîne émise en Ligurie, Giovanni Porcella prend le pouls du professeur et comprend très vite la gravité de la situation. Son assistante appelle les secours, mais ils n'y pourront rien. Nous sommes le 3 octobre 2005. Âgé de 64 ans, Franco Scoglio décède d'un arrêt cardiaque.

Il préparait son grand retour


Dix ans plus tard, le journaliste génois et genoano a encore du mal à faire le deuil d'une personne qu'il considérait comme un ami proche pour l'avoir fréquentée pendant des années : « C'était quelque chose d'inattendu, même si je me souviens qu'il avait confié être très stressé avant le début de l'émission. Il voyageait entre Londres et l'Afrique, continent qu'il adorait, d'ailleurs, il avait des contacts très avancés avec le Sierra Leone pour en devenir le sélectionneur. Il enregistrait des programmes sur le foot anglais pour la chaîne Al Jazeera. En plus, je crois qu'il tentait secrètement de revenir au Genoa avec ses joueurs les plus fidèles, et cela le rendait encore plus anxieux. J'ai parlé avec son fils après la tragédie, et il m'a révélé que son papa n'était pas dans de très bonnes conditions physiques. Mais je répète, quand il est entré sur le plateau, Franco était fatigué mais tranquille, rien ne faisait présager une telle tragédie. »

Scoglio est victime d'un malaise à 21h20, 25 minutes plus tard, le SAMU officialise son décès. L'ancien joueur Claudio Onofri, le journaliste Nino Pirito, tous sont sous le choc : « On n'a rien pu faire, les secours sont arrivés très rapidement, il est mort sur le moment. On ne l'a même pas emmené aux urgences. Quand je lui ai tenu le bras au moment de sa défaillance, j'ai senti qu'il se laissait emporter... » Inquiets, les téléspectateurs prennent d'assaut le standard de la chaîne, tandis que le réalisateur coupe net l'émission et envoie la pub. « Le pire, ça a été de le dire à Enrico Preziosi qui débattait avec lui, mais au téléphone. Il n'avait pas compris ce qu'il s'était passé, il pensait même qu'on lui avait raccroché au nez. Quand il a su, il était bouleversé. » Les entraîneurs perdent un collègue brillant, et le peuple du Genoa pleure son guide spirituel.

« Je mourrai en parlant du Genoa  »


Personnage anti-conformiste, Franco Scoglio est un de ces entraîneurs qui s'est fait tout seul, sans avoir une carrière de joueur derrière lui. Il entraîne 16 clubs et dirige également deux sélections, la Libye et la Tunisie, qu'il qualifie au Mondial 2002 avant de démissionner pour sauver son Genoa qui risque la Serie C1. « Il a vécu ce club comme personne d'autre, quelque chose de magique s'est créé entre lui et les supporters. Lors de son premier passage en 1988, il annonce 51 points pour la montée et il en fait 50. C'était un Mourinho avant l'heure, il savait donner des signes forts à son équipe et était très saignant dans ses conférences de presse. C'était une personne qui prenait ses responsabilités et qui était très sûr de son fait » , conclut Porcella. Autre témoignage, celui du milieu de terrain français, Rodrigue Boisfer, qui l'a connu lors de son troisième et dernier passage au club : « Une grande personne, un très bon entraîneur, il avait son idée du foot bien à lui et préparait ses matchs de façon particulière. Durant les rencontres, il simulait sa tactique du banc de touche avec des gobelets en plastique ! » Et d'ajouter : « Son amour pour le Genoa était tellement fort qu'il avait du mal à gérer ses émotions quand il en parlait. »

Gênes, sa terre d'adoption. 10 000 personnes assistent à ses funérailles. Sa dépouille est ensuite transportée à Messine, autre équipe qu'il a marquée de son empreinte, pour finir à Lipari, sa ville natale, dans les îles éoliennes au large de sa Sicile. Né très pauvre, nourri au pain et aux oignons, il passe ses nuits d'enfance sur un lit de pierres rembourré avec de la paille. Une carrière de prof d'EPS, des passages dans la plupart des clubs de Sicile et de Calabre et une auto-citation qui le résume parfaitement : « Je ne commande pas mes joueurs, je les conduis. Le ballon doit voyager comme je le veux, il n'y a que 20% d'improvisation. » Un érudit du football que l'on a rapidement surnommé « Le Professeur » . Une semaine avant son décès, Scoglio s'était rendu au cimetière de Lipari pour demander l'autorisation de construire une petite chapelle en guise de tombe familiale, il confia alors à Nicola Merlo, son ami de toujours : « Je mourrai en parlant du Genoa. » La prophétie s'est avérée, bien trop tôt.

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Par Valentin Pauluzzi // Tous propos recueillis par VP
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Je mourrai en fourrant Paige Hathaway . Ou Arianny Celeste . Je le sais.
Note : 1
y'a eu quelques joueurs pas dégueulasses sous sa direction (et celle des dizaines d'autres entraîneurs, la mode n'étant pas à la stabilité en Italie et particulièrement au GCFC):
Marco Rossi, Bortolazzi, Ruotolo, Torrente, Caricola , Gianluca Signorini <3
Message posté par mannix
Je mourrai en fourrant Paige Hathaway . Ou Arianny Celeste . Je le sais.


Sale mort.
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