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Le jour où Jaja et Roberto Carlos ont posé ensemble

Les journalistes espagnols sont prêts à tout pour vendre du papier. Même à gêner deux sportifs reconnus pour les prendre en photo. Laurent Jalabert et Roberto Carlos peuvent en témoigner. Récit d’un instant.

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C’est ce qu’on appelle un sourire forcé. À se demander si le photographe n’a pas crié : « Ouistiti ! » juste avant d’appuyer sur le déclencheur. Laurent Jalabert se tient à gauche, dents à peine apparentes, bras tendus sur son vélo, nageant dans le mythique maillot Tieka. Et Roberto Carlos, sur la droite, à peine plus à l’aise, habillé du tout autant légendaire maillot de la Once qui le moule bien comme il faut, assis sur une autre bécane. Le tout à Santiago Bernabéu. Oui, le photographe a tout de même pris la peine de faire apparaître les tribunes en fond. Autant dire que si la photo ne rime à rien, qu’elle n’a rien de spectaculaire en matière de composition, qu’elle sent le superficiel à plein nez, elle vaut quand même de l’or. Juste parce qu'un journaliste a eu la folle idée de réunir le temps d’un instant deux figures qui sentent aujourd’hui bon le vintage.

« Il chausse un peu petit…  »


C’était il y a environ vingt ans. Laurent Jalabert vient de remporter la Vuelta. Et Roberto Carlos d’arriver au Real, en rémission après plusieurs années de disette. Les deux hommes habitent à Madrid. Et puis un jour, un journaliste de Marca qui suivait le vélo et le foot, adepte de ce genre de fusions, appelle le Français et lui dit : « Il y a possibilité d’organiser une rencontre avec Roberto Carlos. Ça te dit ? » Jaja, amateur de foot, sans être un connaisseur, se laisse tenter : « C’était l’occasion de visiter Bernabéu. Alors j’ai dit oui. On a même visité les coulisses du stade avec tous les trophées de Ligue des champions, je crois qu’il y en avait sept à l’époque, c’était sympa. » Et une fois arrivé sur la pelouse, Laurent comprend que jouer au Real, c’est grimper le Ventoux tous les week-ends : « Quand t’es au milieu du stade. Quand tu vois tous ces gradins, même s'ils étaient vides, tu t’imagines… C’est impressionnant. »

Finalement, Roberto Carlos débarque avec son agent. Les deux hommes se serrent la main et commencent à faire connaissance. Et comme souvent lors des premiers échanges, une sorte de gêne s’installe : « Il a été très sympa, mais j’ai compris au fur et à mesure de la discussion qu’il n’y connaissait rien en vélo. Il m’a dit : "Tu vas faire une course bientôt, non ? Il y en a trois, c’est ça ? Une en France ? Une en Italie ? Une en Espagne ?" Il croyait que j’avais que trois courses par an, quoi. Il s’y connaît en vélo autant que moi en football en fait. » Après les amabilités, les deux s’échangent leurs cadeaux respectifs : « Je lui ai offert un maillot dédicacé. Et lui un maillot et une paire de crampons. Mais bon, il fait du 36 hein. Il chausse un peu petit…  » Finalement, le photographe déclenche. La photo est dans la boîte. Ni une, ni deux, Roberto Carlos retourne à l’entraînement. Et Laurent chez lui.

Physique de cycliste sur piste


Si l'instant fut court et pas forcément compréhensible de ce côté-ci des Pyrénées - « Dans Marca, c’est toujours du sensationnel. Tu te déguises en footballeur, tu fais presque la Une du journal. Un joueur qui changeait sa coiffure faisait les gros titres » - ce moment n'en reste pas moins mémorable pour Jaja : « C’était un joueur que j’appréciais. Je suis quand même un peu fier d'avoir pu le rencontrer. Super tonique, il jouait sur le côté, il allait très vite. J’aimais sa puissance. Il a un physique de cycliste sur piste. S’il avait fait du vélo, il n’aurait pas aimé les côtes. » En revanche, pour ce qui est du maillot vert, on aurait bien aimé le voir appuyer sur les pédales aux côtés d'Erik Zabel, Mario Cipollini ou encore Robbie McEwen.

Par Ugo Bocchi
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