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Le jour où Everaldo a boxé un arbitre

Il y a un peu plus de 43 ans, le défenseur brésilien, champion du monde en 1970, pétait un câble au beau milieu d’un match de Serie A brésilienne et infligeait une douloureuse droite à l’arbitre du soir. Un événement aussi marquant pour le football national que pour un homme qui, du haut de ses 28 ans, en était déjà au crépuscule de sa vie.

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Il y a des jours comme ça où rien ne va, où l’on peut tout foutre en l’air, ou presque, sur un coup de tête. Le légendaire Everaldo, défenseur latéral brésilien champion du monde en 1970, a, en l’occurrence, plutôt opté pour le poing que pour le coup de casque. On joue un match de la 12e journée du Brasileirão 1972 entre Grêmio et Cruzeiro quand l’international auriverde entre dans une colère noire. Lui, d’habitude si calme, si exemplaire, ne supporte pas de voir l’arbitre de la rencontre, un dénommé José Faville Neto, désigner le point de penalty pour une supposée faute dans la surface de son coéquipier Beto Bacamarte sur Palhinha, attaquant de Cruzeiro. À tel point que lorsque l’homme en noir se dirige vers le point de penalty juste après avoir sifflé la faute, Everaldo craque et lui envoie un crochet du droit dans la poire. Faville Neto est K.O. Son œil et son nez sont touchés et il faudra attendre qu’il reprenne ses esprits, bien aidé par l’assistance médicale, pour reprendre la partie, plus d’un quart d’heure après l’incident. Le taulier de Grêmio, lui, n’a pas attendu autant de temps pour quitter la pelouse. À quoi bon patienter pour prendre un rouge si évident ? Après son geste, Everaldo prend le chemin des vestiaires, tête baissée, sans se retourner une seule fois. Il ne se douche pas, mais prend le temps de passer sa tête sous l’eau froide pour reprendre ses esprits, puis quitte le stade, avant que le penalty ne soit transformé, pour se réfugier chez un vieil ami. Ce qui est fait, est fait. Le juge de la rencontre, aussi mauvais soit-il ce soir-là, ne méritait sans doute pas cela. La carrière limpide du défenseur non plus. Mais réduire ce coup de sang venu de nulle part à la colère d’un homme révolté par un arbitrage désastreux reviendrait à oublier que le coupable était frustré par une fin de carrière qui ne le satisfaisait guère.

L’oubli de Zagallo


Pendant que des journalistes s’écharpent sur le ring du débat à propos de la qualité de cet arbitre brésilien et qu’Everaldo renonce au prix Belfort Duarte – qui récompense l’exemplarité d’une personnalité -, d’autres s’interrogent sur la vraie raison de l’acte. Comment un défenseur d’habitude si calme face au mauvais jugement arbitral, aussi important fut-il, a pu craquer sans raison apparente pour une faute qu’il n’a même pas commise ? Une fois la question posée, la réponse apparaît comme évidente. L’international brésilien n’était plus le même depuis plusieurs mois, et l’annonce de la liste des convoqués de Mario Zagallo pour représenter la Canarinha au cours d’un tournoi commémoratif – la Coupe de l’Indépendance qui s’est ironiquement conclue sur une victoire finale au détriment… du Portugal – dont il ne faisait pas partie. Le joueur du Grêmio a alors du mal à comprendre. Comment le sélectionneur qui l’avait installé chaudement dans le mythique onze de 1970 avait pu le trahir de la sorte, lui qui était encore présent un an plus tôt pour disputer la Copa Roca 1971 contre l’Argentine ? Une fois de plus, la réponse est simple. À 28 piges, Everaldo décline déjà. En club, il a laissé la ligne latérale pour évoluer en défense centrale. Les jambes ne répondent plus aussi bien qu’avant. Mais il ne veut rien savoir et reste persuadé d’avoir sa place dans le groupe de Zagallo. Le peuple gaucho partage l’incompréhension de son idole, alors seul représentant de l’État de Rio Grande do Sul au sein de la Seleção, et manifeste sa soif de vengeance envers le reste du pays. Il l’aura. Ils l’auront.

Jogo da vingança, politique et fin tragique


L’expiation se fera sur le rectangle vert à l’occasion d’un match – qui n’a d’amical que le nom - entre la Seleção nationale et celle du Rio Grande do Sul, toujours en 1972. 110 000 supporters fous furieux assistent à une rencontre épique qui se solde par un 3-3, et au cours de laquelle Everaldo réalise un match de grande classe, à en croire les comptes-rendus des journaux de l’époque. Ce soir-là, Pelé était aussi absent que les drapeaux du Brésil. César Caju, qui évoluait dans le camp antagoniste, se souvient dans les colonnes de Globo Esporte : « Il y avait 100 000 drapeaux, mais aucun du Brésil. C’était impressionnant. » Impressionnant, mais pas suffisant pour éteindre la frustration du compétiteur, qui marquera le début de la fin de sa carrière d’un coup de poing sanglant des semaines plus tard. Revenons à ce fameux Grêmio-Cruzeiro. Sitôt le match terminé, l’arbitre s’empresse de porter plainte devant les autorités compétentes qui émettent aussitôt un mandat d’arrêt à l’encontre d’Everaldo. Celui-ci n’ira pas en prison, mais payera une amende et se verra écarté des terrains pendant une année entière – raccourcie à six mois après appel de la décision. Une période suffisamment longue pour démotiver l’intéressé, fatigué par le football professionnel, ses arbitres, sa pression, ses voyages… À tel point qu’en 1974, le natif de Porto Alegre troque les crampons pour le costume de politique. Il est élu à un poste obscur sur la simple base de sa popularité, comme c’est encore souvent le cas au Brésil. Terminée la folie médiatique, bonjour la paperasse à signer, les poignées de main et autres tâches pas trop compliquées. Everaldo est devenu un homme comme un autre qui prend sa voiture pour aller au travail et en revenir. C’est hélas sur la route, de retour d’une réunion, deux ans après le crochet du droit et quelques mois après avoir entamé une nouvelle vie, que le mythique latéral gaucho ainsi que sa femme et sa fille trouveront la mort, le 27 septembre 1974, à 22h30. Il n’avait que trente ans.

Par William Pereira
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Quelle fin tragique pour lui et sa famille!
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