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Le jour où Chinaglia s'est chauffé avec l'arbitre Menicucci

Mercredi soir, Gino Menicucci, ancien arbitre italien des années 70, s'est éteint à Florence à l'âge de 77 ans. L'occasion de se remémorer un drôle d'épisode le mettant aux prises avec Giorgio Chinaglia.

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Gino Menicucci s'en est allé. À 77 ans. Onze ans que le bonhomme se battait contre la maladie. Il a finalement rendu les armes ce mardi 20 octobre à Florence. Jour de deuil pour le football italien, qui perd là un arbitre qui s'était rendu protagoniste de nombreuses affaires au cours des années 70. Menicucci avait notamment dénoncé une tentative de corruption de la part du dirigeant de Foggia Sergio Affalato, qui avait tenté de lui offrir des montres. Menicucci avait également été le seul arbitre à ressortir blanchi de l'affaire du Totonero, malgré les suspicions à son encontre. Mais à côté de cela, il avait également été suspendu par l'Association italienne des arbitres (AIA) pour avoir critiqué les instances du foot italien dans une interview à un quotidien. Mais dans l'esprit de beaucoup, Menicucci, c'est surtout une sacrée embrouille digne d'un western avec Giorgio Chinaglia, alors président de la Lazio. C'était en 1983.

Coca Cola, derby perdu et coup de fil à un ennemi


Après une fin de carrière disputée aux New York Cosmos, Giorgio Chinaglia décide de rentrer en Italie. Il veut retrouver sa Lazio, celle avec laquelle il a décroché le Scudetto en 1974 en tant que mythique numéro 9. Son but ? Devenir président du club, en ramenant avec lui des sponsors importants des USA (Warner Bros et Coca Cola, entre autres). Les tifosi laziali se mettent à rêver, d'autant qu'à cette époque-là, la Lazio fait le yo-yo entre la Serie A et la Serie B et que l'époque faste des années 70, avec cette folle équipe emmenée par Tommaso Maestrelli, semble bien loin. Lors de l'été 1983, Chinaglia arrive donc à Rome, accueilli comme un roi par tout son peuple. Mais les choses ne se passent pas vraiment comme il l'aurait souhaité. La Lazio galère en championnat, perd le derby aller face à la Roma, et pointe à l'avant-dernière place au soir de la 12e journée, après un revers 3-0 sur la pelouse du Napoli.

De plus, Chinaglia se retrouve de plus en plus seul, les gens ayant promis de le soutenir dans son projet le délaissant un à un, et les sponsors tardant à arriver. Autant le dire : Giorgio est donc plutôt sur les nerfs. Et le match du 18 décembre face à l'Udinese ressemble déjà à une dernière chance pour son équipe. Chinaglia va devenir encore plus crispé lorsqu'il apprend que c'est Gino Menicucci qui a été désigné arbitre pour cette rencontre. Les deux hommes ne s'aiment guère. C'est comme ça. Et l'arbitre va envenimer les choses à quelques jours du match. Il téléphone à Chinaglia. « Salut Giorgio. Dis-moi, tu dois avoir de l'argent que quelqu'un me doit pour un Lazio-Catania de la saison dernière » , lui lance-t-il en guise de provocation. Chinaglia croit d'abord à une blague, ou à un piège. Le ton monte, et le président de la Lazio finit par s'énerver. « Si quelqu'un t'a promis de l'argent, qu'il te le donne. Moi, je ne sais rien, et je n'ai rien à voir avec tout ça. » Les hostilités sont lancées.

Parodie de football


Le 18 décembre, la Lazio accueille donc l'Udinese, sous la pluie. D'Amico ouvre le score à la 19e minute pour la Lazio, d'un superbe coup franc, avant que Cupini ne double la mise à la 36e minute après un festival du même D'Amico. Tout se passe bien pour la Lazio, jusqu'à ce que l'arbitre Menicucci ne décide de « prendre les choses en mains » . Il sort d'abord le carton rouge pour le Laziale Podavini, en expliquant que ce dernier avait insulté le juge de ligne. Le défenseur s'est toujours défendu en justifiant que les insultes étaient destinées à l'un de ses coéquipiers qui ne s'était pas replacé. La suite ressemble à une parodie. À un quart d'heure de la fin, Edinho réduit le score pour l'Udinese d'une jolie frappe. En infériorité numérique, la Lazio résiste. Deux minutes d'arrêts de jeu. Celles-ci sont dépassées depuis une minute trente, mais Menicucci ne siffle toujours pas la fin, et laisse jouer un dernier coup franc pour l'Udinese.

Dans un geste fou, l'arbitre se met devant le milieu de terrain romain Vinazzani pour l'empêcher d'aller contrer le ballon. Le centre du joueur frioulan trouve finalement la tête de Virdis, qui égalise après s'être appuyé sur les épaules d'un défenseur laziale, et avec Zico en position de hors-jeu. 2-2, fin du match. C'en est trop pour Chinaglia, qui pète littéralement un câble. Le président biancoceleste descend sur la pelouse armé d'un parapluie et se dirige comme une furie vers Menicucci pour lui casser la gueule. « Délinquant ! Voyou ! Crapule ! » lui hurle Chinaglia, qui est retenu par son ami Alfredo Recchia, mythique conducteur du bus de la Lazio. « Giorgio, si tu dois frapper quelqu'un, frappe-moi. Mais ne le frappe pas lui, sinon ils vont te suspendre  » , lui lance-t-il. L'arbitre ne bronche, se tourne en riant et s'en va vers les vestiaires.

Youtube

«  Un arbitre comme lui doit être suspendu à vie »


L'histoire ne s'arrête évidemment pas là. Chinaglia en a gros sur la patate. Il a le sentiment de s'être fait entuber (pour ne pas dire autre chose) par un arbitre qui voulait juste se venger. Mais venger de quoi ? Il se présente donc face aux journalistes, et lâche tout. « C'est une honte. Tout le monde a vu ce qui s'est passé sur le terrain. Des arbitres qui se permettent de se moquer de tant de tifosi ne devraient pas arbitrer. Dans toute ma carrière, je n'ai jamais vu quelque chose de ce genre. (...) Un arbitre comme lui doit être suspendu à vie. Je le dis parce que c'est la vérité, et je m'en fous d'être suspendu à mon tour.  » L'affaire fait la Une des journaux. Le lendemain, La Stampa, journal plutôt neutre, écrit : « L'arbitre florentin aurait pu éviter d'utiliser certains comportements provocateurs qui ont ont vraiment failli faire dégénérer le match sur la pelouse et dans les tribunes.  »

Surtout, la presse essaie d'en savoir plus sur cette histoire d'argent soi-disant dû par des dirigeants laziali à Menicucci. L'arbitre niera toujours en bloc, tout comme il niera le fait d'avoir voulu pénaliser la Lazio lors de ce match face à l'Udinese. Pourtant, à compter de ce jour, il n'arbitrera plus jamais une rencontre de la Lazio. Une Lazio qui se sauvera à la dernière journée de championnat grâce à un nul 2-2 sur la pelouse de Pise, pour être reléguée en Serie B au terme de la saison suivante. Chinaglia, lui, sera suspendu 8 mois pour cette tentative d'agression et renoncera finalement à son rôle de président en 1986. Décédé en avril 2012, Long John n'est jamais revenu sur cette affaire, ni sur ses fondements. Menicucci, dernier détenteur de la vérité, a désormais emporté le secret avec lui. Le parapluie avec.

Par Éric Maggiori
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Beaucoup aimé ce papier, merci.

Et une question : pourquoi la Lazio tarda-t-elle tant, à compter de la réouverture du Calcio aux joueurs étrangers, à recourir à leurs servicesa?

Mes lointains souvenirs m'abusent peut-être mais il me semble que, pour l'époque, le premier Laziale non-italien aura été Laudrup, précisément durant la saison abordée par le papier..et encore était-il là en prêt..
J'avais complètement oublié le retour de Chinaglia en Italie et son poste de président de la Lazio. L'ai-je même jamais su? Sûrement puisque je m'intéressais de près au calcio à l'époque.

Sinon, l'attitude de Menicucci est quand même incroyable. Pourquoi ce coup de fil à Chinaglia? Pourquoi cet arbitrage plus que suspect? Sans doute une vendetta vis-à-vis de Chinaglia.
Message posté par mario
J'avais complètement oublié le retour de Chinaglia en Italie et son poste de président de la Lazio. L'ai-je même jamais su? Sûrement puisque je m'intéressais de près au calcio à l'époque.

Sinon, l'attitude de Menicucci est quand même incroyable. Pourquoi ce coup de fil à Chinaglia? Pourquoi cet arbitrage plus que suspect? Sans doute une vendetta vis-à-vis de Chinaglia.



Bah, de tels comportements étaient plus répandus qu'on ne croirait à l'époque, et pas seulement qu'en Italie..

Coulisses putrides, sentiment de toute puissance et d'impunité chez pas mal d'arbitres, arcanes politiques.. Voilà qui caractérise bien des matchs des années 1960 à 1980..

Et de l'intégrité de Menicucci, hum.. Certains s'y sont cassé les dents d'ailleurs, pas touche le Gino..
Drôle de zigue cet arbitre, un bel aplomb en plus.

Je n'ai strictement aucun souvenir de la Lazio de cette époque, là en quelques images je découvre ce D'Amico qui avait l'air d'être un beau joueur
Certainement un cousin de ce sal*ud de Monsieur Foote!



Cette dernière action où il charge carrément le défenseur laziale qui fait le mur est hallucinante!



Merci So Foot, toujours agréable de lire ces articles qui sont l'histoire du foot et qui le rendent si passionnant! (oui, les injustices le rendent encore plus dingue!!)
O Alegria Do Povo Niveau : Ligue 2
J'ignorais complètement cet épisode rocambolesque, merci Mr Maggiori.
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