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Le jour où Carroll a joué deux matchs en 17h30

Roy Carroll est surtout connu pour ses bourdes, ses erreurs et ses savonnettes. Un peu moins pour son côté humain et passionné qui lui a déjà fait faire des centaines de kilomètres pour jouer deux matchs en moins de 18 heures…

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Lucian Sânmărtean n’a pas connu une carrière facile. Révélé à 22 ans alors qu’il évolue au Gloria Bistrița, l’ailier droit reçoit une première convocation avec la sélection roumaine quelque temps plus tard. Il fait alors partie de ces jeunes milieux de terrain que tout le pays espère voir prendre la succession des vieux Hagi, Munteanu et Lupescu. Mais Lucian ne s’éternise pas et pendant près de dix ans, il est ensuite ignoré par les différents sélectionneurs de son pays. Du coup, le 14 novembre 2014, quand il retrouve le maillot de l'équipe nationale pour la huitième fois seulement, Lucian ne se loupe pas. Dans la plupart des bons coups des locaux, c’est lui qui donne le coup de massue sur la tête des adversaires nord-irlandais au moment où il dépose le ballon exactement sur le crâne de l’arrière droit Papp, qui fait 2-0. Dans ses cages, Roy Carroll est désabusé : l’ancien gardien de Man U a fait un gros match – il sera d’ailleurs élu homme du match par ses supporters, mais il a pris deux pruneaux dans le coco… Au même titre que les 22 autres acteurs sur le terrain, la suite de son week-end devrait normalement rimer avec repos. Pourtant, dans 17h30, il est à la Ricoh Arena de Coventry pour jouer un match de League One.

2-3 heures de sommeil


Là où le moindre petit joueur des clubs nord-irlandais de Crusaders ou de Cliftonville aurait droit à quelques heures de repos après un match international, Roy Carroll va ainsi devoir se farcir les accoudoirs de l’aéroport comme seul soutien pour se retaper. La cause ? Le championnat dans lequel il évolue. Car à part quelques obscurs internationaux soudanais ou bermudiens, la League One n’est pas spécialement habituée à voir ses joueurs être appelés pour représenter leur patrie. Et comme la Fédération a 46 journées à caser entre août et mai, elle ne s’embarrasse pas trop de savoir si ça va emmerder quelqu’un de jouer un match en ce week-end de la mi-novembre. « Mon vol était à 6h10, donc je me suis levé très tôt après avoir dormi 2-3 heures » , témoignera Roy Carroll à la BBC après avoir enchaîné une nuit presque blanche avec 4h30 d’avion pour parcourir les 2 760 kilomètres qui séparent Bucarest de Nottingham.

De la bouteille au terrain


Reconnu pour ses qualités humaines – il a reçu le Prix humanitaire de la Croix-Rouge pour avoir accompagné un jeune Anglais souffrant de leucémie dans sa lutte contre sa maladie –, Roy Carroll a lui-même vécu de solides problèmes privés durant sa carrière. Vers la moitié de la première décennie du XXIe siècle, à West Ham, le Nord-Irlandais perd sa place à cause d’une blessure… et ne la récupère pas. « J’ai alors commencé à devenir vraiment dépressif, glissera-t-il par la suite. Je suis arrivé à un stade de ma vie où j’avais une addiction à l’alcool. J’étais stupide. Tout ce que je voulais faire, c’était sortir et boire. Puis, je me suis levé un jour et j’ai décidé que ça ne pouvait plus continuer. » C’est peut-être cette force qui anime le gardien quand il rejoint ses coéquipiers de Notts County pour jouer ce match de championnat face à Coventry le samedi : le bonheur de pouvoir fouler une pelouse autre que celle d'un parc public un lendemain de guinze. Par respect ou pour ne pas se taper son haleine du matin, les attaquants adverses ne l’ont en tout cas pas empêché de récupérer de son périple en laissant sa cage inviolée (0-1).

Pas la première


«  Ce n'est pas au-delà de mes attributions, ce que j'ai fait, placera un Carroll humble à la fin de ses 180 minutes de match en même pas 24h. Pour moi, retourner à Nottingham et jouer pour la Ligue anglaise, c'est fantastique. Pendant un moment, plus personne ne s'intéressait à moi et on m'a finalement donné la chance de revenir jouer en Angleterre pour Notts County.  » Le bonheur de jouer, ça ne fait plus l’ombre d’un doute. En même temps, le mec avait déjà fait le coup 16 ans auparavant quand, au lendemain d’une défaite 3-0 en Turquie avec l’Irlande du Nord, il avait claqué les 2 943 kilomètres entre Ankara et Nottingham pour défendre les buts de Wigan face à… Notts County. Ce dimanche, si l’Irlande du Nord boute le pays de Galles hors du tournoi, le gaillard aura 145 heures et 15 minutes de répit avant le quart de finale des siens. Le temps de jouer huit matchs 1/3…

Par Émilien Hofman
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