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Le jour où Bilardo est devenu sélectionneur de l'Argentine

Le 24 février 1983, la nomination de Carlos Bilardo à la tête de la sélection se réalise dans une certaine indifférence. El Narigón allait pourtant couper l'Argentine en deux, et marquer l'histoire du football.

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Cela avait été une terrible année pour l'Argentine. La guerre des Malouines avait endeuillé sa population, et son orgueil avait été profondément touché par l'invasion anglaise. Même le football, si généreux avec elle depuis 1978, avait échoué à lui apporter un peu de réjouissance. Championne du monde en titre, l'Albiceleste, menée pour la première fois par Maradona, champion du monde U20 en 1979, avait dû s'incliner dès le deuxième tour, après deux revers face à l'Italie et le Brésil. En Espagne, le collectif soudé de 1978 s'était délité. Avec l'incorporation du Pibe de Oro, l'Argentine avait gagné en génie, mais le succès lui avait aussi fait perdre en humilité, en cohérence, et en constance. Après le tournoi, le sélectionneur, Cesar Luis Menotti, dont le contrat courait jusqu'au mois de décembre, restait pourtant en poste. « Si on me demande de démissionner à cause des résultats, je ne vais pas le faire, mais en revanche, si on me présente un plan de travail qui ne me convient pas, je m'en irai dans les 24h » , déclarait alors El Flaco. Finalement, Carlos Bilardo, qui avait déjà occupé un poste de sélectionneur, celui de la Colombie (1980-1981), qu'il avait échoué à qualifier pour le Mondial 1982, lui succédera.


Menotti avait été le premier sélectionneur argentin à lever la Coupe du monde, mais il avait toujours mis en garde contre le culte du résultat. Esthète, il prônait un football offensif, de possession, où il laissait une grande liberté d'expression à ses meilleures individualités, même si son Albiceleste millésime 1978 avait finalement incarné, à l'époque, une sorte de réaction face aux Pays-Bas et leur football total. Carlos Bilardo était l'antithèse d'El Flaco. Pointilliste à l'extrême, obsédé par l'adversaire, plus occupé à détruire qu'à construire, il venait pourtant de remporter le championnat argentin (Metropolitano 1982) en proposant un football plutôt séduisant, avec les Estudiantes la Plata. Il s'agissait du premier sacre des Pincharratas depuis quinze ans, quand Carlos Bilardo était le meneur, sur le terrain, d'une machine à gagner. Entre 1968 et 1970, Estudiantes la Plata avait ainsi remporté trois Copa Libertadores, et même une Coupe intercontinentale, face à Manchester United (1968). Dirigés par Osvaldo Zubeldia, grand inspirateur d'El Narigón, Estudiantes fut une équipe avant-gardiste : la première équipe argentine à savoir réellement presser, à tendre le piège du hors-jeu, à réaliser des préparations physiques stakhanovistes, et à travailler avec minutie les coups de pied arrêtés. Mais ce que l'on retiendra surtout des Estudiantes de Zubeldia sera leur propension à faire régner la terreur sur les terrains. Leur football était musclé et vicieux. On assurait même que Carlos Bilardo, médecin de formation, entrait sur le terrain avec des aiguilles et piquait ses adversaires quand ils avaient le dos tourné.

Plus rien ne sera comme avant


Bilardo et Menotti incarnaient deux visions du football profondément antinomiques. En 1983, la ligne qui séparait les deux hommes, leurs convictions, n'était toutefois pas encore si marquée. Preuve en est une rencontre plutôt amicale à Barcelone, au mois de mars, alors que Bilardo venait d'être nommé sélectionneur. Menotti qui n'avait alors pas de raison de se montrer particulièrement amer, puisqu'il venait d'être nommé à la tête du FC Barcelone – un poste qu'il devait notamment aux désirs de Maradona, exilé en Catalogne depuis l'été 1982 –, le reçut sans faire de manières. Coopératif, El Flaco recommanda à son successeur de sélectionner Hugo Gatti et Alberto Tarantini, mais aussi de se passer des services du défenseur Enzo Trossero. Par conviction ou pour bien marquer sa différence, Bilardo fera l'inverse : il se passera des deux premiers et retiendra le troisième. Les deux entraîneurs ne s'adresseront plus jamais la parole. Bientôt, l'Argentine du football se divisera entre Menottistes et Bilardistes. Rétrospectivement, c'est d'ailleurs cette césure entre les amoureux du style et ceux du résultat qui fait de ce 24 février 1983 un moment-clé de l'histoire du football argentin. Cette nomination aura aussi de lourdes conséquences pour le reste du monde...


Mais bien avant de faire de l'Albiceleste un redoutable ensemble sublimé par le génie de Maradona et de diviser l'Argentine, Bilardo fera d'abord l'unanimité contre lui. Laborieuse, son Argentine se qualifia ainsi in extremis pour la Coupe du monde, et le doute l'escorta jusqu'aux derniers amicaux avant le tournoi organisé au Mexique. El Narigón avait toutefois eu le mérite de miser sur une nouvelle génération de joueurs, même s'il devra la qualification pour le Mondial à un but de Daniel Passarella, le capitaine des champions du monde 1978. Bilardo finira aussi par offrir à Maradona un système propice à l'expression de son talent. Le fameux 3-5-2 avec lequel il remporta la Coupe du monde. Quatre ans plus tard, son Albiceleste se hissera à nouveau en finale du Mondial, même si elle y échoua, cette fois. Personne ne l'imagine alors, mais il faudra attendre près d'un quart de siècle pour que l'Argentine se présente à nouveau un dernier dimanche de Mondial. C'était en 2014, et Alejandro Sabella en était le sélectionneur. Joueur, il avait été l'un des éléments clés du sacre des Estudiantes la Plata, champions d'Argentine sous Bilardo, et une fois entraîneur, il pencha, sans surprise, du côté d'El Narigón. Le 24 février 1983 n'a définitivement rien d'une date anodine dans l'histoire du football. Et pas seulement pour l'Argentine.



Par Marcelo Assaf, avec Thomas Goubin
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