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Le jeu anglais et les maux bleus

À quelques nuances près, Anglais et Français partagent le même fardeau salvateur : se coltiner une équipe pétrie de talents individuels où l’étincelle n’est jamais déclenchée par la grandeur du collectif.

« Hodgson dit qu’il ne craint personne en huitièmes de finale, ce qui est assez juste, mais je n’ai pas non plus vu d’équipes qui pourraient avoir peur de jouer contre nous. » Au sortir du décevant 0-0 face à la Slovaquie, Alan Shearer se montre inquiet. Le meilleur buteur de l’histoire de la Premier League, aujourd’hui consultant avisé pour la BBC, n’a pas raté une seule minute des prestations anglaises lors de cet Euro. Et s’est forgé un avis partagé par beaucoup : les Three Lions déçoivent tant par le jeu que dans les résultats. Après des qualifications absolument parfaites (30 points sur 30 possibles) et une saison qui aura vu l’explosion de certains (Vardy, Alli, Dier) et la confirmation d’autres (Kane, Rose), les espoirs placés dans ce groupe étaient logiquement immenses. Sans doute trop, même, puisque la sélection dirigée par Roy Hodgson ne parvient pas à trouver de sincère cohésion d’équipe. Un problème qui trouve écho de l’autre côté de la Manche, où la France partage les mêmes symptômes.

Gylfi Sigurdsson, The iceman

4,68% de tirs convertis en but…


Si la défense n’est pas l’inquiétude majeure des Anglais (assez peu d’occasions concédées et deux buts encaissés pour le moment : l’égalisation inespérée de Berezutski pour la Russie et le coup franc de Bale sur une faute de main de Hart), ça se complique lorsqu’il s’agit d’analyser la cohabitation et l’efficacité offensive. Entre Sturridge, Vardy, Kane - 57 buts en 88 matchs à eux trois en championnat en 2015-2016 -, Lallana et Sterling, l’attaque a du mal à offrir ce que les supporters sont en droit d’attendre d’elle. Comme les Bleus, les Anglais parviennent assez facilement à se montrer dangereux et à approcher des buts adverses. Ce sont d’ailleurs eux qui tirent le plus à l’Euro, avec pas moins de 64 frappes tentées depuis le début de la compète. Seulement, le manque d’automatismes dans le jeu entre les différents attaquants a, pour le moment, eu raison des ambitions anglaises. Depuis la victoire sur le fil face aux Gallois grâce aux entrées simultanées de Vardy et Sturridge, le parallèle avec l’équipe de France saute aux yeux. Au sein de ces deux équipes remplies d’individualités, l’absence de fonds de jeu est soulagée par le niveau intrinsèque des joueurs. L’animation offensive ressemble davantage à un fouillis où les personnalités se marchent dessus, qu’à un système auquel ils adhèrent.

Vers un quart de finale entre 2 équipes ou 22 hommes ?


Ces lacunes collectives ne datent pourtant pas d’hier. En son temps, la « Golden Generation » des Lampard, Terry, Ferdinand, Gerrard, Scholes, Campbell et autres stars faisait face à la même énigme. Sans jamais avoir réussi à trouver la solution. Il est certes difficile de posséder un jeu propre à l’identité de son pays, comme l’Espagne ou l’Italie, mais aujourd’hui, les Trois Lions semblent avoir perdu ce qui composait leur charme d’antan : un engagement tout terrain et le fameux fighting spirit. Seul motif de satisfaction sur ces trois premiers matchs : l’apport des latéraux (Rose-Walker puis Bertrand-Clyne). Là où la France frise le néant - malgré des sursauts de Sagna - les couloirs anglais regorgent de mouvements et de qualité. Ce n’est pas anodin si Rooney et ses copains tournent à 17,3 passes clés par rencontre (définies selon Opta comme « la dernière passe/centre donnée au destinataire du ballon, qui tire mais qui ne marque pas » ), dont beaucoup viennent directement des côtés. La pénurie de complicité des buteurs anglais demeure donc le principal mal de cette sélection. Encore une fois à l’image des Tricolores, qui entrevoient principalement la lumière à travers les exploits de Payet, Griezmann ou Pogba plutôt que par la cohérence de leur jeu.



Par Eddy Serres
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