Le football chilien dans la tourmente

Le scandale de la FIFA continue de faire tomber des têtes. La dernière en date, celle de Sergio Jadue, président de la Fédération chilienne. Exilé aux États-Unis, il laisse derrière lui un bordel monstre et quelques doutes sur la continuité de Jorge Sampaoli au poste de sélectionneur.

Modififié
58 3
Il avait d’abord avancé un arrêt de travail d’un mois, dû au stress, à la fatigue et à une dépression. Quelques jours plus tard, Sergio Jadue, le président de la Fédération chilienne de football depuis 2011, débarque à Miami, pour de supposées vacances. Mais rapidement, le doute plane sur ce voyage inopiné. Des journalistes d’Univision, présents à l’aéroport de Miami lors de l’arrivée de Jadue, affirment que ce dernier a directement été convoqué aux parloirs du FBI. Alors que le Chili doit disputer un match en Uruguay, le voyage du président prend une tournure de film hollywoodien. Il serait sorti en premier de l’avion, escorté par des membres du FBI. Raúl Guzmán, journaliste chilien, s’épanche : « Il a été traité de manière différente. Même les artistes et les diplomates ne sont pas reçus ainsi (avec autant de sécurité, ndlr). Aucun policier ne voulait parler. » Après la gifle contre les coéquipiers de Cavani, la nouvelle tombe : Sergio Jadue a présenté sa démission, qui sera acceptée par les instances de la Fédération. Au Chili, une page se tourne. Et maintenant ?

Coalition contre Jadue


Les premiers détails de l’affaire filtrent. Jadue est interrogé aux USA dans le cadre du scandale de la FIFA. Comme Luis Bedoya, son homologue colombien qui a récemment quitté son poste, il est sous le coup d’une enquête pour avoir reçu des pots-de-vin liés au FIFAgate et à la CONMEBOL. Selon la justice américaine, de nombreux présidents de fédérations sud-américaines ont reçu 1,5 million de dollars de l’entreprise Datisa pour les droits de la Copa América 2015. Sa lettre de démission est rapidement publiée par les médias locaux. Une missive conclue par un sobre « Mission accomplie » , cher à Pinochet.


Si sa démission marque la fin d’une ère, elle n’est que la partie émergée de l’iceberg. Le football chilien est en pleine crise. De nombreux clubs avaient affichés leur mécontentement : un groupe de clubs nommé sobrement G-13 (dont les gros, Universidad de Chile, Colo-Colo et Universidad Católica ne font pas partie) au fort pouvoir au sein de la Fédération a décidé qu’aucun dirigeant lié au scandale de la FIFA ne devait occuper un poste dans l’instance chilienne. « Il faut faire un nettoyage géant » , affirmait un membre du groupe. Alors qu’il niait en bloc, les médias chiliens affirment que Jadue s’est déclaré coupable devant la justice américaine, afin d’éviter une lourde peine. Il devrait donc collaborer pour l’enquête. Le journal El Mercurio précise : « Il a reconnu sa culpabilité face aux charges retenues contre lui par la justice américaine et a accepté de coopérer à l'enquête en échange d'une peine réduite. Il restera à New York tout le temps de la procédure judiciaire et y effectuera sa peine, que les experts estiment entre trois et cinq ans de liberté surveillée. »

Le Chili dans l’inconnu


Une page importante du football chilien se tourne. Celle d’un dirigeant décrié pour ses rapports tendus avec Marcelo Bielsa. Celle d’un homme qui a su revitaliser le football chilien, en modernisant les stades, en accueillant la Copa América, et en offrant à Jorge Sampaoli la possibilité d’entraîner une sélection vierge de titre pour la mener sur le toit de l’Amérique. D’ailleurs, l’avenir de l’entraîneur argentin s’écrit en pointillés. Convoité par certains clubs européens, il clame son envie de rester au Chili, et son rêve d’entraîner un jour River Plate, club qu’il supporte. Actuellement blessé, Charles Aránguiz a durement critiqué les instances du pays, dans les colonnes de Las Últimas Noticias : « Le football chilien est plus que mort. Je souhaite que les gens reviennent au stade, que les tickets soient moins chers, que l’ambiance revienne. Je ne comprends pas pourquoi, au Chili, les supporters ne peuvent plus entrer avec des banderoles et des instruments. » L’avenir du football chilien est donc flou. En attendant, Marcelo Salas, légende locale, s’est déclaré candidat à la présidence. Et les médias chiliens continuent d’enfoncer l’ancien président. Selon Chilevisión Noticias, il aurait payé une maison d’environ 635 390 euros en cash. Une enquête pour blanchiment d’argent aurait aussi était évoquée. Pire, il aurait fait pression pour qu’Harold Mayne-Nicholls, son prédécesseur au poste, soit suspendu par la FIFA. Pas mal de casseroles donc, pour Sergio Jadue. Et cette fois-ci, ce n’est pas une panenka d’Alexis Sánchez qui le sauvera.
Par Ruben Curiel
Modifié

Dans cet article

Segovia s'était enfui en Espagne poursuivi par la justice, quoi de plus normal que son poulain l'imite.
Comme l'ont dit Aránguiz et d'autres, qu'ils s'en aillent tous. Et pas que les corrompus de l'ANFP, ceux des clubs, pardon, des sociétés anonymes avec eux (quelqu'un me dit que ce sont en partie les mêmes). Chez les clubs qui comptent, qui a part O'Higgins s'était opposé à l'élection de Jadue ? Personne. Le complot des trois gros et des moins gros serviles pour virer Mayne-Nicholls était parfaitement organisé. Le mec qui avait rendu les droits TV plus égaux, qui avait fait venir Bielsa, tout. Jamais après lui je n'ai vu un dirigeant de fédé avoir son nom scandé dans les tribunes, lors de ce match mémorable où Bielsa et lui font leurs adieux.
Jadue a peut-être modernisé les stades, mais avec le fric de l'Etat, et ces stades sont vides. La mort du foot populaire.
J'ai une question, pourquoi est ce le FBI qui s'occupe d'affaires hors de son territoire, ils peuvent toujours se permettre de faire les gendarmes en Amérique du Sud ? Il me semblait que bon nombre de pays en avait plus que marre
J'ai une question, pourquoi est ce le FBI qui s'occupe d'affaires hors de son territoire, ils peuvent toujours se permettre de faire les gendarmes en Amérique du Sud ? Il me semblait que bon nombre de pays en avait plus que marre

Le Kiosque SO PRESS

Partenaires
Olive & Tom Logo FOOT.fr
58 3