1. //
  2. // MORT DE ALCIDES EDGARDO GHIGGIA

Le fantôme du Maracanã

C'était le 16 juillet 1950. Le Brésil perdait chez lui, dans son antre du Maracanã, « sa » Coupe du monde, contre l'Uruguay, sur le score de 2-1. Un drame national causé par un seul homme : Alcides Ghiggia, ailier droit de la Celeste et buteur décisif. Ghiggia était le dernier survivant de cette équipe d'Uruguay et vivait toujours à Las Piedras, près de Montevideo. Où il s'est éteint dans la nuit de jeudi à vendredi, soixante-cinq ans, jour pour jour, après le silence du Maracanã.

Modififié
Il se tient debout, seul au milieu de la scène. Courbé, les jambes arquées, les cheveux coiffés vers l'arrière, les yeux fatigués, un grand nez et de grandes oreilles. Son visage est plein de rides. Il tient un micro dans la main, l'air sérieux. Alcides Ghiggia a 85 ans. Devant lui : des gens assis sur des chaises en plastique. Derrière : une publicité de la marque de whisky Dunbar. Eduardo Larbanois et Mario Carreto viennent de chanter Cronicas de la Soledad, une chanson écrite en hommage à la sélection uruguayenne championne du monde en 1950. Ghiggia, qui les accompagne dans une tournée financée par Dunbar, offre un clin d'œil à Beatriz, sa femme, assise au premier rang. Elle lui sourit.
« Excusez-moi, Alcides, excusez-moi, mais dites-moi, c'était avec lequel ?, lui demande un adolescent après s'être approché discrètement de la scène. Avec quel pied avez-vous tiré ? » « Avec celui-ci, mon fils, lui montre Ghiggia, surpris. Avec le droit. » « Excusez-moi, Alcides, mais je peux l'embrasser ? » « Euh… bon, bon, d'accord. » L'adolescent lui embrasse le pied droit et revient s'asseoir, ému. « Heureusement que je me suis lavé aujourd'hui » , plaisante Ghiggia. Les gens se lèvent et l'ovationnent. Il sourit à nouveau, puis se racle la gorge. Il va raconter la même histoire que celle qu'il raconte depuis le 16 juillet 1950.

« Seules trois personnes ont fait taire le Maracanã : Frank Sinatra, le pape Jean-Paul II et moi »


Ce jour-là, à la 79e minute, l'Uruguay et le Brésil sont à égalité 1-1 dans le dernier match du quadrangulaire final du Mondial. Obdulio Varela a la balle dans les pieds pour les Uruguayens. Il la passe à Ghiggia. Ghiggia la passe à son tour à Julio Pérez, et court. Il est rapide, Ghiggia. Quand il était petit, il jouait à faire la course avec Dick, le chien d'Alfonso, son père. Il court d'autant plus vite qu'il est un petit nouveau en sélection : il a débuté avec la Céleste deux mois plus tôt à peine, le 6 mai, lors d'une victoire des siens 4-3 contre le Brésil à São Paulo, pour la Coupe Rio Branco. Ghiggia court, et Pérez lui rend le ballon. Ghiggia esquive Bigode. Omar Miguez, le numéro 9 de l'Uruguay, entre dans la surface et lui crie « Alcides, passe-la moi, allez ! » Ghiggia l'entend. Le gardien du Brésil, Barbosa, aussi. C'est du déjà-vu : treize minutes plus tôt, Ghiggia s'infiltrait par la droite et centrait pour Juan Schiaffino, qui marquait le but du 1-1. Alors, Barbosa sort pour intercepter le centre. Mais Ghiggia ne centre pas pour Miguez. Non : il tire, le ballon entre dans les filets et les 200 000 personnes présentes au Maracanã se taisent. C'est le moment que l'histoire du foot a retenu sous le nom de « Maracanaço » : la défaite du Brésil en Coupe du monde chez lui, dans son stade, là où tout le monde pensait qu'il allait asseoir sa supériorité définitive sur le sport dont il est roi. Le jour où le Brésil a porté un maillot blanc pour la dernière fois. Alors que Ghiggia part fêter son but, il est rejoint par tous ses coéquipiers, sauf un, Miguez. Selon les souvenirs de Ghiggia tels que racontés par le journaliste Atilio Garrido dans le livre Maracanã, l'histoire secrète, l'attaquant l'invective : « Tu ne m'as pas entendu ? Je te la demandais ! Pourquoi tu ne me l'as pas passée ? » « Omar, laisse tomber, ça va. » Ça va : l'Uruguay est sacré champion du monde. « Seules trois personnes ont fait taire le Maracanã, a dit Ghiggia, en 2006 : Frank Sinatra, le pape Jean-Paul II et moi. »

Gloire, exil et casinos


C'était son destin. Comment expliquer, sinon, qu'il arrêta le basket, qu'il pratiquait au sein de l'équipe du Nacional, parce que sa famille était supportrice de Peñarol, le club rival ? Comment expliquer, sinon, que son père, pourtant réputé strict et rigide, le laissa arrêter ses études de mécanique électronique à l'Université technique d'Uruguay pour qu'il joue au foot à Sur América ? Comment expliquer, sinon, qu'Atlanta - un club de Buenos Aires, de l'autre côté du Rio de la Plata - le refusa lors d'un test en 1947, l'obligeant à rentrer en Uruguay, lui permettant de signer à Peñarol et, ainsi, seulement ainsi, de jouer la Coupe du monde 1950 ? Car à cette époque, seuls les joueurs qui évoluaient au pays pouvaient être convoqués en sélection. Comment expliquer, sinon, qu'il refusa un contrat à Nacional, qui le voulait cette fois dans son équipe de foot, parce que sa mère, Gregoria, lui avait dit : « Si tu vas à Nacional, tu ne mettras plus jamais les pieds dans cette maison » ? Comment expliquer, sinon, qu'Emérico Hirschl, l'entraîneur hongrois qui dirigeait Peñarol en 1949, le vit jouer par hasard lors d'un entraînement et le titularisa dès le match suivant ? C'était son destin. C'est en tout cas ce qu'il croit. Ghiggia n'a joué que douze matchs avec l'Uruguay, pour quatre buts, tous inscrits lors du Mondial 1950.

En 1952, il se sabote en frappant l'arbitre Juan Carlos Armental lors d'un Clásico entre Peñarol et Nacional : l'Association uruguayenne de football le suspend pour quinze mois. C'est ainsi - encore le destin - que la Roma l'engage. Quand il arrive en Italie, Ghiggia est accueilli comme une célébrité. Il porte des manteaux en fourrure, a trois Alfa Romeo au garage, assiste aux fêtes de la jet set romaine, fréquente Gina Lollobrigida et Vittorio Gassman, loge dans des hôtels cinq étoiles, sort avec des mannequins et des actrices, est poursuivi par les paparazzi. Mais n'oublie jamais, chaque semaine, d'appeler ses parents, pour que son père Alfonso le tienne au courant des résultats de Peñarol. L'aventure durera neuf ans, avec un crochet final au Milan AC, pour lequel il joue peu – quatre malheureux matchs. En 1958, c'est sous la tunique de l'équipe nationale italienne qu'il dispute les éliminatoires de la Coupe du monde suédoise. Nouvel échec. En 1963, Ghiggia rentre en Uruguay, où il porte le maillot de Danubio jusqu'à ses 42 ans. Après quoi la vie s'écoule tranquillement : comme tous les autres champions du monde au terme de leur carrière, l'ailier droit a pu bénéficier des largesses du gouvernement uruguayen, qui garantit un emploi public à chacun de ses héros. Jusqu'en 1992, Ghiggia s'assurait ainsi que les parieurs ne trichaient pas au casino de Montevideo. Pour se faire un peu d'argent de poche, il avait une petite combine en plus : faire payer ses interviews 2000 dollars pièce.

Sexe, drague et auto-école


Si on ne les a pas, ou qu'on ne veut pas les mettre, il est impossible d'obtenir une interview avec Ghiggia. Même si l'on peut toujours tenter d'aller le convaincre, chez lui, à Las Piedras... Las Piedras est un Montevideo miniature situé à seulement vingt kilomètres de la capitale. Des maisons petites et grises, des rues étroites, 70 000 habitants au total. Ghiggia avait 66 ans quand il s'est installé ici. C'était en 1992. Il venait de perdre sa deuxième épouse, Clara. Ni son fils ni sa fille ne lui parlaient plus. La retraite l'ennuyait. Alors le héros de 1950 a emballé ses médailles et ses vêtements, et s'en est allé de Montevideo. À Las Piedras, il a loué une maison en centre-ville. Au début, la façon dont il occupait son temps était simple : chaque après-midi, Ghiggia sortait sur la place principale pour observer les pigeons. Puis, l'un de ces après-midi, il a connu une femme et a commencé à sortir avec elle. Elle vivait avec ses six enfants dans les environs de Las Piedras. Ghiggia se rendait chez elle tous les jours en courant. « Écoutez, Alcides, je peux vous poser une question ? » , l'arrêta un jour Homero Caro, un instructeur d'auto-école, depuis sa voiture. « Oui, dites-moi » , lui répondit Ghiggia, transpirant - il revenait de chez la femme.

- « Je peux vous demander ce que vous faites à Las Piedras ?
- J'observe les pigeons. Et je sors avec une femme, mais je ne veux plus la voir.
- Et dites-moi, ça ne vous intéresserait pas de travailler ?
- Travailler ? Euh, c'est que je suis retraité, mon fils. Mais… pourquoi pas.
- Je vous demande parce que je donne des cours de conduite. Et j'ai une autre voiture, si ça vous intéresse.
- Les voitures m'intéressent, mon fils. J'ai toujours aimé ça. Donc d'accord. Je commence quand ?
 »

Ghiggia avait tout de même une condition : il a demandé à Caro qu'il mette fin lui-même à sa relation avec la femme. Caro s'est alors rendu chez elle avec comme cadeau une télévision en couleur, et lui dit qu'il la lui laissait seulement si elle cessait d'appeler Ghiggia. Elle a accepté. Le même jour, Caro a présenté à Ghiggia sa première élève. Elle avait 23 ans, était supportrice de Nacional et s'appelait Beatriz. Aujourd'hui, Beatriz travaille, avec sa mère et son frère, le long de la voie ferroviaire qui relie Montevideo à Rivera, vers la frontière brésilienne. Un vestige de l'empire britannique. Le train est arrivé à la fin du XIXe siècle en Uruguay, en même temps que le football. D'ailleurs, Peñarol est une invention des cheminots de la Central Uruguay Railway, qui jouaient au ballon pendant leurs pauses. Aujourd'hui, la voie ferrée est hors d'usage, seulement recouverte, par tronçons, d'herbe et de champignons. Il y a, sur ses rails, un petit marché où se vendent des vêtements. Beatriz travaille dans le deuxième de ces stands siamois. Le ciel est gris et le climat humide. Les chiens aboient. Il fait froid. Dans le deuxième stand, une femme arrange les vêtements. Elle informe : « Beatriz ? Elle n'est pas là. Elle ne va pas pouvoir vous aider parce qu'elle part à Montevideo. » Mais Beatriz apparaît. Elle est petite, métisse, affiche de larges pommettes et de grosses lèvres. Elle est pressée. « Le problème, c'est que je dois aller à Montevideo » , s'excuse-t-elle. « Elle doit aller à Montevideo » , répète, énervée, sa maman. « Bon, d'accord, allons à la maison. J'espère qu'il ne fait pas la sieste » , consent finalement Beatriz.

« Qu'est-ce que cet homme t'a fait ? »


Quand Caro l'a présentée à Ghiggia, Beatriz ne savait pas qui il était. « Un truc comme Chichia, tu le connais ? » , avait-elle demandé à sa mère en rentrant de son premier cours de conduite. Au bout d'un mois, ils sortaient déjà ensemble, et Ghiggia avait cessé de donner des cours, raconte Beatriz. Il préférait passer ses après-midi sur le marché. Pendant qu'elle s'occupait des clients, lui nettoyait le stand avec un plumeau. « Les gens ne le reconnaissaient pas » , assure Beatriz en ouvrant la grille d'entrée de la maison, qui donne sur un large couloir rempli de pots de fleur. Jusqu'à ce qu'un jour, alors qu'il passait le plumeau, une petite fille qui passait par là avec son grand-père le regarde de haut en bas et se mette à pleurer. « C'est lui, papy ! C'est lui, c'est lui. » « Qu'est-ce que cet homme t'a fait ? » , lui demanda le grand-père en regardant durement Ghiggia dans les yeux. « Je ne lui ai rien fait, monsieur. Rien du tout » , répliqua Ghiggia. « Papy, c'est lui, celui de la télé, celui du Mondial. » « Quel Mondial ? Allez, ne pleure pas, ma fille. De quel Mondial parles-tu ? » , la consola le grand-père. Un autre après-midi, un autre grand-père s'est présenté à la deuxième petite cabane du marché. La nouvelle que le champion du monde 1950 était à Las Piedras avait déjà fait son chemin. « Excusez-moi, don Alcides, mais ma petite-fille va fêter ses quinze ans samedi prochain et m'a demandé comme cadeau que vous soyez présent, parce que vous êtes son idole. Nous sommes de Tacuarembo. » Ce samedi en question, Ghiggia et Beatriz se sont rendus à Tacuarembo, à 380 kilomètres au nord de Las Piedras. Quand Aranza, la fille dont c'était l'anniversaire, est entrée dans le salon, avec son sourire et sa robe blanche, elle a vu Ghiggia assis à la table principale, celle de sa famille. Elle s'est approchée de lui, les larmes faisant couler son maquillage, et l'a embrassé. « Aranza continue à appeler Alcides. Et elle est venue le voir après l'accident » , commente Beatriz.

Drame en Clio


Ghiggia est amer. Il considère que les gens ne lui sont pas suffisamment reconnaissants, et que l'État est avare parce qu'il ne lui donne que 15 000 pesos de retraite par mois. À Reinaldo Gargano, ministre des Relations extérieures d'Uruguay, qui lui avait dit, lors d'une fête à l'ambassade du Brésil, à Montevideo, en 2008 : « Ah, Ghiggia ! Le peuple vous doit beaucoup » , l'ancien footballeur avait répondu : « Non, le peuple ne me doit rien. C'est vous, les gouvernants, qui me devez beaucoup. » Ghiggia n'aime pas non plus les journalistes, à qui il reproche de ne se rappeler son existence que les 16 juillet. « C'est pour ça, avertit Beatriz, qu'il fait payer les interviews. En plus, on a besoin d'argent pour terminer la maison. » La maison est située sur la route 67 et n'est qu'à moitié construite. Pour la terminer, Ghiggia a accepté l'offre du whisky Dunbar pour la tournée avec Larbanois et Carrero. Il était chargé de distraire les gens au milieu du concert. Il a aussi vendu pour 24 900 dollars à Banco Republica un pied en or qu'on lui avait offert à Monaco, et même sa médaille de champion du monde, bien qu'il ait toujours refusé de l'admettre. « Je l'ai ici » , dit-il à chaque fois que quelqu'un lui parle de cet épisode, et il la montre, mais ne raconte jamais toute l'histoire : à savoir qu'il l'a bel et bien vendue, jusqu'à ce que l'un des hommes de Paco Casal, le patron du football uruguayen, la rachète via son entreprise médiatique Tenfield et la lui rende. Aujourd'hui, Casal lui verse 400 dollars par mois, et lui a même acheté une Renault Clio. Celle de l'accident. Le 13 juin 2012, Ghiggia roulait avec Beatriz et sa belle-sœur sur la route 5 quand un camion lui est rentré dedans. Ghiggia ne portait pas sa ceinture de sécurité. Il a été éjecté du véhicule. Il a souffert de traumatismes à la tête et au thorax, d'une déficience pulmonaire, de fractures de la rotule, du bras, de la cheville et d'une grave blessure à la hanche. Il a été placé en coma artificiel pendant 37 jours à Montevideo. Une convalescence jamais tout à fait terminée. Logique pour un homme de son âge.

« Asseyez-vous, petits »


« Entrez, entrez, Alcides est couché, mais réveillé » , annonce Beatriz, le sourire aux lèvres. Le salon est petit, il y a des photos et des coupures de presse encadrées posées sur une étagère. Mais pas le maillot que Ghiggia a porté contre le Brésil en 1950. Quand le joueur est parti à Rome, il l'a laissé à son père, qui l'a gardé comme une relique dans une caisse. À son retour en Uruguay, Ghiggia a demandé à voir le maillot. Les deux hommes ont alors ouvert la caisse, mais le maillot n'était plus là : il s'était désintégré. La chambre est à peine éclairée. Un écran plasma est collé au mur, et un chat est allongé au pied du lit. Sur la table de chevet : une photo de Ghiggia avec le maillot de l'Uruguay, et une autre de Beatriz quand elle était jeune. De l'autre côté : une boîte à chaussures remplie de médicaments. À côté, un déambulateur : Ghiggia s'est remis à marcher, même si sa jambe lui fait encore mal. L'unique survivant du Mondial 1950 est couché, la couverture tirée jusqu'au cou. « Ces petits sont venus te voir » , lui lance Beatriz, toujours avec le sourire. « Asseyez-vous, petits » , incite Ghiggia, sans quitter la TV des yeux. Il y a un film sur I-Sat, que l'on voit à peine à cause de la pluie, mais Ghiggia s'en fiche : c'est une simple distraction pour pouvoir dormir et voir plus tard la demi-finale du Mondial des U20, entre l'Uruguay et l'Irak. « Il y a des journalistes de partout dans le monde qui viennent te voir, Alcides, hein ? » , lui demande Beatriz. « Oui, de partout » , acquiesce Ghiggia. « Comment vous remettez-vous de l'accident ? » « Ça va mieux. Mais les jours très humides, comme aujourd'hui, me font souffrir du genou. C'est pour ça que je ne sors pas. » Le téléphone sonne. « Ça doit être ta mère » , dit Ghiggia à Beatriz avant de décrocher. « Bonjour belle-mère, comment allez-vous ? Oui, elle est là… D'accord, je lui dis… Oui, oui, elle part à Montevideo… Elle va s'en aller, là… Mais ce sont des vêtements pour elle ou pour le magasin ? C'est vous qui payez, non ? » , sourit Ghiggia en envoyant un clin d'œil à Beatriz, qui sourit elle aussi.

« Alcides dit toujours qu'il est né à la mauvaise époque. Qu'aujourd'hui il serait meilleur que Messi »


« Ma belle-mère ne m'aimait pas au début, dit-il après avoir raccroché.
- Pour la différence d'âge, pour la différence d'âge, tempère Beatriz.
- Et maintenant ?
- Maintenant elle m'aime bien, sourit Ghiggia.
- Il y a des gens qui ne vous aiment pas ?
- Les gens à Montevideo ont oublié Alcides, interrompt Beatriz. Mais dans l'intérieur du pays, il est très apprécié. Les gens le reconnaissent et deviennent fous en le voyant. Tu te rappelles, Alcides, de ce monsieur qui t'a vu au péage de Paysandu et est descendu de sa voiture pour te le payer ?
- Bien sûr que je me rappelle. Et de celui qui nous a payé le déjeuner je ne sais plus où.
- Et ici, à Las Piedras ? Je sais qu'un stade porte votre nom et qu'une statue de vous va être construite.
- Nooon, tu parles, ils ne me feront jamais de statue.
- Ici, les gens le reconnaissent, mais ne s'approchent pas, précise Beatriz. Les gens sont méchants, ils parlent à cause de la différence d'âge.
- La statue, la statue, ronchonne Ghiggia.
- En fait, elle existe déjà, mais elle ne lui ressemble pas du tout.
- C'est Homero Caro qui l'a fait faire, mais quand je l'ai vue, je ne me suis pas du tout reconnu.
- Pas du tout.
- Ils m'ont fait blond ! Je n'ai jamais été blond.
- C'est vrai que vous avez parcouru tout l'Uruguay pour la tournée de Dunbar ?
- Tout l'Uruguay, répond Ghiggia.
- Tout l'Uruguay, répond Beatriz.
- J'ai vu que vous aviez des photos et des coupures de presse dans le salon. Vous avez aussi les sons du but ?
- Oui, je les ai. Mais elle ne me laisse pas les écouter. Ça fait des années que je ne les ai pas écoutés.
- C'est parce qu'Alcides est âgé et émotif. J'ai peur qu'il lui arrive quelque chose.
- J'ai le récit du but de De Feo, Pelliciari, Soler, poursuit Ghiggia, et les larmes lui montent aux yeux.
- Bon, et nous, on s'est rencontrés à l'école de conduite, hein Alcides ?, interrompt Beatriz, pour le faire revenir au présent.
- Oui, j'étais son professeur, répond Ghiggia d'un sourire coquin.
- Alcides a toujours aimé les voitures, la vitesse et…
- Et les femmes ?
- Et les femmes, ronchonne Beatriz, et Ghiggia sourit.
- J'ai toujours beaucoup aimé les femmes, mais je suis heureux avec elle, on s'entend bien.
- Sauf les jours de Clásico, parce que moi je suis de Nacional. On ne peut pas voir les matchs ensemble.
- Elle va dans la cuisine, et moi, je reste là, dans mon lit.
- Oui, mais quand Peñarol marque, Alcides monte le son pour que je l'entende depuis la cuisine.
- Vous sentez que vous n'êtes pas reconnu comme vous devriez l'être ?
- Alcides dit toujours qu'il est né à la mauvaise époque. Qu'aujourd'hui il serait meilleur que Messi. Hein, Alcides ? »

Ghiggia acquiesce. Le frère de Beatriz est dans le salon. Il vient d'arriver. Il doit l'emmener à Montevideo. Ghiggia met VTV pour voir Uruguay-Irak. Beatriz lui rappelle qu'elle va à Montevideo et revient. « Vas-y tranquillement » , lui répond Ghiggia, couvert jusqu'au cou. Tout le monde sort. Et Beatriz ferme la porte à clé.



Par Federico Bassahun, à Las Piedras Tous propos recueillis par Federico Bassahun pour la Revista Don Julio, à Las Piedras et à quelques encablures du coup d'envoi de la Coupe du monde 2014.
Vous avez relevé une coquille ou une inexactitude dans ce papier ? Proposez une correction à nos secrétaires de rédaction.
Modifié

Peñarol mi Amor Niveau : Ligue 2
Note : 3
Merci pour cet article Federico ;)

En tant qu'uruguayen et surtout en tant que supporter de Peñarol, mon cœur saigne depuis hier, je n'arrive pas à y croire, cela devait arriver un jour, mais la sensation que je ressent aujourd'hui est très bizarre... C'est comme si je venais à nouveau de perdre mon grand-père !
Je n'ai jamais vu jouer Alcides Ghiggia, mais en Uruguay, tout le monde sait qui il est et cet homme jouit d'une admiration quasi mystique ici, il était le dernier morceau vivant de la plus grande période footballistique de la Céleste, sa disparition va laisser un grand vide ici. Et comme le hasard fait toujours bien les choses, la mort de Don Alcides a eu lieu 65 ans jour pour jour après le miracle du Maracana.

Je demande à tout les supporters de Peñarol, de la Roma, de l'Uruguay et même les simples amateurs de foot présent sur ce site d'avoir juste une petite pensée pour la mémoire de ce grand bonhomme du football.
5 étoiles pour cet article plein de nostalgie qui nous transporte au temps de nos grand-pères. :)
Message posté par Peñarol mi Amor
Merci pour cet article Federico ;)

En tant qu'uruguayen et surtout en tant que supporter de Peñarol, mon cœur saigne depuis hier, je n'arrive pas à y croire, cela devait arriver un jour, mais la sensation que je ressent aujourd'hui est très bizarre... C'est comme si je venais à nouveau de perdre mon grand-père !
Je n'ai jamais vu jouer Alcides Ghiggia, mais en Uruguay, tout le monde sait qui il est et cet homme jouit d'une admiration quasi mystique ici, il était le dernier morceau vivant de la plus grande période footballistique de la Céleste, sa disparition va laisser un grand vide ici. Et comme le hasard fait toujours bien les choses, la mort de Don Alcides a eu lieu 65 ans jour pour jour après le miracle du Maracana.

Je demande à tout les supporters de Peñarol, de la Roma, de l'Uruguay et même les simples amateurs de foot présent sur ce site d'avoir juste une petite pensée pour la mémoire de ce grand bonhomme du football.


Plus grande période du foot uruguayen? Hum...

24-30 : 3 titres consécutifs de champion du monde, ou seule parla la vérité du terrain..Et plus encore, peut-être, s il n y avait eu ensuite certain retour du bâton, après les réticences européennes à s aligner en 1930...

J observe, pour le solde, que les meilleurs papiers de sofoot sont des reprises.
Peñarol mi Amor Niveau : Ligue 2
Oui, si tu parle seulement en terme de titre, la période 1924-1930 est bien plus faste, mais la Céleste de 1950 est bien plus entré dans le cœur des uruguayens !
Message posté par Peñarol mi Amor
Oui, si tu parle seulement en terme de titre, la période 1924-1930 est bien plus faste, mais la Céleste de 1950 est bien plus entré dans le cœur des uruguayens !


...car remportée face au voisin brésilien, j imagine?

Quoi qu il en soit : quel grand football que le tien... incomparable! (veinard)
Peñarol mi Amor Niveau : Ligue 2
Parce que l'Uruguay sortait de deux ans de gréve du syndicat des joueurs, parce qu'on débarque au Brésil sans entraîneur, parce que le Brésil n'avait besoin que d'un match nul pour être champion, parce que les dirigeants uruguayens étaient parti avant le match de peur de prendre une raclée...

Enfin bref, cette victoire est un MIRACLE ABSOLU !
Message posté par Peñarol mi Amor
Parce que l'Uruguay sortait de deux ans de gréve du syndicat des joueurs, parce qu'on débarque au Brésil sans entraîneur, parce que le Brésil n'avait besoin que d'un match nul pour être champion, parce que les dirigeants uruguayens étaient parti avant le match de peur de prendre une raclée...

Enfin bref, cette victoire est un MIRACLE ABSOLU !


J avais complètement zappé cette histoire de grève, d autant plus merci de ta réaction, je comprends mieux.

Les italiens ont ce même élan du coeur, quasi-mystique (cf. totonero...entre autres soucis), pour le miracolo de 1982.
Hier à 09:20 Pronostic Ajax Man U : jusqu'à 510€ à gagner sur la finale de C3
Hier à 21:52 Mkhitaryan pour le 2-0 Hier à 21:16 Ouverture du score chanceuse pour Pogba 3 Hier à 17:18 Correa maintenu sur le banc de Nancy 8
Partenaires
Olive & Tom Logo FOOT.fr
Hier à 14:11 23 000 euros d'amende pour Depay 4 Hier à 13:38 Un joueur de la Corée du Sud U20 chambre Maradona 19
mardi 23 mai Le but d'Orléans annulé par arbitrage vidéo 37 mardi 23 mai SFR Sport va changer de nom 19 mardi 23 mai Zidane fait mieux que Mourinho, Ancelotti et Ferguson mardi 23 mai Diego López définitivement à l'Espanyol 10 mardi 23 mai Le Real officialise un accord avec Vinícius Júnior 34 mardi 23 mai Michel Der Zakarian débarque à Montpellier 25 mardi 23 mai Le fils de Klinsmann rate un dribble et encaisse un but 3 mardi 23 mai Ruben Aguilar à Montpellier 4 mardi 23 mai El Loco Bielsa est de retour en L1 ! mardi 23 mai CDM U20 : Le CSC de 50 mètres d'un joueur anglais 7 mardi 23 mai Marc Bartra poste un message à la suite de l'attentat 10 mardi 23 mai Griezmann confirme ses envies de départ 54 mardi 23 mai Patrice Carteron passe de Riyad à Phoenix 9 mardi 23 mai Vidal veut Sánchez au Bayern 36 mardi 23 mai CR7 Junior sur les traces de son père lundi 22 mai Option d'achat levée pour Cuadrado 17 lundi 22 mai Ils ont quitté le football en 2017 lundi 22 mai Portsmouth racheté par l'ancien PDG de Walt Disney 7 lundi 22 mai Un supporter de Benfica chambre Porto avec un drone 3 lundi 22 mai 116 Millions d'€ à gagner ce mardi à l'Euro Millions ! 2 lundi 22 mai Anderlecht confirme pour Tielemans à Monaco 34 lundi 22 mai Aubameyang aurait choisi Paris 85 lundi 22 mai Prolongations : 300€ offerts remboursés en CASH pour parier ! samedi 20 mai Rodelin sauve le Stade Malherbe 6 samedi 20 mai Le cadeau d'adieu de Lacazette au Parc OL 33 samedi 20 mai Les compos de la dernière journée samedi 20 mai Bartra craque sous le coup de l'émotion 12 samedi 20 mai Benoît Cheyrou sauve Toronto 4 vendredi 19 mai Amavi intéresse Naples et l'Atlético 18 vendredi 19 mai Un échange Bakayoko-Batshuayi dans les tuyaux 46 vendredi 19 mai L'OM cible Zouma et Gameiro 38 jeudi 18 mai Le Hellas Vérone rejoint la SPAL en Serie A 30 jeudi 18 mai L'Espérance sportive de Tunis sacrée championne 4 jeudi 18 mai Un stade qatari déjà prêt pour le Mondial 2022 40 jeudi 18 mai 348€ à gagner avec PSG & Lyon 2 jeudi 18 mai 107 Millions d'€ à gagner ce vendredi à l'Euro Millions ! 1 jeudi 18 mai Modeste intéressé par la Chine 26 jeudi 18 mai Reynet en pole pour Montpellier 24 mercredi 17 mai Mendy et son Jardim d'amour 4 mercredi 17 mai Mbappé ouvre le score en beauté 14 mercredi 17 mai L'arbitrage vidéo pour le Mondial U20 3 mercredi 17 mai Le propriétaire de Leicester rachète un club de D2 belge 11 mercredi 17 mai Nacho pourra jouer face à Vigo 6 mercredi 17 mai Un cubain envoie une minasse hors du stade 10 mardi 16 mai Un ancien président du FC Rouen assassiné 23 mardi 16 mai Luzenac dédommagé de... 15 000 euros 22 mardi 16 mai Aubameyang vers la Chine ? 81 mardi 16 mai St-Pauli offre des bières pour son maintien 21 lundi 15 mai SO FOOT CLUB - Paulo Dybala 2 lundi 15 mai Un accord Favre-Dortmund ? 52 lundi 15 mai Évra fête son anniversaire sur du Brown 27 lundi 15 mai Baptiste Giabiconi au capital du FC Martigues ? 5 lundi 15 mai La Premier League noue un partenariat avec une asso LGBT 4 lundi 15 mai Un Colombien s'enroule dans un tapis pour célébrer son but 9 lundi 15 mai Mon Petit Gazon : les tops et les flops de la 37e journée 2 lundi 15 mai River s'impose dans le Super Clásico 10 dimanche 14 mai Le but de renard de Nacho 15 dimanche 14 mai Les larmes de bonheur de Marquinhos 32 dimanche 14 mai Les Girondins vont porter leur nouveau maillot domicile contre l'OM 14 dimanche 14 mai Le GF38 accède au National 15 dimanche 14 mai Pepe finalement à l'Inter ? 48 dimanche 14 mai Un nouveau doublé pour Gignac 5 samedi 13 mai La SPAL est de retour en Serie A 11 samedi 13 mai Le coup franc soyeux d'Alaba 7 samedi 13 mai Ricardo Rodríguez a trouvé un accord avec le Milan 36 vendredi 12 mai Les 50 joueurs qui ont écrit l'histoire de l'OL vendredi 12 mai Tielemans se serait engagé avec l'ASM 34 jeudi 11 mai 623€ à gagner avec Tottenham, Nice & Villarreal jeudi 11 mai L'OL triple la mise 2 jeudi 11 mai Dolberg douche les espoirs de l'OL 1 jeudi 11 mai Huntelaar va quitter Schalke 12 jeudi 11 mai Une bicyclette folle pendant le derby de Bagdad 2 jeudi 11 mai Polémique à la commission d'éthique de la FIFA 12 jeudi 11 mai Canal + minimise la perte de la Ligue des champions 71 jeudi 11 mai Le Gamba Osaka sanctionné à cause d'un drapeau SS 62 jeudi 11 mai Gignac ne s'arrête plus de marquer 7 jeudi 11 mai La Ligue des champions sur SFR Sport à partir de 2018 114 mercredi 10 mai Plus de vingt blessés en marge d'Atlético-Real 5 mercredi 10 mai Isco réduit le score 1 mercredi 10 mai Antoine Griezmann pour le 2-0 ! mercredi 10 mai Saúl Ñíguez ouvre le score mercredi 10 mai Claudio Ranieri n'ira pas en Chine 11 mercredi 10 mai Une murale hommage à Cruyff inaugurée à Amsterdam 13 mercredi 10 mai Benatia pas tenté par Marseille 43 mercredi 10 mai Pronostic Atlético Real : jusqu'à 500€ à gagner sur l'affiche de C1 ! 1 mercredi 10 mai 328€ à gagner avec Lyon & ManU-Celta mercredi 10 mai Nice sur le coup pour le Valenciennois Tameze 5 mardi 9 mai Dani Alves clôt les débats 6 mardi 9 mai Mandžukić ouvre le score mardi 9 mai Pepe bientôt au PSG ? 64 mardi 9 mai Un joueur israélien arrêté par la police au stade 20 mardi 9 mai L'impressionnante collection de maillots de Messi 41 mardi 9 mai Balotelli discute avec Las Palmas 37 mardi 9 mai Aulas danse pour ses féminines 19 lundi 8 mai Theo Hernández : direction le Real Madrid 25 lundi 8 mai Hulk dément avoir agressé un coach chinois 14 lundi 8 mai Juve Monaco : jusqu'à 1500€ à gagner sur l'affiche de C1 lundi 8 mai 383€ à gagner avec Juve-Monaco & Atlético-Real lundi 8 mai Chapecoense remporte son premier trophée après le drame 4 dimanche 7 mai Un Niçois arrive au Vélodrome à ski 6 dimanche 7 mai Le golazo de Theo Hernández 3 dimanche 7 mai Nelson Vivas arrache sa chemise 7 dimanche 7 mai Hulk accusé d'avoir frappé un entraîneur 18 dimanche 7 mai Gignac qualifie les Tigres 3 samedi 6 mai Quand Dani Alves ouvre une bière 16 samedi 6 mai La Tchéquie lance un championnat de foot-billard 7 samedi 6 mai La France flingue les Féroé 6 samedi 6 mai Boca - River, c'est chaud, même au city stade 5 vendredi 5 mai L'AC Pisa relégué avec la meilleure défense 18 vendredi 5 mai Et si on s'écoutait le dernier gros son de Jesé ? 24 vendredi 5 mai Djorkaeff bientôt à la LFP ? 16 vendredi 5 mai Ligue 1 : Les dates de barrages connues 10 vendredi 5 mai Un entraîneur de Ligue 1 ministre de Marine Le Pen ? 99 vendredi 5 mai Renato Sanches en prêt, Monaco et Marseille à l'affût 37 vendredi 5 mai 327€ à gagner avec Monaco & Hull City jeudi 4 mai Le coup franc génial de Rashford pour ouvrir le score 9