Le Corto maltais

Ce soir, West Ham United affronte le Birkirkara FC. L'une des toutes meilleures formations de Malte qui, cette saison, accueille dans ses rangs une vieille branche de la Serie A : Fabrizio Miccoli. Dernier tour de piste pour l'ancien de la Juventus et premier tour de force d'un club à l'ambition certaine.

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Grâce au Prix du fair-play, l'équipe de West Ham United s'est miraculeusement qualifiée pour la Ligue Europa à l'issue de la saison de Premier League 2014-2015. Revers de la médaille, les Hammers doivent se farcir différents tours préliminaires qui mènent aux phases de groupes. Une tournée estivale aux quatre coins du Vieux Continent dont l'exotisme des destinations n'a d'égal que le relatif anonymat des équipes affrontées. Après avoir éliminé au premier tour le Lusitanos FC, minuscule club d'Andorre, une autre équipe se dresse sur le chemin des Londoniens pour le compte du match aller de ce second tour qualificatif de C3 le 16 juillet dernier : le Birkirkara FC. Troisième du dernier exercice de Maltese Premier League, les Stripes se sont retrouvés en compétition européenne grâce à leur victoire en Coupe de Malte face aux Hibernians. Au tour précédent, Birkikara avait réussi l'exploit de… passer un tour face aux Arméniens d'Ulisses FC. De toute l'histoire du football maltais, seuls les Sliema Wanderers étaient parvenus à éliminer un club, le FC Rumelange, en premier tour de C2 saison 1968/69.

Forcément, alors qu'ils accueillent dans leur antre mythique et séculaire d'Upton Park, les Hammers pensent ne faire qu'une bouchée de ces Maltais qu'ils imaginent plus proches du bichon que du faucon sur un pré carré. 90 minutes plus tard, c'est une équipe londonienne bien heureuse d'avoir planté à la toute fin du match qui rentre aux vestiaires. Un but marqué sur corner, d'un coup de torse de Tomkins, après une sortie casse-gueule du vétéran maltais Justin Haber, jusqu'ici irréprochable. OK, c'est un match de reprise. OK, les Anglais ont manqué de réussite, à l'image de Modibo Maïga qui frappe le poteau. Mais quand même : le Birkirkara FC n'a pas démérité durant tout le match, notamment son numéro 10 aussi vif que râblé. Une barrique à la tête d'ail et à la démarche reconnaissable entre mille : celle de Fabrizio Miccoli. Oui, l'ancien de la Juventus et de Palerme évolue désormais dans le championnat maltais.

En jaune et rouge et avec le sourire


Même si le natif de Nardo, avec ses 36 bougies soufflées, est plus près de la fin que du début, d'aucuns se demandent ce que Miccoli est venu faire à plusieurs centaines de kilomètres au sud de la Botte, dans un archipel de la taille des Maldives et dont le nombre d'habitants n'atteint pas la plupart des grandes villes italiennes. Encore plus lorsque l'on sait que le championnat maltais fait partie des plus faibles d'Europe, classé 51e sur 54 (derrière celui des îles Féroé, notamment). L'attaquant de poche aurait sans doute pu continuer en Lega Pro Prima Divisione, la troisième division italienne, lui qui portait depuis deux ans – et après de longues années de transhumance – les couleurs du club qu'il supportait quand il était gosse, l'US Lecce. Aussi, certaines formations émiraties et indiennes, désireuses d'acquérir une ancienne gloire du foot européen à prix d'or, s'étaient montrées intéressées par le profil de l'Apulien. Mais avec Miccoli, le cœur a ses raisons que la raison ignore.

Lors de sa présentation aux supporters des Stripes le 24 juin dernier, l'attaquant de poche n'a laissé aucune place au doute en conférence de presse : « J'ai vraiment hâte de débuter cette nouvelle expérience et je suis très heureux de terminer ma carrière ici, sous les mêmes couleurs que celles de Lecce, avec qui j'ai joué deux ans. J'espère que nous gagnerons le titre. » En réalité, lorsque le Birkirkara FC est venu chercher Miccoli, ce dernier avait d'ores et déjà décidé de quitter le monde du football, frustré par son incapacité à faire monter Lecce en Serie B (dix-sept matchs joués la saison dernière pour deux buts marqués). Rien de surprenant à voir un joueur au fond du trou lorsque la relation avec son amour d'enfance tourne au vinaigre, qu'importent les sommes exorbitantes qu'on lui agite devant les yeux pour un dernier tour de piste. « Dans ma vie, l'argent n'est jamais entré en ligne de compte. J'ai passé six ans au Palermo et je n'ai jamais voulu en partir pendant six ans parce mes décisions n'étaient pas influencées par l'argent. Jouer au football, c'est toute ma vie, donc j'avais envie de terminer avec le sourire, pas comme l'année dernière » , a détaillé le joueur italien au Times of Malta.

Camoranesi, Moscardelli, D'Agostino annoncés, Miccoli arrivé


L'envie d'avoir envie, donc. Et, comme souvent quand il est question d'amour, de se sentir désiré, un peu. « Je suis venu ici parce que le club me voulait vraiment. J'ai rencontré de bonnes personnes, sérieuses, et ce club est comme une famille » , enchaînera Miccoli au micro du Times of Malta. Deux hommes sont fondamentaux dans la signature du « mètre cube » au Birkirkara FC. Adrian Delia, d'abord. Nommé président du club jaune et rouge en juin dernier en lieu et place de Joe Zammit, cet avocat à la ville – les clubs maltais sont encore semi-amateurs et gérés comme des associations – nourrit une ambition sans faille pour son équipe et, en conséquence, est capable de convaincre même le plus inaccessible des joueurs de venir évoluer chez lui. Ou presque. Lors de son premier mois d'intronisation, des noms ronflants de vétérans italiens ont été entendus du côté de Birkirkara : Mauro Camoranesi, Davide Moscardelli ou encore Gaetano D'Agostino. Si le mercato n'est pas encore terminé, il semblerait pour autant que les pistes se soient refroidies, si tant est qu'elles aient été un jour véritablement considérées.

En attendant, c'est bien Fabrizio Miccoli qui évolue depuis quelques semaines avec le numéro 10 des Stripes sur le dos. L'autre homme providentiel de la venue du lutin apulien à Birkirkara se nomme Giovanni Tedesco. Nommé entraîneur du club le mois dernier après une saison à entraîner le Floriana FC, le technicien est un vieil ami de l'ancien joueur de Benfica. Il y a treize ans, les deux hommes ont attrapé ensemble une demi-finale de Coupe d'Italie face au Milan AC, alors qu'ils évoluaient du côté de Pérouse. Réuni à nouveau sous le même étendard, le duo tentera de faire des merveilles dans un effectif taillé pour jouer la victoire finale en championnat. Voire, qui sait, gratter une inédite qualification pour un troisième tour de Ligue Europa en battant West Ham au stade Ta'Qali ce soir. Sait-on jamais...

Par Matthieu Rostac
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Dragan Stojkovic Niveau : Loisir
Un sublime joueur, qui n'hésite pas à revenir dans son club de coeur (Lecce), alors que celui ci est en 3ème division.

Un génie. Pas un gros bagage physique, mais une technique, une finesse et une classe folle. Un des meilleurs tireurs de coup francs de ces dernières années en série A. Une sorte de Baggio: on lui a jamais vraiment fait confiance dans les gros clubs, alors le mec s'est contenté de devenir une idole dans des clubs de moindre envergure (comme à Palerme)

Pour illustrer ce joueur, un des meilleurs matchs de sa carrière:

https://www.youtube.com/watch?v=_6xVoC2vyXQ
Roland Tourne Vis Niveau : District
"le Lusitanos FC, minuscule club d'Andorre" Une annexe de Créteil ?
Il Ragno Nero Niveau : CFA2
Miccoli, c'est le jumeau poissard de Di Natale. Talent, amour du jeu et même idole de jeunesse (Diego bien sûr), le compte est à peu près bon.

Poissard, Miccoli, parce qu'il a s'est fait remarquer plus tôt et, trop jeune, n'a pas su dire non à la Juve comme son binôme. Et aussi parce qu'à la Juve des Moggi, il ne faisait pas bon refuser le fils comme agent quand le père était le boss...

Ceci dit, le plus gros regret sur cette génération pour moi, c'est de ne pas avoir vu Toto, Miccoli et Cassano associés en attaque avec la Nazionale. Pas pour gagner un Euro ou une Coupe du Monde, mais juste pour l'art...
Dragan Stojkovic Niveau : Loisir
J'avoue qu'une attaque avec les trois types que tu cites, ça serait complètement dingue... Déjà qu'en terme d'art, Zlatan-Cassano c'était splendide, alors avec ces trois là réunis c'eut été de la magie. Peu d'efficacité, peu d'efforts mais de la magie.

On fait plus de joueurs comme eux en Italie.. Les seuls "artistes" de la nouvelles générations italiens sont Insigne et Gabbiadini, pour le reste je vois pas.
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