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Le corps du Chris

Débarqué à la tête de la sélection en janvier 2012 pour prendre la suite de son ami intime Gary Speed, Chris Coleman a progressivement réussi à retourner l'opinion publique au pays de Galles et à faire accepter la ville de Swansea. La passion et la revanche dans les veines.

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Il est parti avec sa vérité, ses raisons. Aujourd’hui encore, personne au pays de Galles ne sait pourquoi et comment expliquer ce geste. Un garage sombre au bas d’un vaste terrain, sa femme Louise, et face à elle, le corps pendu de la légende Gary Speed. Ce 27 novembre 2011 est une plaie ouverte. C’est aussi une raison d’avancer et de croire pour tout un peuple. Un an plus tôt, la belle gueule avait été installée sur le banc de la sélection nationale par sa Fédération et avait branché le courant d’une révolution interne pour, à terme, faire revenir le pays de Galles sur le front de la scène internationale.


Speed venait alors de reprendre le témoin tendu par John Toshack, en poste depuis novembre 2004, et de redonner un intérêt à une sélection où de nombreux joueurs ne trouvaient plus d’intérêt à venir. Ryan Giggs, l’idole (64 sélections), en est le plus bel exemple, retraité en 2007 pour se concentrer sur sa carrière à Manchester United, mais qui ouvrit la porte à un retour en 2012. Gary Speed, c’était donc ça : du jeu, du charisme et des idées novatrices (la science sportive, la psychologie). Puis tout s’est arrêté. Et il a fallu trouver une solution sans casser la ligne directrice. « Il est toujours dans mes pensées, pas seulement pendant l’Euro. Et je suis sûr qu’il est avec nous, qu’il est fier et qu’il se réjouit. »

Le passeport, la Serbie et la mémoire


Ces mots viennent de Chris Coleman, ami d’enfance et relais naturel du travail de Gary Speed. Les deux hommes se connaissaient depuis l’enfance.
« Beaucoup de gens ne voulaient pas de moi. Je pense qu’il y a aussi la rivalité Swansea-Cardiff, donc pas mal de personnes ne m’aimeront jamais. » Chris Coleman
Fin 2011, Coleman est alors en Grèce, il bosse en deuxième division nationale, à Larissa, et quittera son poste quelques semaines plus tard à la suite des nombreux problèmes financiers du club. C’est la raison officielle derrière la volonté intime de saluer la mémoire de Speed. Deux ans plus tôt déjà, Chris Coleman avait tenté sa chance auprès de la Fédération galloise. Cette fois, c’est logique. « Beaucoup de gens ne voulaient pas de moi. Je pense qu’il y a aussi la rivalité Swansea-Cardiff, donc pas mal de personnes ne m’aimeront jamais - je comprends les raisons géographiques. Cela m’a pris du temps à comprendre comment appréhender mes joueurs et mon travail. Et j’ai logiquement décidé de reprendre la lignée du travail de Speedy » , racontait Coleman il y a quelques mois au Guardian. Avant lui, le pays de Galles restait sur trois succès consécutifs. Avec, il n’a gagné qu’une rencontre sur sa première année (six défaites et un succès contre l’Écosse 2-1, en octobre 2012).


Et l’histoire s’est mise en marche, le pays de Galles s’est reconstruit pour débarquer en France avec de solides certitudes, deuxième de son groupe de qualifications derrière la Belgique avec une seule défaite (contre la Bosnie 0-2). Voilà comment balayer les doutes des débuts :
« Les gens comprendront vraiment la portée de notre travail quand on atteindra le top 10. » Chris Coleman
une défaite humiliante 6-1 en Serbie, un passeport perdu avant un déplacement en Macédoine en septembre 2013 (1-2) et un voyage de l’équipe nationale sans son sélectionneur, en Andorre. Andorre, en septembre 2014, est le premier match de la campagne menant au championnat d’Europe en France. Mené 1-0 après six minutes, les Gallois se dirigent pendant longtemps vers un nul terrible après l’égalisation de Gareth Bale. Puis Bale a retourné le bordel d’un coup franc superbe. On connaît la suite : une victoire contre la Belgique (1-0), la danse de Joe Ledley, la fête de Cardiff. En quatre ans, le pays de Galles est passé de la 117e place au classement FIFA à la 26e. Coleman : « Les gens comprendront vraiment la portée de notre travail quand on atteindra le top 10. » Toujours plus haut.

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« J’ai la chance de vivre comme entraîneur quelque chose que je n’ai jamais vécu en tant que joueur. » Chris Coleman
Depuis le début de la compétition, le pays de Galles impressionne, dégage le sentiment d’une aventure humaine extraordinaire et fait penser au Danemark 92. Chris Coleman, lui, a progressivement retourné l’opinion publique et parle souvent de passion : « C’est magnifique. Après notre déception contre l’Angleterre (1-2), ça veut dire beaucoup sur notre caractère. C’est le meilleur moment de ma carrière. J’ai la chance de vivre comme entraîneur quelque chose que je n’ai jamais vécu en tant que joueur. (…) On est un petit pays, mais en matière de passion, on peut parler d’un continent. »


Ce qui est fort avec cette équipe, au-delà du soutien populaire, c’est le rapport à la nouveauté. Oui, Gareth Bale vient de remporter une C1, mais le reste de l’équipe n’a jamais vraiment gagné. L’arrivée de Coleman a également permis l’arrivée progressive d’une solide base issue de Swansea (anciens ou actuels). C’est aussi l’histoire de ce pays de Galles qui se dessine sous nos yeux et la revanche sur la mémoire d’un homme disparu trop tôt. « Je n’oublie pas les critiques, j’en rigole aujourd’hui et je vois les vestes qui se retournent. C’est peut-être ça, aussi, l’important. »

Par Maxime Brigand Propos de Chris Coleman tirés du Guardian.
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