1. // Tribunes
  2. // Bilan CNSF

Le Conseil des supporters prend forme

Trois mois après la création du Conseil national des supporters français, ses responsables ont convié jeudi dernier la presse pour tirer un premier bilan de leurs actions et notamment de leurs rencontres avec les instances sportives et les pouvoirs publics.

Modififié
384 5
Le 17 avril, trois associations de supporters (À la Nantaise, Culs Rouges de Rouen et Socios Nancy) avaient annoncé, lors d'assises du supportérisme au Sénat, la naissance du Conseil national des supporters français . Jeudi, deux de ses responsables (Florian Le Teuff et Matthieu Gudefin) organisaient une conférence de presse dans un bistrot parisien afin d'évoquer les dossiers chauds du tout nouveau CNSF. Ce conseil est censé apporter une réponse au manque criant de passerelles de dialogue entre les supporters d'un côté, et les instances sportives et l'État de l'autre. Alors que la politique française en matière de gestion des supporters est essentiellement orientée vers les questions de sécurité, le CNSF souhaite montrer que les supporters de football peuvent être partie prenante des prises de décision au sein des clubs de foot et des instances.

D'ailleurs, la thématique centrale développée par le CNSF est celle de la gouvernance du football. Son cheval de bataille ? La représentation des supporters dans les instances du football français. « Tous les acteurs du football sont actuellement représentés dans les organigrammes des instances du football : présidents de clubs, joueurs, personnels administratifs, médecins et arbitres. Tous les acteurs... sauf les supporters qui sont pourtant les consommateurs faisant vivre les clubs, mais qui sont surtout les citoyens susceptibles d'apporter la transparence nécessaire à la définition d'une gestion plus responsable du football » , peut-on lire dans le communiqué de presse publié par le CNSF.

Luc Arrondel, directeur de recherche en économie au CNRS, fait partie du comité d'orientation du CNSF, composé d'universitaires, de journalistes et personnalités des médias, de parlementaires et d'avocats (dont des membres de la rédaction de So Foot). Il a souligné que « les clubs ont trop tendance à voir les supporters uniquement comme des clients, des consommateurs. Alors que pour eux, l'aspect financier n'est pas central. » Le CNSF défend dès lors l'idée que les supporters puissent avoir voix au chapitre comme tout autre acteur du milieu du foot, comme c'est d'ailleurs le cas dans les autres grands pays du foot européen (Angleterre, Allemagne, Espagne et, dans une moindre mesure, Italie).

Des signes encourageants

Les créateurs du CNSF ont déjà été rejoints par d'autres associations ou initiatives locales (Mouvement Azur et Or de Toulon, Tous Unis pour les Verts, Union des Supporters Valenciennois) qui suivent le même modèles que les fondateurs : soit elles défendent des projets d'actionnariat populaire, soit elles s'efforcent de nouer le dialogue entre le club et les différents acteurs locaux du supportérisme. Pour faire émerger des projets locaux défendant ces principes, les responsables du CNSF multiplient actuellement les contacts avec différentes associations de supporters dans toute la France.

Si le Conseil n'en est ainsi qu'à ses premiers pas, il s'est déjà efforcé de nouer le dialogue avec les instances. Après la FFF, dont le vice-président, Bernard Desumer, était présent lors des assises d'avril dernier, les représentants du CNSF ont rencontré le 18 juin, le président, Jean-Pierre Louvel, et le directeur général, Philippe Diallo, de l'UCPF (Union des clubs professionnels de football). Le 15 juillet, ils ont été reçus au siège de la LFP par Frédéric Thiriez. La Ligue, dont l'absence lors des assises avait été remarquée, s'est ainsi décidée à dialoguer avec le nouveau Conseil national des supporters. Lors de ces réunions, les interlocuteurs du CNSF étaient unanimes sur un point : la nécessité de formaliser et pérenniser le dialogue entre instances et représentants de supporters.

L'Euro 2016 en ligne de mire

Ces différentes rencontres prouvent peut-être que l'heure du dialogue a enfin sonné en France. Jusque-là, les recommandations de Michel Platini et de l'UEFA (notamment la mise en place et la formation d'un référent-supporter censé faire le lien entre les tribunes et les dirigeants de clubs) étaient restées lettre morte. Mais ce qui n'est encore qu'une incitation pourrait vite se transformer en obligation (avec sanctions à l'appui en cas de non-respect).

À l'approche de l'Euro 2016, le football français semble conscient qu'il ne peut pas se contenter de moderniser ses stades. Il doit aussi réfléchir à la place des supporters dans un football en constante évolution et dont les logiques économiques semblent parfois prendre le pas sur la passion. « Le monde va regarder les stades de France » , a d'ailleurs indiqué Philippe Diallo lors de sa rencontre avec la délégation du CNSF. Ce ne sont pas les différents rapports rédigés plus ou moins récemment à ce sujet qui diront le contraire. Du livre vert du supportérisme au dernier rapport Glavany, les spécialistes s'accordent à dire que les supporters doivent, s'ils parviennent à s'organiser, être perçus comme des interlocuteurs responsables et essentiels pour la bonne marche du football.

« Supporters de France, organisez-vous ! »

Mais, comme l'a rappelé Florian Le Teuff lors de la conférence de presse, « rien ne pourra se faire sans la volonté politique. » À ce titre, le secrétaire d'État aux Sports (et ancien membre du groupe de travail à l'origine du rapport Glavany), Thierry Braillard, a envoyé un signe positif en direction du CNSF. L'ancien maire-adjoint de Lyon chargé des questions de sport a reçu le 16 juillet une délégation du CNSF pour «  manifester un encouragement à la structuration du supportérisme en France. » Un discours qui se situe à des années-lumière de ceux que l'on a coutume d'entendre dans les hautes sphères de la politique française à propos des fans de foot (comme quoi, Hollande n'aura pas tout raté !). « On a senti qu'on était soutenus » , se réjouit le président d'À la nantaise.

S'il est encore difficile de dire précisément comment s'articulera ce conseil national ( « on ouvre une page blanche » , insiste Florian Le Teuff), les fondations pour un dialogue apaisé sont bel et bien en place. Mieux, il semblerait que cette initiative soit appréciée des autorités du foot et du gouvernement. En soi, c'est déjà un énorme pas qui est en train d'être franchi. À charge maintenant pour les supporters de France, de toutes tendances, de s'impliquer dans ce mouvement. D'ailleurs, le CNSF appelle « les supporters de chaque club à créer localement des associations rassemblant toutes les tendances du supportérisme pour revendiquer le droit d'être associés à la vie du club de leur cœur et pour contribuer à la structuration nationale du supportérisme. »

Nouvelle table ronde en 2015

La prochaine grande réunion devrait avoir lieu dans le courant du premier trimestre 2015, comme précisé dans le communiqué du CNSF : « Selon une proposition de la FFF, une table ronde rassemblera les dirigeants des instances françaises du football (UCPF, FFF, LFP) et le CNSF. Thierry Braillard souhaite que l'État s'associe pleinement à cette initiative dans la perspective d'une reconnaissance officielle du CNSF, dès lors que cette structure œuvre à la représentativité de toutes les tendances du supportérisme, au service des valeurs du sport. » Cette échéance devrait laisser le temps au CNSF de poursuivre son développement et d'arriver à la table ronde avec une légitimité réelle. Légitimité qui dépendra notamment du nombre de groupes de supporters associés à ce projet.

Le plus dur reste à faire, mais la machine est bien lancée.

Aymeric Le Gall
Vous avez relevé une coquille ou une inexactitude dans ce papier ? Proposez une correction à nos secrétaires de rédaction.
Modifié

2yemklubapanam Niveau : Ballon d'or
en voila un article intéressant sans string ni déclaration tapageuse.
je suis un peu dubitatif sur le rapport entre l'euro et les supporteurs puisque ce ne sont pas les memes ou dans le meme contexte qui viennent au stade mais toute initiative intelligente est bonne à prendre. d'autant plus que les décisions de justice vont commencer à punir le tout répressif si exceptionnel dans le paysage français. il va y avoir un rééquilibrage des forces, autant que ça profite au dialogue entre gens sains et raisonnées.
Cocodingo Niveau : DHR
"Thierry Braillard souhaite que l'État s'associe pleinement à cette initiative dans la perspective d'une reconnaissance officielle du CNSF, dès lors que cette structure œuvre à la représentativité de toutes les tendances du supportérisme, au service des valeurs du sport."

Peut-on donc espérer que le mouvement ultra ne soit plus vu comme un risque de troubles ou un nid à casseur ? Si c'est du "supporter lambda" ou pardonnez moi l'expression des "modérés" (en opposition aux ultras donc) est-ce que chacun ne va pas chercher à faire écouter sa voie plutôt qu'une autre ? Il parait évident que les politiques seront plus sensibles aux actions telles que l'actionnariat participatifs des supporters que la défense d'une culture tribune qu'ils ne comprennent pas ?

Je suis désolé de mon pessimisme mais en France on construit des usines à gaz à longueur d'année et j'ai peur que cette initiative n'en devienne malheureusement une ou qu'elle ne reflète pas in fine ce qui se passe vraiment dans les stades.

Cet CNSF ne sera que légitime que si toutes les branches sont réellement représentées or si on veut que cela marche il faudrait déjà que les pouvoirs publics ne voient plus certains supporters comme des problèmes et encore moins comme de simple consommateurs.
Message posté par Cocodingo
"Thierry Braillard souhaite que l'État s'associe pleinement à cette initiative dans la perspective d'une reconnaissance officielle du CNSF, dès lors que cette structure œuvre à la représentativité de toutes les tendances du supportérisme, au service des valeurs du sport."

Peut-on donc espérer que le mouvement ultra ne soit plus vu comme un risque de troubles ou un nid à casseur ? Si c'est du "supporter lambda" ou pardonnez moi l'expression des "modérés" (en opposition aux ultras donc) est-ce que chacun ne va pas chercher à faire écouter sa voie plutôt qu'une autre ? Il parait évident que les politiques seront plus sensibles aux actions telles que l'actionnariat participatifs des supporters que la défense d'une culture tribune qu'ils ne comprennent pas ?

Je suis désolé de mon pessimisme mais en France on construit des usines à gaz à longueur d'année et j'ai peur que cette initiative n'en devienne malheureusement une ou qu'elle ne reflète pas in fine ce qui se passe vraiment dans les stades.

Cet CNSF ne sera que légitime que si toutes les branches sont réellement représentées or si on veut que cela marche il faudrait déjà que les pouvoirs publics ne voient plus certains supporters comme des problèmes et encore moins comme de simple consommateurs.



T'as entièrement raison, mais il me semble que pour que tout cela change, ça passe notamment par du dialogue. Comment faire comprendre un mouvement à des hautes instances si ce n'est en s'assoyant autour d'une table et discuter. Les faire venir dans les parkages avec les supporters/ultras ? Pourquoi pas, mais ça semble un peu utopique.
On peut être pessimiste, mais personnellement c'est le meilleur départ que je pouvais imaginer. Attendons la suite. Et félicitations aux personnes à l'origine de cette initiative.
SeventhDisciple Niveau : CFA2
Le mouvement Ultra est en partie représenté, dans l'association àlanantaise un des membres du conseil d'administration est membre de la Brigade Loire. Et j'imagine que dans les autres associations il doit y en avoir quelques uns aussi.
Espérons que le nombre de groupes adhérents va augmenter et que ça ne tourne pas en querelle intestine. À l'heure où on fait du collaboratif à toutes les sauces l'absence des supporters au sein des instances sportives est une vraie anomalie.
Partenaires
Olive & Tom Logo FOOT.fr
384 5