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Le combat des footballeuses italiennes

Éclipsées par leurs collègues masculins et négligées par les institutions, les footballeuses affrontent un véritable parcours du combattant de l'autre côté des Alpes afin d'assouvir leur passion. La coupe étant pleine, elles ont décidé de passer à l'action pour obtenir la reconnaissance qu'elles méritent.

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« Ça suffit ! On ne peut parler tout le temps de donner de l'argent à ces quatre lesbiennes. » Cette sortie folle est signée Felice Belloli, président de la LND, soit la Ligue nationale amateur italienne qui chapeaute également le football féminin. Une phrase tranquillement prononcée durant un conseil exécutif et qui résume assez bien la considération que reçoivent les footballeuses en Italie. Si ce monsieur a été prié de quitter son poste, la vague d'indignation que ses propos ont provoquée a vite laissé place à une mer calme. Alors, devant cet immobilisme, les joueuses ont menacé de faire grève juste avant la reprise du championnat.

Piquet de grève


« Il y a des points à conquérir qui valent plus que ceux pour le classement. » Cette autre citation est tirée d'une banderole déroulée par les joueuses avant la Supercoupe qui opposait Brescia à Verona. Une révolte pacifiste qui a valu une amende à chacune d'entre elles parce qu'elles n'avaient pas demandé l'autorisation d'afficher ce message... OK. Ces dames ont ainsi décidé de passer au plan B en se refusant de disputer la première journée de championnat (prévue le week-end dernier) si on ne leur apportait pas de garanties. En tête de file, Melania Gabbiadini, la sœur de Manolo.

Dos au mur, la Fédération a enfin décidé de se bouger en débloquant un budget de 500 000 € supplémentaires et autorisant les contrats pluriannuels, histoire d'améliorer les conditions de ces amatrices qui ont toutes un vrai boulot à mi-temps dans leur vie quotidienne. Soutenu par l'AIC (le syndicat des joueurs) de Damiano Tommasi, le préavis de grève a finalement été révoqué après que les accords ont été ratifiés. Même Susanna Camusso, présidente du CGIL, plus grand syndicat du pays, et sosie féminin de Walter Mazzarri, avait tenu à mettre cette bataille en exergue : « Le moment est venu pour l'Italie, pays où le football machiste commande tout, de mieux valoriser le football féminin. » Et de sortir de ce tiers-monde.

13e nation mondiale malgré tout


Ce mouvement est en effet laissé à l'abandon depuis des décennies, notamment par les clubs professionnels. C'est seulement depuis cet été que la FIGC a imposé la création de sections féminines dans les équipes de jeunes, tandis que des partenariats vont être établis avec les équipes seniors déjà existantes. Voilà pourquoi l'équipe de Firenze est devenue Fiorentina's Women en septembre dernier, un autre cap important dans l'optique du développement de ce sport chez les filles italiennes, le risque étant de « voir beaucoup de nanas tout plaquer à 25 ans pour aller chercher un vrai taf » , comme le rappelle Patrizia Panico, meilleure joueuse italienne de tous les temps, et encore en activité à 41 dans la capitale toscane. D'ici quelques années, cette initiative devrait commencer à porter ses fruits et le « prato maledetto » laissera place à des pelouses accueillantes.


En attendant, et malgré tous ces obstacles, les « ragazze » réussissent à obtenir des résultats plus qu'honorables. Il y a quelques jours, ses deux représentantes se sont qualifiées pour les 8es de finale de la Ligue des champions dont la finale se jouera d'ailleurs à Reggio Emilia. Vérone a sorti les Autrichiennes de Sankt Pölten, mais surtout Brescia a tapé Liverpool. Au tour suivant, elles seront opposées à des clubs danois et suédois, nations qui ont toujours énormément investi dans le foot féminin. La marche sera peut-être trop haute comme celle de la qualif' au dernier Mondial. Objectif manqué au dernier barrage contre les Pays-Bas. Dans ces conditions, la 13e place occupée au classement FIFA tient quasiment du miracle. Un résultat que l'on doit également à Antonio Cabrini, sélectionneur et ancienne gloire de la Juve et de la Nazionale, très impliqué lui aussi dans cette « bataille » . Une bataille que les footballeuses italiennes sont en passe de remporter.

Par Valentin Pauluzzi
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