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Le code de la Ruhr

S'il y a un derby en Europe que tout véritable amoureux du football doit avoir vécu au moins une fois dans sa vie, c'est bien celui qui oppose les clubs légendaires du bassin de la Ruhr, le Schalke 04 et le BVB Dortmund. Un derby d'excellente tenue étant donné le renouveau des deux équipes, symbolisé par leur bon classement en Bundesliga. "Der Pott kocht"...

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« DER POTT KOCHT ! » . « La marmite bouillonne ! » . A nouveau ! La Ruhr est en ébullition ! C'est sur le socle de cette formule historique que l'Allemagne a construit sa puissance lors de la seconde révolution industrielle. Cette nation a vécu, durant un siècle et demi, au rythme des battements de cœur du Ruhrgebiet, le “poumon économique” allemand, selon l'expression consacrée. Soit une course démentielle dans le sens de la surenchère des gisements de charbon, l'extraction des filons, l'acheminement de la houille pour la fusion du coke dans la fonderie. Pas un millimètre de terre où l'industrie lourde ne façonne paysages, corps et âmes. Partout où se pose le regard poussent les dinosaures d'acier. De Krupp à Thyssen, les industriels érigent les conglomérats, les fameux Konzern. La légende du monde ouvrier allemand, la geste des mineurs, les cris des gueules noires, tous amalgamés à l'histoire embrasée des hauts-fourneaux et à la production de l'acier. Du fond de la mine, chacun éprouve son appartenance à la communauté des Hommes de la Ruhr. Après le miracle de la révolution économique, la région reçoit en pleine tête le boomerang de la révolution technologique. Ci-gît la culture industrielle et le lent déclin de l'industrie "métalleuse". Derrière elle, une population blessée, seule, abandonnée. Les hauts-fourneaux se sont éteints et aux pieds des terrils, un monde s'est écroulé.

Revierderby

Un seul haut-fourneau résiste, enflammé ! Oh ! ce n'est certes plus du football ouvrier qu'il s'agit, ce pilier de l'idéologie socialiste, frère des mouvements prolétariens et des syndicats d'outre-Rhin. La flamme jaillit de l'un des plus grand derbys d'Europe, le plus majestueux : le Revierderby ! Comparable avec la Old Firm de Glasgow ou El Superclassico entre Boca Junior et River Plate. Un derby qui plante les deux monuments essentiels de la dramaturgie du football allemand, Schalke 04 contre le BVB Dortmund. Si loin, si proche... Paradoxe ultime, la Sudkurve, la tribune sud de l'Iduna Park répond à la Nordkurve, celle du nord, du Veltins Arena. Soient deux repaires de supporters parmi les plus imposants d'Allemagne et d'Europe. Deux faux jumeaux incapables de se départager : ainsi en 1997, alors que le BVB remporte la Ligue des Champions, les pensionnaires de Gelsenkirchen, la "ville des mille feux", s'emparent de la Coupe de l'UEFA. Chacun domine l'Europe à sa façon. Deux clubs symétriques au point de connaitre quasi simultanément les affres liées à la démesure des excès financiers.

Die Königsblauen de Schalke affrontent donc les Schwarz und Gelb de Dortmund. Une date gravée dans le calendrier à chaque début de saison. Le Revierderby cristallise avant tout l'opposition de deux villes prolétaires en quête de suprématie régionale et l'occasion d'en découdre avec les infortunes des temps. Aujourd'hui, alors que la Ruhrgebiet se reconvertit dans le numérique, les services et les musées miniers ironiquement touristiques, ce sont les fils et petits-fils d'ouvriers polonais, silésiens, slovènes et prussiens orientaux qui combattent sur le rectangle vert. Les héritiers des Tibulski, Szepan, Kalwitzki, Kuzorra pour Schalke 04, entre autres.

« Comme la peste »

Symbole de ce schisme rhénan lors de la saison 2006-07, Schalke 04 ruine ses derniers espoirs de titre lors de l'antépénultième journée, en s'inclinant 2-0 dans l'antre du BVB Dortmund. Le Meisterschale échappe encore et toujours aux Königsblauen depuis la création de la Bundesliga moderne en 1963. Comble de l'humiliation, des fans des Schwarz und Gelb louent un avion, survolent le Veltins Arena et déploient une banderole : « Que c'est long une vie sans titre dans les mains ! » . Un pied de nez... à vol d'oiseau !

Vendredi 26 février 2010 : 135ème Revierderby devant 61 000 spectateurs. La Ruhr retient son souffle. Une question se pose pour les Bubis, les garnements de Jürgen Klopp : comment soumettre tactiquement le bloc-équipe de Félix "le Matou" Magath, qui reste sur six victoires consécutives à domicile, sans but encaissé ? Nul ne le sait ! Mais le jeune joueur de Dortmund Kevin Grosskreutz a jeté de l'huile sur le feu en déclarant : « Si mon fils devient fan de Schalke 04, alors il rentre à la maison » . Ce qui signifie dans sa bouche que le Veltins Arena est un peu sa résidence secondaire. Avant d'ajouter, voué aux enfers par les ennemis d'en face : « Je déteste Schalke 04 comme la peste » . Ou comment rallumer d'un seul coup tous les hauts-fourneaux du Ruhrgebiet !

Traduit de l'allemand par Maxime Marchon, source Bild

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bravo ,bel article ! le foot abordé par cet angle, politique et histoire de la region est tres instructif !
je reve d'assister au derby de la ruhr ,mais plutot dans le vieux Westfallen Stadion ! ce stade respire l'histoire de sa region

dommage que la bundesliga soit aussi mal diffusée

Merci encore pour cet article
Article passionnant et très bien écrit.

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