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Le cas Modrić

Arrivé en grande pompe au Real Madrid, Luka Modrić est le sujet de nombreux débats au cœur de la capitale espagnole. Pourtant, les débuts du génial meneur de jeu croate offrent de belles promesses.

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Dernière journée, arrêt de jeu du peu attrayant Real-Saragosse. Alors que la moitié du Santiago Bernabéu se rue dans les couloirs de l’Estadio pour s’éviter la cohue post-90 minutes, l’autre demie, bien assise dans son strapontin, s’enthousiasme. Après deux vaines rafales de Cristiano Ronaldo, Luka Modrić, en retrait, est à la reprise. Le score gonfle définitivement à 4-0 et le public merengue vient d’assister à la première réalisation de sa recrue star de l’été. Un évènement. Ce n’est pas tant que le Croate, ce dit « Cruyff des Balkans » , ait déçu depuis son arrivée de Londres. Non, bien au contraire : de par sa technique et sa vista, la portion réduite de Zadar – son fief croate – régale les socios. L’os est un iota plus alambiqué. Débarqué au sein d’un milieu XXL, son mètre soixante-dix a du mal à trouver le positionnement adéquat. Pris en étau dans un rôle bâtard, mi-Xabi Alonso et mi-Özil, Modrić n’est jamais indispensable sans pour autant faire de la figuration. L’adaptation poursuit donc son cours. Mais est-ce seulement une question de temps ?

Modrić-Özil, même combat ?

Pas que. Car avec sa technique léchée et sa vision laser, le petit Luka apporte des solutions. Beaucoup même. Souvent positionné aux côtés de la barbe rousse de Xabi Alonso, il incarne la liaison attaque-défense. A l’image d’un quarterback, il est la première rampe de lancement. Comme le décrit son ancien capitaine de Tottenham Jamie Redknapp, « il travaille avec et sans le ballon, peut battre un défenseur avec un dribble ou une passe » . Bref, Modrić n’est pas formaté à un système ou un style de jeu. Surtout, son physique d’anorexique, aguerri aux luttes anglaises, a tout pour supporter le bien moins physique jeu espagnol. Alors que dans le championnat de perfide Albion, il devait se coltiner un, voire deux gaillards sitôt le ballon dans les pieds, la Liga lui laisse plus de temps. Un luxe. Sa position au Real Madrid diffère de celle qu’il occupait il y a encore de ça quelques semaines. Un brin plus en retrait, il attaque, quasiment à tous les coups, le jeu de face. Une position plus défensive, mais non moins créatrice.

Car niveau créateur, la Casa Blanca dispose déjà d’un maître en la matière. Avec Mezut Özil, en soutien de Benzema, ou d’Higuaín, entouré par Cristiano Ronaldo et Di María, Mourinho avait déjà trouvé son point d’équilibre. Certes, les deux gringalets du vestiaire ne sont pas des frères siamois. Özil tient plus son ballon et a un coup de rein plus ravageur, Modrić connaît lui un chouilla moins de déchets et mange les espaces vides. Leur point commun : l’amour de la passe. Meilleur passeur de la dernière édition de la Liga (16), Özil affirme statistiquement plus de facilité dans le domaine – Modrić n’en compte « que » cinq en Premier League lors de la même période. Mais les faits sont têtus. Alignés à quatre reprises ensemble, ils n’ont cessé de se retrouver dans la même zone. A naviguer entre le milieu et la défense adverse, ils en arrivent presque à se marcher dessus. Un problème tactique pour Mourinho. Mais un problème de riche. Ça tombe bien, Mourinho adore ces équations.


La discrétion demande du temps

« Il me plaît et je suis certain qu’il s’intégrera au vestiaire et qu’il plaira aux fans de Madrid. Il est talentueux mais aussi discipliné tactiquement. C’est un joueur d’équipe, d’un projet commun, qui cherche et propose à ses coéquipiers. Il a un toucher magique et il nous aidera à gagner » . Après avoir lâché près de 40 millions pour la belle dentition de Luka, Mourinho est dithyrambique. Soit. Modrić n’est pas une rock-star estampillée strass et paillettes. Avec son caractère effacé, ou presque – cf. sa grève estivale à Tottenham –, le terrain reste son meilleur moyen d’expression. Sauf que Santaigo Bernabéu n’est pas White Hart Lane, l’exigence encore moins. Habitué aux titres et au « beau jeu » , le socio merengue n’est pas connu pour sa patience. D’où l’utilisation parcimonieuse du lutin croate, qui traîne un retard dans sa préparation. Le retrouver sur le banc n’est donc pas synonyme de flop. Juste d’adaptation nécessaire au soleil madrilène et au turn-over de rigueur au sein d’un effectif pléthorique. Nul doute, les socios vont continuer à se lever avec ce Luka.

Par Robin Delorme, à Madrid
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