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Le cas Kassai

Respecté en Hongrie pour sa droiture à toute épreuve, estimé par ses pairs magyars comme l’arbitre des « poteaux carrés » Károly Palotai, haï en Ukraine, car il a précipité la chute des Bleu et Jaune à l’Euro 2012 en leur refusant un but bien valable, Viktor Kassai chapeaute l’Italie-Suède de ce vendredi après avoir failli coûter la victoire aux Bleus lors du match d’ouverture.

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Dans Kassai, il y a « casse » . Donc accident de parcours. Le « meilleur arbitre du monde » 2012 devant l’Anglais Howard Webb en a connu un énorme lors de l’Euro polono-ukrainien cette année-là. Le 19 juin, sous les huées d’une Donbass Aréna de Donetsk vexée, Viktor l’homme au sifflet empêche les gars d’Oleg Blokhine de rejoindre l’Angleterre au score sur une frappe de Dević sauvée par Terry. Motif : la balle n’a pas franchi la ligne. Alors que si. L’Ukraine est éliminée, et Kassai admettra sa faute. Il ne dirigera plus d’autres rencontres dans la compétition. Et la FIFA, rancunière à cause de la bronca provoquée, le prive de Coupe du monde 2014. Viktor Kassai se morfond, puis revient sur la pointe des pieds via des matchs de poules de Ligue des champions 2015/2016. Presque un déshonneur pour celui qui avait encadré la finale 2011 Barça-Manchester United. Le Magyar assume sa tâche, et l’UEFA le remet sur les bons rails en lui confiant le quart aller Real-Wolfsburg. L’Euro marque son grand come-back.

« Les erreurs se paient cash »


Lucide, le Hongrois sait ce qu’implique son job : « Les erreurs se paient cash au plus haut niveau. Et peu importe si les conditions de jeu ne jouent pas en notre faveur. Sur 90 minutes, on court environ 10-12 kilomètres, et notre rythme cardiaque tutoie souvent les 150, 160, voire 180. La pression monte vite. » Comme celle du stade de France à laquelle il a résisté en sifflant un penalty évident pour la Roumanie. Ou en expulsant Pogba lors du France-Espagne du 26 mars 2013 gagné 1 à 0 par la Roja grâce à Pedro. Kassai l’a sûrement invité à quitter le terrain en français vu qu’il maîtrise un peu la langue de Molière, tout comme l’anglais, l’allemand et le russe. En classe, Viktor respectait à fond l’obligation d’apprendre la langue de Lénine sous le « socialisme du goulash » , histoire d’avoir une chance de communiquer avec les stars balkaniques et slaves, pendant que son paternel tâtait du sifflet sur des pelouses magyares. Kassai Junior reprend le flambeau et officie dès 1999 en D1 locale à 24 printemps. Succès précoce mais salué. « Je l’ai vu grandir et progresser comme "Sanyi" (Puhl, quadruple meilleur arbitre du monde et taulier du Brésil-Italie de la World Cup 94, ndlr) dont j’ai été le mentor au début des années 80 avant qu’il ne multiplie les matchs internationaux » , explique Károly Palotai, détesté par les Verts à cause des montants de Glasgow. « Et comme "Sanyi", Viktor a un talent incontestable et mérite amplement ce qui lui arrive. Il a eu quelques jugements critiqués et éminemment critiquables. Je criais parfois derrière ma télévision qu’il se faisait piéger comme un bleu, mais aujourd’hui, c’est un professionnel accompli. »

Viktor tour-operator


Un professionel remarqué lors de la demi-finale Allemagne-Espagne en Coupe du monde 2010. Un homme en jaune qui troquait sa tunique de juge de paix contre celle d’organisateur de voyages de 1997 à 2009 en parallèle du gazon afin de faire bouillir la marmite. Capable d’enquiller les journées de 12 heures entre justification de son BTS Tourisme et sprints sur des champs de patates sifflet au bec. Cette vie de galère, Kassai aurait dû y retourner s’il n’était pas aussi chouchouté par ses illustres aînés. « En voyant les matchs, je réalisais que la place de Viktor était au tournoi et non à la maison » , raconte Sándor Puhl interrogé en marge du Mondial 2014 au Brésil par le site d’infos Origo.hu. « Il y a eu énormément de comédie, et les arbitres se sont avérés incapables d’empêcher les joueurs de faire n’importe quoi avec leurs mains et leurs coudes. Y compris sur les coups francs. Soyez sûrs que ça ne se serait pas passé comme ça avec Viktor. Là, les gars avaient l’air tellement copains avec les joueurs qu’on aurait dit qu’ils marchaient ensemble dans Váci utca » (célèbre rue piétonne de Budapest, ndlr). Maître des hostilités au Stadium, Kassai aura un gros client en face de lui, alias Zlatan Ibrahimović. Viktor surveillera de près les acrobaties d’ « Ibra » l’adepte du kung-football et se prépare à le réprimander gentiment si Zlatan ouvre sa boîte à râleries ou met un bois pile sur le thorax façon Nigel de Jong. Après tout, comme Jacques Chirac le mordu de ballon rond déclarait aux imprudents qui souhaitaient empiéter sur ses plates-bandes en politique, « un chef est fait pour cheffer » . Pas vrai ?

Par Joel Le Pavous
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