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Le but le plus fêté au monde

Il s'agit du but le plus fêté au monde. Depuis 40 ans, les fans de Rosario Central célèbrent, le 19 décembre, la tête plongeante d'Aldo Poy, qui propulsa leur club vers son premier titre. Des célébrations qui ont même impliqué le fils du Che Guevara.

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Lépreux contre canailles. Autrement dit, Newells Old Boys contre Rosario Central. Le 19 décembre 1971, les deux clubs ennemis de Rosario s'opposent en demi-finale du championnat argentin. En jeu : une finale et la possibilité d'un premier titre national pour chacun. Les canailles, alors dirigées par Angel Labruna, le meilleur réalisateur de tous les temps de River (293 buts), prennent le dessus sur les lépreux (1-0). Le derby de Rosario se disputait au Monumental, stade éminemment familier pour Labruna. L'action qui décide du sort de la demi-finale se déroule à 54e minute : l'Uruguayen Jorge José Gonzalez ajuste un centre depuis le côté droit qu'Aldo Pedro Poy reprend d'une sublime tête plongeante. Trois jours plus tard, Central remportait son premier titre de champion, en dominant San Lorenzo (2-1), sur le terrain de … Newells.

Depuis, chaque 19 décembre, un groupe d'hinchas de Rosario Central se réunit pour célébrer le but d'Aldo Poy. Cette fraction de fanatiques se nomme la O.C.A.L (organisation canaille anti-lépreuse). Rosario Central et ses partisans sont qualifiés de « canailles » depuis un match au bénéfice de malades de la Lèpre qu'ils refusèrent de disputer. En retour, ceux des Newells Old Boys ont hérité du qualificatif de « lépreux » . Le lieu de célébration de la « palomita » (tête plongeante en V.O) varie, mais pas ses modalités. Deux outils indispensables : un but et un ballon, lancé avec les mains par un fan de Rosario, et repris acrobatiquement par Poy, dans un remake de la demi-finale de 1971. Les fans encerclent alors l'attaquant, ou le supporter qui joue son rôle, pour le féliciter bruyamment, et chanter leur admiration. Depuis 40 ans, ce moment inoubliable pour les fans du Rosario Central a été fêté dans divers villes d'Argentine, mais aussi à Barcelone, Miami, Montevideo, Santiago du Chili, et même à La Havane. En 1997, la célébration est avancée au 14 septembre, jour de l'anniversaire d'Aldo Poy. Ernesto Guevara, fils du Che, le plus célèbre des supporters de Rosario Central, se trouve dans le rôle du lanceur (cf video) pour simuler à nouveau le but désormais connu comme « le plus célébré au monde. »

« Un joueur supporter »

Chaque 19 décembre, c'est donc noël avant l'heure pour les fans du Central. De la trentaine d'apôtres présents la première année, les rangs des fidèles ont grossi jusqu'à réunir près de 2000 personnes. Le culte s'articule aussi autour d'une relique liée au Messie. Quelques heures après la demi-finale cruciale, le défenseur de Newells, Ricardo De Rienzo, garde du corps déficient d'Aldo Poy lors de l'action décisive, s'était fait opérer de l'appendicite. Fan du Central, le chirurgien qui procéda à l'intervention avait décidé de remettre l'appendice à l'OCAL. Depuis, elle séjourne, dans le confort d'un bocal au formol, derrière les vitrines du musée de l'organisation canaille, légendée ainsi : « Appendice du joueur De Rienzo, qui a vu passer à 20 centimètres, le ballon propulsé dans les filets par Aldo Pedro Poy ... » . Le but légendaire a aussi ses exégètes, comme le défunt écrivain et auteur de bande dessinée, Roberto Fontanarrosa, natif de Rosario, qui lui dédia un chapitre dans son livre « Aera 18. » Malicieusement, Fontanarossa avait glissé à Poy : « heureusement que tu n'as pas inscrit ce but d'un retourné acrobatique » .

Aujourd'hui, Aldo Pedro Poy a 66 ans. Lundi soir, il soufflera les 40 bougies de son but légendaire dans un lieu encore tenu secret. Qualifié par Fontanarrosa de « joueur supporter » , Poy a été l'homme d'un seul club. Au début de sa carrière, quand sa direction projetait de le transférer dans le modeste Los Andes, l'attaquant avait préféré se cacher trois jours sur une île pour ne pas quitter l'institution de son coeur. Pour célébrer cette déclaration d'amour, les membres de l'OCAL ont construit un masque géant d'Aldo Poy qu'ils font voguer le 19 décembre de son lieu d'exil jusqu'à Rosario. Les membres de l'OCAL donnent alors sur les rives du Rio Parana leur version de "La donna e mobile" de Verdi : « El Aldomobile, El Aldomobile ... » .

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Par Marcelo Assaf et Thomas Goubin
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pier-rototo Niveau : DHR
ils doivent quand même bien se faire chier ^^
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