1. // Interview Alain Cayzac
  2. // Première Partie

« Le bonheur ou le malheur de 4 millions de personnes »

Publicitaire-humaniste ou président de gauche d'un club de foot, Alain Cayzac n'en finit plus de cultiver les paradoxes et de s'attirer les sympathies les plus diverses. Dans un livre qui vient de paraître, "Tout ce qu'on ne m'a pas appris à l'école", il dispense trente-huit conseils, fruits d'innombrables expériences professionnelles et d'une honnêteté intellectuelle rare.

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Qu'est-ce qui vous a animé pour écrire ce livre ? Pourquoi l'avoir rédigé sous forme de recommandations ?


C'est moi qui ai eu l'idée de cette structure sous forme d'une suite de conseils. L'idée de base, c'est la transmission. On m'a depuis sollicité pour donner des conférences dans les écoles. Mon public, c'est celui6là, mes enfants et les copains de mes enfants. Un grand nombre de jeunes, des amis de mes gamins, viennent me voir afin d'avoir un avis car ils hésitent beaucoup avant de se lancer dans la vie active. C'est ce qui m'a vraiment poussé. Il y avait un vrai besoin pour des livres pas théoriques mais qui tirent des leçons de vie. Paradoxalement, on ne trouve pas trop ce genre de bouquins. Je me vois comme un passeur. Faut savoir que je n'ai jamais joué avec un autre maillot que le numéro 10. Même Platini m'avait laissé le sien quand il était venu jouer au Parc avec mon équipe de pub. Je suis un n°10 on ne peut plus lent, on m'appelle le géostationnaire (rires).

Vous allez breveter le concept...


Si ça marche, je lancerai, en effet, une collection en demandant à des gens plus célèbres que moi de faire la même chose. Solliciter un grand politique, un grand écrivain ou un grand sportif afin qu'il transmette son expérience sans en faire un récit biographique. Ce qui peut éventuellement motiver, c'est le bilan qu'on tire de trente ou quarante ans de vie professionnelle. Dire « voilà ce que j'ai fait, de bien, de moins bien, de pas terrible. C'est ma vérité, faites-en ce que vous voulez... » . Demain, si je fais ça avec un prof de médecine, je suis sûr que les étudiants concernés vont être intéressés. Pareil avec un grand couturier, cela passionnera les gens qui chérissent les métiers de la mode. Je m'y essaierai seulement si mon livre marche.

Quels enseignements du monde du travail vous ont le plus servi lorsque que vous étiez président du PSG ?


Il y a beaucoup de points communs et une différence fondamentale. Ce sont des entreprises, vous avez un compte d'exploitation, un cahier des charges, du personnel, des problèmes sociaux, des problèmes de droits, etc... La seule différence, et elle est gigantesque, c'est que l'un est public, l'autre non. Comme président du PSG, à chaque match on faisait, si j'ose dire, le bonheur ou le malheur de quatre millions de personnes. Et c'est vrai. Vous êtes sous les sunlights, vous intéressez les médias, vous avez quatre millions de supporters qui vous suivent. Alors que dans une entreprise, aussi énorme soit-elle, vous n'intéressez que le sérail économique. Vous n'intéressez que Le Figaro, La Tribune et Les Échos...

Avant d'être le président du PSG, vous avez été longtemps un dirigeant présent au conseil d'administration : la gouvernance du club est-elle différente avec Colony Capital comme actionnaire ?


Il y avait pas mal de similitudes avec l'époque Canal. La seule chose que je peux dire, c'est que j'avais une paix royale. Je pourrais très bien affirmer que si ça n'a pas marché, c'est de la faute de l'actionnaire. Mais non, Colony m'a toujours laissé faire ce que je voulais dans le cadre d'un budget déterminé à l'avance.

Vous aviez les mains totalement libres ?


Les mains libres, sans aucun doute mais pas les moyens.

Votre accès à la présidence correspond au changement d'actionnaires. Était-ce une volonté de leur part de faire appel aux racines du club ?


Disons que ça accompagnait bien leur projet. Comme Colony Capital avait vraiment une image de capitaliste américain, le fait de s'associer à l'image d'un historique respectueux des valeurs du club, sur le papier, ça faisait une belle équipe. Mais bon, ça n'a pas marché.

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Quelle est la logique qui préside à l'actionnariat de Colony Capital ? Sont-ils venus pour faire de l'argent, de l'image, une opération immobilière... On a du mal à comprendre...


D'abord c'est une logique économique, ce n'est pas une logique de passion. Au début, ils songeaient peut-être qu'ils pouvaient rénover le Parc, changer l'environnement autour. Mais ils ont surtout pensé, et là je pense qu'ils n'avaient pas tort, qu'il s'agissait d'une bonne affaire. C'est très paradoxal de dire ça aujourd'hui alors que tout ça ne fonctionne pas bien. Lorsque vous achetez un club -le seul club à Paris, la capitale, qui a une belle image à l'étranger, que vous le payez très bon marché parce que Canal+ voulait s'en débarrasser depuis trois, quatre ans, vous faites une très belle affaire. Vous payez le PSG vingt-six millions d'euros (1). Lorsque vous voyez ce que valent les grands clubs européens, partant du principe que le PSG n'en est pas un, vous vous dites que vous pouvez multiplier votre investissement par trois ou par quatre. Le problème, c'est qu'on ne s'est jamais qualifiés en Champion's League. Ils ont donc dépensé 80M d'€, et maintenant pour rentrer dans leurs frais, il faudrait vendre entre cent-vingt et cent cinquante millions d'euros. Avec tout ce qui se passe aujourd'hui autour du club, on ne peut pas dire que ça rassure les acheteurs potentiels. La belle affaire sur le plan économique n'est plus aussi attrayante.

Cela vous paraît plausible de vendre le PSG à cette hauteur ?


Le problème du rachat d'un club de foot, ce n'est pas tellement le rachat en tant que tel, c'est surtout l'argent qu'on met après. Dans le foot, avoir de l'argent n'est pas une garantie de succès. Mais ne pas en avoir est une certitude d'échec. Après, je ne dis pas que Colony n'avait pas d'argent mais le plus gros transfert que j'ai signé c'est Camara à six millions d'euros. Quand on voit aujourd'hui les chiffres pour des garçons comme Lisandro, Lucho, Bastos, c'est difficile. Ce n'est pas une excuse, juste une autre façon de faire.

Durant votre mandature, il a été question de l'arrivée de Makélélé. Finalement, il est venu la saison suivante....


Oui mais on n'arrêtait pas de me dire que la masse salariale du PSG était trop élevée, qu'il y avait des salaires comme ceux de Yepes ou Pauleta qui étaient trop lourds, et on me dit qu'il faut prendre Makelele... C'était totalement incohérent. La masse salariale est une donnée cruciale dans la vie d'un club. Quand on parle de foot sur le plan économique, on parle toujours de transfert. Ce qui plombe un club, c'est sa masse salariale parce qu'elle s'étale dans le temps. Vous pensez faire de bonnes affaires en prenant des joueurs libres mais s'ils ont un salaire énorme, c'est plus difficile à supporter que si vous les achetez au prix du marché et que vous leur donnez un salaire normal.

Cette politique était surtout dictée par Colony Capital ?


Et surtout Butler. C'est d'ailleurs pour ça que je me suis fâché avec Walter Butler, parce qu'il avait une idée pour le club un peu comparable à ce que pouvait être Auxerre par exemple. Moi, ma conception c'est plus Sakho-Hoarau-Pauleta, pour prendre des symboles. Sakho, joueur très prometteur formé au club. Hoarau, joueur formé ailleurs mais que je recrute au bon moment. Et enfin une star, Pauleta. Pour moi, il faut toujours un tiers, un tiers, un tiers. Une forme de parité. Après il faut que la mayonnaise prenne et je n'ai eu que deux ans. En fait, l'actionnaire me lâche au moment même où il prend Moulin. Il savait que j'étais hostile à son arrivée, il savait également qu'il avait déjà brigué la présidence auparavant.


Par Rico Rizzitelli & Paul Bemer

Lire : Alain Cayzac, Tout ce qu'on ne m'a pas appris à l'école, Editions du Moment (17,95€)

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