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Auxerre 1995-96 : les 20 ans du doublé

Le bonheur était dans le pré

Sommaire

Guy Roux sur le banc. Lionel Charbonnier dans les cages.
Franck Silvestre, Alain Goma, Laurent Blanc et Franck Rabarivony derrière. Sabri Lamouchi, Moussa Saïb et Corentin Martins au milieu. Christophe Cocard, Lilian Laslandes et Bernard Diomède devant. Un 4-3-3, un bonnet bleu, du chablis, un président, un petit bonhomme, Gérard Depardieu, une Coupe de France et un championnat. Auxerre 95-96, c’est la France d’avant, la France d’en bas, la France un peu beauf et fière de l’être. Hommage.
Les Ducs de Bourgogne.

La terre promise des paysans


Marseille en D2, c’est Nantes en 1995, puis Auxerre l’année suivante qui jouèrent contre toute attente le rôle du gentil club provincial qui fait la nique au PSG estampillé Canal. En 1996, malgré une intersaison mouvementée, Guy Roux et son fidèle 4-3-3 signent leur chef-d’œuvre : un doublé Coupe de France-championnat. Voyage dans le temps, et dans la France du foot d’en bas.

Guy Roux accuse le coup… Ses gars ont bu la tasse 2-1 face à Guingamp à l’Abbé-Deschamps. « Ce match marque de manière absolue nos limites » , soupire le gros bonhomme au gros bonnet (on est le 25 novembre 1995). La veille, le PSG a été sacré meilleur champion d’automne depuis 26 ans, et après ce revers auxerrois, Paris compte une avance de 7 points sur l’AJA et sur le FC Metz. L’écart est confortable. Et puis les stats officielles sont formelles : jamais un champion d’automne avec au moins 3 points d’avance n’a échoué à décrocher le titre de champion… Paris roule des mécaniques, par la voix de son président Denisot qui parle ouvertement de futur sacre au printemps. Il est relayé par Bernard Lama, gardien du PSG et des Bleus : « On ne se sent pas forts. On est forts. » Son coéquipier Youri Djorkaeff fait du Youri Djorkaeff : « Désormais, notre objectif est d’être champion avec la manière. » Il faut dire que ce PSG-là est bien décidé à renouer avec son succès en D1 de 1994. En 1995, c’est le magnifique FC Nantes qui avait survolé notre Ligue Une. Alors Paris s’est renforcé à l’été avec le recrutement de Loko, piqué justement aux Canaris… Et le club de la tour Eiffel et du Moulin rouge avait fait fort d’entrée de saison 1995-1996 en battant ses deux principaux poursuivants. Le 22 octobre, il avait tapé nettement l’AJA 3-1 au Parc, forçant Guy Roux à ses habituelles jérémiades télévisées : « On a pris une vraie leçon de football. Pendant 30 minutes, on n’a pas vu le ballon. » Quatre jours plus tard, à la 15e journée, le PSG avait enquillé sur une autre victoire marquante à Metz (3-0), leader avant le match. « Paris est le futur champion » , s’étaient exclamés en chœur les Pépés flingueurs, Pirès et Pouget, les P&P messins… Malgré ce succès, le malaise perce à Paris. Luis Fernandez est contesté en interne. Le coach parisien a même commis un impair en déclarant qu’il pourrait prendre une année sabbatique à la fin de la saison. Mais avec le titre de champion d’automne, le moral est revenu au beau fixe au Camp des Loges. Robert Budzinski, directeur sportif du FC Nantes, exprime en son nom l’avis général du foot français en adoubant ses futurs successeurs : « Je vois Paris remporter le titre et je les en félicite d’avance. » Rien à redire ! Paris sera champion. D’ailleurs, l’actu foot qui agite la France se résume alors à l’affaire Barthez : le 16 novembre, Fabien Chichon de l’AS Monaco a été déclaré positif au cannabis…. Cependant, une voix discordante, nantaise elle aussi, se fait entendre. C’est celle de Jean-Claude Suaudeau, coach des Canaris : « Avant le championnat, j’avais dit que Nantes avait ouvert une brèche et que rien ne disait qu'Auxerre ne serait pas notre successeur. Je ne dis pas qu’Auxerre sera champion, mais que c’est l’équipe, et la seule, qui gênera les Parisiens jusqu’au bout. Son milieu de terrain est un joyau et n’a pas d’équivalent en France. » Pas faux en ce qui concerne le séduisant trident Saïb-Lamouchi-Martins. On l’avait vu à l’œuvre récemment quand l’AJA avait trucidé les Verts 5-0 à Geoffroy-Guichard le 19 novembre. Un festival mené par les buteurs Laslandes (doublé), Martins et l’insaisissable Cocard. C’était aussi le premier succès du club bourguignon à Saint-Étienne. Un signe du destin pour Guy Roux, ce légendaire superstitieux ? Peut-être... Peut-être pas…

La grande lessive de 95


Car le coach pragmatique reste sur les deux défaites claquantes face à Paris, donc (3-1), mais aussi face à Metz (3-1 déjà, le 30 septembre). Et puis le 9 décembre, Auxerre a encore été battu à domicile, par Monaco (2-1). Au 16 décembre 1995, pour la dernière journée avant la trêve hivernale, le PSG compte six points d'avance sur Lens et dix sur l'AJA, auteur d’un 0-0 tristoune à Bollaert… Il faut dire que l’AJA 1995-96 a entamé un nouveau cycle : à l’été 95, les cadors emblématiques tels que Baticle, Guerreiro, Mahé, Vahirua, Martini et Verlaat ont quitté le club ! Sacrée lessive. Alors, à l’hiver 95-96, Guy Roux sait que son groupe pas mal chamboulé n’a pas encore donné la pleine expression de son talent, malgré les arrivées de ses offensifs Guivarc'h, meilleur buteur de Guingamp en D2 l’année précédente, et Tasfaout, spécialiste en ce début de saison des buts qui valent cher dans les dernières minutes (Strasbourg 1-0 et Rennes 2-1 notamment). L’entraîneur icaunais déplore surtout l’indisponibilité de sa principale recrue, Laurent Blanc. L’impayable Guy était allé le chercher à Gordes dans le Vaucluse où il était en stage avec les Verts. Avec son sens de la persuasion coutumière, Gros Guy avait bouclé un prêt d’un an en une journée, et le soir même, les deux hommes dînaient ensemble à Auxerre ! À 30 ans, un temps retraité volontaire de l’équipe de France après le désastreux France-Bulgarie, le libéro altier tente une improbable relance de sa carrière. D’autant plus improbable que des pépins physiques l’immobilisent quasiment à plein temps pendant quatre mois à l’infirmerie… Alors Guy Roux bricole avec Taribo West en lieu et place de celui qu’on ne nomme pas encore « le Président » . L’axial nigérian intègre la solide défense du 4-3-3 estampillé AJA-Roux. Derrière, on pratique toujours une individuelle stricte, d’un autre âge sûrement, mais à laquelle Roux s’accroche, persuadé par ses stats persos que c’est sa meilleure option défensive. Devant le gardien Charbonnier, Goma à droite, Blanc et/ou West avec Franck Silvestre dans l’axe, plus le jeune Franco-Malgache Rabarivony en latéral gauche. Au milieu, du beau linge trois étoiles : Moussa Saïb, Sabri Lamouchi, Corentin Martins. Un midfield très technique et polymorphe où le dernier joue un peu en no10, alors que le polyvalent Sabri peut à la fois occuper tous les postes au milieu ou jouer ailier droit. Pour rééquilibrer une équipe dont le milieu penche justement un peu trop vers l’avant, Guy Roux utilisera le bon Violeau, rompu au boulot ingrat de récup. Devant, Cocard à droite, au centre Guivarc’h (ou plutôt Laslandes vu que le Breton sera souvent blessé), et à gauche la petite perle de la désormais fameuse formation auxerroise, Bernard Diomède. Celui qui a mis Vahirua dehors. Pas rien. À 21 ans, la mini boule d’énergie speedée possède un pied gauche ravageur. Cet Auxerre newlook décline un casting savamment pensé puisqu’il incorpore tous les profils techniques et physiques, dotés de surcroît du caractère de chien de leur entraîneur. En 95-96, Guy Roux nous a encore et toujours refait le coup du « maintien » : « Notre objectif est de nous qualifier pour notre 17e saison en D1 (sic) et d’aller le plus loin possible en coupes et en Europe. » Or, en ce début de saison mitigé, l’Europe s’est dérobée précocement avec une élimination en 16es de C3 contre Nottingham Forest (0-1 et 0-0). Auxerre s'est incliné à domicile après avoir tiré 26 fois au but ! À la 33e minute, le défenseur anglais Ian Woan avait repoussé la balle derrière la ligne de but, mais Pierluigi Collina n’avait pas validé le but… Colère homérique de Guy Roux, anglophile de par ses lointaines racines écossaises, mais très « anti-rosbeef » dès qu’il s’agit de ballon rond. L’élimination européenne avait décuplé l’ambition rageuse de Killer Guy. Car l’outsider de toujours carbure à la rancune tenace, à la parano d’autodidacte provincial et à la patience revancharde. Et ce tempérament tabasseur camouflé de fausse candeur paysanne va beaucoup compter dans la deuxième partie de championnat 95-96…

« On s’est fait trimbaler »


L’AJA attaque l’année 1996 par les 32es de Coupe de France. Le 13 janvier, Cocard qualifie les siens à Gerland (1-0), alors que les Lyonnais Gava, Roche et Sassus ont miraculeusement tiré trois fois sur les poteaux de Charbonnier en l’espace de dix secondes ! Un nouveau signe du destin pour Guy Roux ? Lui qui cueille à chaque matin de jour de match une fleur jaune pour s’attirer les bonnes grâces de la providence… Même en hiver ! Mais la première vraie chance de l’AJA, c’est Paris qui dérape : pour la reprise, le PSG s'incline trois fois de suite en championnat ! Après Monaco, Paris baisse pavillon le 11 février au Parc contre Montpellier 3 buts à 2, alors qu'ils menaient 2-0 à un quart d'heure de la fin. Et si la compétition n’était pas pliée ? Corentin Martins en fait le constat : « La défaite de Paris relance le championnat. » Au club de la capitale, les fissures apparues à la fin de l’automne (la fameuse « crise de novembre » du PSG ?) s’élargissent. Chacune des interventions de Luis Fernandez révèle un coach fébrile, un peu plus fragilisé. Et la lose perdure avec un troisième revers d’affilée : le 17 février, Strasbourg bat Paris (1-0). Auxerre ne pointe plus qu'à trois points du PSG avec un match en retard ! C’est alors que survient le premier grand tournant du championnat… en Coupe de France ! Le 24 février, les Franciliens se rendent à l’Abbé-Deschamps pour les huitièmes. Et le duel psychologique tourne nettement à l’avantage des locaux. À l’image d’un PSG qui rame, l’expulsion de Francis Llacer à la 29e propulse une AJA fringante et décomplexée à la victoire (3-1). Impressionné, Youri ne fait plus du Youri : « C’est une grosse claque. On s’est fait trimbaler, marcher dessus. » Mais Paris se ressaisit et reprend même 6 points d’avance sur Metz et 5 sur Auxerre à l'issue de la 31e journée. Car de son côté, l’AJA a perdu son match en retard à Strasbourg, but de… Baticle. En vieux renard, Guy Roux avait joué la grande scène du renoncement : « L’ambition, on l’a. Mais on voit que Paris est dans un fauteuil. Ils se frisent les Parisiens, je vous le dis ! » Le bon vieux Guy pense en fait à la 32e journée du 24 mars, pour le retour de ces Parisiens à l’Abbé-Deschamps... Et c’est un remake du match de Coupe de France encore plus humiliant pour le PSG qui se produit : un 3-0 sec, avec buts de Diomède, Martins et CSC de Colleter ! Les hommes de Luis ne comptent plus que deux points d'avance sur l'AJA... Toujours en vieux renard, Guy Roux joue la grande scène du fatalisme : « Bien sûr que nous pensons au titre, mais notre calendrier est bien trop difficile, il faudrait pour y arriver une défaillance de Paris, et je ne crois pas que les événements aillent dans ce sens. » Impayable Guy !


Et un et deux et ...


Trois jours avant ce 3-0 mémorable, Paris avait laissé de la gomme en C2 en éliminant Parme en quarts de finale. C’est l’autre chance d’Auxerre à ce moment de l’année : le PSG effectue un parcours européen aussi exemplaire et éprouvant que l’année précédente (demie de C1 perdue face à l'AC Milan). On ne le sait pas encore, mais les clubs français vivent une décennie dorée sur le plan continental. Tout simplement parce que l’arrêt Bosman rendu fin décembre 1995 n’a pas encore produit ses effets mortifères. Nos clubs peuvent ainsi retenir plus longtemps qu’aujourd’hui leurs meilleurs joueurs et le nombre limité à trois étrangers en coupes d’Europe atténue la différence de niveaux entre clubs riches et moins riches. En bâtisseur-formateur, Guy Roux a pu effectuer un vrai travail de fond dans la continuité en haussant la compétitivité de ses équipes successives. Car depuis plusieurs saisons, le sympathique « club de patronage de Bourgogne » est devenu une terreur nationale (Coupe de France 1994) et un redoutable client européen. En C3 1993, le « petit Auxerre » avait même décomplexé le foot français en écartant le grand Ajax en quarts (tenant du titre), puis en parvenant en demies, éliminé seulement aux tirs au but par Dortmund. Des perfs louées par le Maître du Barça, Johan Cruyff en personne ! Et même si l’AJA a été sortie très tôt par Notts Forest à l’automne, elle contribue comme ses homologues français à bien figurer en Europe durant toutes les années 90.

Le 30 mars 96, la D1 claque de deux coups d’éclat, sur et « hors du terrain » . À Hyères, Rolland Courbis se prend deux balles dans le dos et son ami Dominique Rutily trouve la mort lors d’une « fusillade » ... À Lille, c’est Auxerre qui fusille le LOSC (4-0) pour le compte de la 33e Journée. Au même moment, le PSG s'incline à dom devant Metz (3-2), sans Raí, ni Loko, ni Djorkaeff, blessés. La Coupe d’Europe fait très mal aux Parisiens... Et Auxerre passe alors en tête du championnat ! Avec 1 point d'avance sur le PSG et 3 sur Metz (qui compte alors un match en retard). Pour la première fois de la saison, Guy Roux commence à montrer un peu les crocs : « Cette première place ne m’empêche pas de dormir. Chez nous tout est prévu, même la prime à verser aux joueurs s’ils sont champions. » Un nouveau championnat commence à cinq journées de la fin : AJA, PSG et Metz ! Aux 34e et 35e journées, rien ne bouge : Auxerre et Paris s'imposent (contre Bordeaux et Nice), puis font match nul le 20 avril (contre Bastia et Martigues). Le 0-0 contre Martigues au Parc a fait disjoncter le PSG ! Déjà, Bravo et Djorkaeff étaient sur le banc. Sûrement pour motif disciplinaire… Daniel Bravo confessera des années plus tard que la gestion interne du groupe de Luis Fernandez, hyper stressé, devenait parfois invivable. Deux jours après le nul face aux Provençaux, la bombe éclate : le coach parisien annonce qu’il n’entraînera plus Paris l’année suivante. Une telle déclaration à ce moment crucial de la saison, c’est du SUICIDE ! Au même moment, ou presque, le jeune coach Kevin Keegan succombe lui aussi à la guerre psychologique que lui a déclarée le bon vieux Alex Ferguson. Leader en Premier League jusqu’en mars, le Newcastle de King Kev s’est fait progressivement rattraper, puis dépasser par les Red Devils de Killer Alex. En France, Guy a tué Luis à sa façon : dans la posture de l’outsider qui ne croit jamais au titre, il a déplacé la pression médiatique, déjà très lourde pour Paris, et accablé encore plus le PSG, Denisot et Fernandez ! Et puis Guy Roux sait jouer à merveille de l’antagonisme province contre capitale, comme Tapie en avait fait de même à Marseille. Et à ce jeu-là, c’est toujours les « ploucs » qui gagnent. La France du foot ne goûte pas ce PSG version Canal +, malgré ses exploits européens. En 96, son meilleur ennemi l’OM est en D2. Alors c’est Auxerre, le « petit club provincial » , qui ramasse le capital sympathie. Et Guy Roux, très chablis & charolais, pousse son avantage jusqu’à la caricature. En consultant avisé, il participe sur TF1, « chaîne des beaufs » , aux soirées Ligue des champions. L’homme aux survêts ringards y surjoue le paysan débonnaire plein de bon sens sanglé dans des costards-cravates très classes, mais qui accentuent son physique ingrat. Et la France adore ! Surtout celle « d’en bas » , qui est massivement descendue dans la rue en décembre 1995 pour manifester contre les « élites » gouvernementales dirigées par le Premier ministre Alain Juppé. Le pays se prend alors de passion pour Auxerre-le-petit contre Paris-la-frime. En foot, Auxerre incarne la fameuse « fracture sociale » qui avait fait le succès de Chirac face à Balladur aux présidentielles de 1995…

Tirs au but et Depardieu sur le banc


Et comme un candidat politique qui sent justement une campagne présidentielle tourner en sa faveur, l’AJA met le turbo ! Le printemps bourgeonne, et, après le carton ambiant de Noir Désir, les nouveaux talents de la scène française portés sur le foot essaiment avec Doc Gyneco (Passement de jambes), Miossec (Évoluer en 3e Division) ou Obispo, fils de footballeur pro de Bordeaux… Le 13 avril, en demi-finale de Coupe de France, Auxerre élimine Marseille au Vélodrome. Après quatorze occases pour l’OM, Lamouchi avait planté à la 117e ! La chance, encore… Ferrer avait égalisé sur péno, mais aux tirs au but, Charbonnier avait donné la qualif aux siens en déviant la frappe de Cascarino. Lors de cette séance, Gérard Depardieu avait pris place sur le banc de touche auxerrois. Le « Gégé » national ! Devenu accompagnateur permanent et mascotte de l’AJA, il cadre parfaitement avec le club bourguignon. Le natif de Châteauroux (Indre) est le seul pipole à dimension « paysanne » , amateur de bonne chair et de pinard, instinctif et autodidacte comme Guy Roux, avec en plus le petit côté « voyou » de son pote Gégé Bourgoin, sponsor du club (Poulets Duc, puis Groupe Bourgoin 89 Chailley). En dirigeant officieux de l’AJA, c’est Bourgoin qui trimbale l’équipe d’Auxerre dans son avion, un Dassault Fan Jet Falcon 20, celui qu’Elvis avait offert au colonel Parker en 1975… Le 27 avril, lors de la 36e journée, le PSG perd encore au Parc des Princes, face à Lille (0-1) ! Auxerre tabasse Saint-Étienne 2-0 et compte désormais 4 points d'avance sur Paris à deux journées de la fin et peut être sacré dès l'avant-dernière journée en gagnant à Guingamp. Mais Guy Roux relativise : « Cela améliore légèrement la situation en notre faveur. » Tout est dans le « légèrement » . Sacré Guy ! Le 4 mai, Auxerre remporte sa deuxième Coupe de France en battant Nîmes (D3) par 2 buts à 1. Après la jolie volée de Belbey (0-1 à la 25e), les grands gabarits chers à Guy Roux avaient rétabli la hiérarchie dans le domaine aérien, avec Blanc de la tête (1-1) et Laslandes de la tête aussi (2-1). En apothéose de cette finale de la « Coupe de la France » , compète par excellence de la France d’en bas, qui opposait deux petits, Auxerre et Nîmes, Guy Roux réalise un coup de génie télévisuel en brandissant conjointement le trophée avec le coach vaincu, Pierre Barlaguet ! Le 8 mai, le PSG remporte la Coupe des coupes 1-0 face au Rapid Vienne sur un coup franc de Bruno N’Gotty. Signe de la santé florissante des clubs français, les Girondins de Bordeaux parviennent, eux, en finale de C3, battus par un Bayern impitoyable (3-0, 3-1), et en C1, Nantes tient tête à la Juventus en demies avant de succomber… La D1 reprend ses droits le 11 mai 1996 pour la 37e journée. Pendant que le PSG est tenu en échec à Bordeaux (2-2) et que Metz s'incline à Nantes (1-0), Auxerre décroche le « nul victorieux » à Guingamp (1-1) : l'AJA est sacrée championne de France pour la première fois de son histoire et réalise ainsi un doublé historique ! Auxerre n’a « pas gâché » , et Guy-la-Rousse lâche enfin le morceau : « Depuis un moment, je disais à mes joueurs : "Allez, ce titre, ce doublé, on va se les jouer entre nous." » Comme si on ne le savait pas ! Évidemment que Guy jouait le titre ! Mais il avait habilement tu toute ambition, jouant le chasseur plutôt que le chassé, revisitant ainsi la fable du Lièvre et de la Tortue. Du pur Jean de La Fontaine, fabuliste un peu rustique très prisé du coach ajaïste…

«  Les grands gabarits chers à Guy Roux avaient rétabli la hiérarchie dans le domaine aérien  »

Symbole du « foot d’avant »


Dans les vestiaires du Roudourou (du Roux-dourou ?), inondés de champagne et de chants, coach Guy aux yeux embués embrasse ses joueurs un par un, les gratifiant tous d’un petit mot sympa. Sous les yeux hilares de Gégé Depardieu, parti en escapade à Guingamp alors qu’il tournait le film Le plus beau métier du monde ! Gérard n’a pas oublié que 18 ans plus tôt, c’est son grand pote disparu, Patrick Dewaere, qui avait fréquenté l’AJ Auxerre pour le film Coup de tête, de Jean-Jacques Annaud. Gégé est devenu très pote avec Lionel Charbonnier ! Leur art solitaire les a rapprochés… L’édition 95-96 se clôt le 18 mai pour Auxerre à l’Abbé-Deschamps face à Nantes. Les joueurs auxerrois déboulent sur la pelouse les cheveux teints en bleu-blanc-rouge. Guy Roux, lui, s’est installé en tribune pour laisser à son adjoint et souffre-douleur Dominique Cuperly l’honneur de diriger ce dernier match de la saison. Enfin seul, sans stress, au milieu du peuple ajaïste… L’icône icaunaise peut être fière : arrivé en 1961 comme coach de l’AJA en DH, il l’a fait monter en D3 en 1970, puis en D2 en 1974 et enfin en D1 en 1980 après une finale de Coupe de France perdue l’année d’avant… face à Nantes ! Le trio directeur de l’AJA formé par le président Hamel, le coach Guy Roux et Gérard Bourgoin témoigne d’un retour aux « valeurs et aux vertus » d’un football humblement provincial, illustré aussi par d’autres « sympathiques » dirigeants que sont Carlo Molinari (FC Metz), Gervais Martel (RC Lens), Louis Nicollin (Montpellier) ou Noël Le Graët (En Avant Guingamp). Le doublé de l’AJA signe le retour de ce foot de la modestie en rupture avec la morgue de l’OM, du PSG, de Bordeaux ou de l’AS Monaco de Tapie, Denisot, Bez et Campora. Ces clubs symboles d’un foot business ravageur pillent sans vergogne les « petits clubs » jusqu’à assécher le marché. Et c’est la concurrence meurtrière de cette bande des quatre qui avait miné de l’intérieur l’équipe de France, victime des dissensions OM-PSG lors du désastre de 1993 contre la Bulgarie… Au printemps 1996, c’est un autre homme issu lui aussi du « foot modeste » , fils du terroir de Sail-sous-Couzan, Aimé Jacquet, qui conduira les Bleus à l’Euro en Angleterre. Moqué comme Guy Roux aux Guignols de Canal + pour son profil de péquenot à l’accent prononcé, Jacquet le Croquant sélectionnera trois Auxerrois et demi pour cet Euro : Martins, Lamouchi, Blanc et Bruno Martini (Ajaïste parti à Montpellier à l’été 95). Puis trois autres en 98 pour la Coupe du monde domestique : Guivarc’h, Diomède et Charbonnier…

Non Gérard, ce n'est pas une coupe pour boire.

38e journée. Au stade de l’Abbé-Deschamps, devant 22 500 spectateurs (record d'affluence du club), les Blancs bourguignons battent les Jaune canari 2-1. Au classement final, Auxerre (72 pts) devance le PSG (68) et l’AS Monaco (68 aussi). Le fiasco parisien est resté dans les annales de la D1 : comment une équipe aussi détachée devant a-t-elle pu laisser filer le titre ? Comme annoncé, Luis Fernandez quittera Paris et laissera la place à un duo formé par Ricardo et Bats (un ex-Ajaïste…). Cette victoire sur le précédent champion nantais symbolise bien la passation de pouvoir. Celle à laquelle la France du foot avait cru assister quelques mois plus tôt, lorsque le PSG avait dansé sur les Canaris au Parc (5-0). Cette année-là également, l’Ajax Amsterdam (le club modèle de Guy Roux pour la qualité de sa formation et pour son 4-3-3 légendaire) parvient de nouveau en finale de Ligue des champions, battu aux tab par la Juventus. L’arrêt Bosman décimera la bande de jeunes potes drivée par Louis van Gaal à l’été 96, avant de décimer à son tour les autres clubs formateurs européens, tel Auxerre. Au mercato estival 1996, Lolo Blanc signera au Barça, Martins à la Corogne et Cocard à l’OL. Ensuite, Taribo West ira à l’Inter, Moussa Saïb à Valence, Guivarc’h à Newcastle, Diomède à Liverpool… Le foot français ne sera plus jamais comme avant. Une saison où les maillots n’étaient pas encore floqués aux noms des joueurs (ils le seront en D1 en 97-98), preuve de la prééminence encore des valeurs collectives sur la starisation individuelle. Car l’AJA restera lors de cette édition 1996 un modèle de jeu avec son collectif à buteurs multiples : Martins (13 buts), Laslandes (12), Diomède (9), Cocard, Lamouchi et Saïb (6), Tasfaout (5), Guivarc’h (3)... En 1995, Le Bonheur est dans le pré annonçait la couleur : l’AJA, « club des prés » , serait sacré champion l’année suivante. Dans le film d’Étienne Chatiliez, Éric Cantona, un ancien Ajaïste, tenait là son premier rôle au cinéma. Pour Guy Roux, le bonheur avait aussi été dans « le prêt » . Celui de Laurent « Je crois que bon » Blanc, conclu à l’arrache au nez et à la barbe d’une ASSE reléguée en fin de saison. Revenu de blessure en janvier, Lolo Blanc avait été l'un des hommes du titre lors de la deuxième partie de saison avant de finir meilleur Bleu à l’Euro anglais. Le sorcier Guy Roux avait vu juste avant tout le monde ! Une fois de plus…


Par Cherif Ghemmour
Le gars Roux, seul.









« Ce n’est pas mon premier titre, j’avais été champion de Division d’Honneur de Bourgogne »


Guy Roux

Christophe Cocard : « On ne demande pas grand-chose, juste un match de gala et une bonne table  »




Il a occupé l’aile droite de l’attaque bourguignonne pendant quasiment dix ans, délivrant des centres sur la tête de Baticle, Laslandes ou Guivarc’h. Christophe Cocard porte en plus un patronyme qui fleure bon le foot d’avant. Ça tombe bien, il est de ceux qui pensent que c’était mieux à cette époque-là.
Qu’est-ce que ça t’évoque, le doublé de 96 ?
C’est très loin pour moi, mais j’ai toujours des flashs qui reviennent. Être champion avec un petit club, le club des paysans, ça marque. Je me souviens de l’engouement, une communion dans la ville, et puis que c’était un beau pied-de-nez aux « clubs riches » . Je ne regarde plus trop de foot aujourd’hui, j’ai l’impression que l’aspect financier vaut plus que le sportif, et je trouve la Ligue 1 très pauvre. Mais avec Leicester, j’ai retrouvé un peu de ça : les moyens du bord et un chef d’orchestre qui tire le maximum de ses joueurs. 96, c’était l’aboutissement d’un parcours avec des joueurs qui ont fait un bon bout de chemin ensemble. On jouait pour le club, l’argent on s’en foutait un peu. À notre époque, on restait 6-7 ans dans le même club, donc il y avait des automatismes qui s’opéraient naturellement, ce qui fait qu’on rivalisait avec Paris, Monaco, Bordeaux ou Nantes. On s’est un peu tous dépucelés avec ce doublé. Ce qui me vient à l’esprit, c’est que c’était un bon moment passé entre copains. Grâce à ça, on a créé des liens, un peu comme les anciens Stéphanois que j’ai vus dernièrement à la télé, pour les 40 ans de la finale de 76.
Justement, le club n’a pas prévu de festivités pour fêter ses héros d’il y a 20 ans…
C’est toujours agréable de reprendre contact avec ses anciens coéquipiers des années après. Ressasser les bonnes années ensemble, les conneries qu’on a pu faire… Pour avoir des numéros de téléphone, c’est facile, on sait où taper. On est plus ou moins en contact avec Pierre, Paul ou Jacques, même si chacun à sa vie. Mais bon, le temps passe et fait son effet. Et des rassemblements, on n’en fait pas assez. Là, c’était une bonne occase, mais bon. Le club n’a rien fait, c’est dommage… On ne demande rien, juste un match de gala et se retrouver autour d’une bonne table. Il aurait fallu qu’on se prenne en charge. C’est ça que je regrette dans le milieu du foot, on oublie les anciens. Pourtant, quinze ou vingt ans, c’est quoi à l’échelle d’une vie ? Peut-être ne veulent-ils pas qu’on s’implique… J’en parlais avec Sydney Govou dernièrement, les gens dans les clubs ont parfois peur que les glorieux anciens leur fassent de l’ombre.
Comment ça se passe d’être pro et champion dans une ville de 38 000 habitants ?
On n’avait pas la même pression que les autres équipes, c’est sûr. En 1994, on arrive à prendre le premier trophée, une Coupe de France, puis derrière, on a enchaîné. Pour une ville de cette taille, c’est beau. Oui, on était accostés, mais on était abordables. On n’avait pas le casque sur les oreilles, quoi. On allait chez l’habitant, y avait aucun souci, on était accostés, mais pas embêtés. On ne s’enfermait pas, quand on allait en boîte, on se mélangeait. On allait en boîte sur Auxerre, parce que Paris, fallait y aller, et fallait surtout revenir. Oui, y a des mecs qui sortaient en boîte, même si Guy roux était derrière.
Guy Roux disait jouer le maintien devant les micros. Mais dans le vestiaire ?
Il disait ça pour ne pas passer pour un con si jamais on se retrouvait à lutter pour la descente. Il entretenait son image. Après, avec l’effectif qu’il y avait, il savait que l’équipe était bonne et qu’on se devait d’accrocher une place européenne. C’est une personne intelligente et il avait des joueurs intelligents. Bon, on l’a emmerdé aussi, Roux. Il nous a tout fait, et on lui a tout fait. Parfois, il y avait des gueulantes, mais il n’était pas rancunier, loin de là. Bon, moi, c’est un peu particulier, comme je jouais sur le côté, je l’entendais plus facilement. Et puis c’était le foot d’avant. Aujourd’hui, t’as le gars, il fait un grigri, son imprésario dit : « T’as vu ? Ça, ça vaut 50 000 euros. » Tu venais réclamer une augmentation à Roux, il te disait : « Mon petit, reviens dans 5-6 ans, on verra. »
Tu arrives à Auxerre vers 20 ans. Tu comprends tout de suite que tu vas être un bouffeur de craie ?
Moi, au départ, je venais pour jouer avant-centre, je pense. Du moins, j’étais un attaquant pur en jeunes. Ça ne me plaisait pas forcément, mais pour le bien de l’équipe, je me suis décalé sur le côté. J’aurais pu marquer plus de buts, mais je jouais pour le collectif avant de penser à moi. Roux a composé en fonction des joueurs qu’il avait à cette période-là. Mon positionnement était assez strict et contraignant. Fallait défendre, il y avait vraiment un système de jeu auquel il ne fallait pas déroger. Avec Vahirua ou Diomède, on se croisait rarement. Mais c’était la tactique du coach. Il a été influencé par Johan Cruyff et l’Ajax qui jouaient comme ça. Il est parti de ça. Et ne s’est pas trompé.
Martins, c’était quel type de capitaine ?
Coco, il était assez discret en fait. On était tous des leaders quelque part. Il en fallait juste un qui ait le brassard et qui signe la feuille de match. Mais on se prenait tous en charge. Laurent Blanc a stabilisé le tout. Il a bien fait de venir : Saint-Étienne, cette année-là, est descendu et, chez nous, il s’est complètement relancé. Moi, l’été suivant, je signe à Lyon, un groupe jeune. D’ailleurs, lors de mon retour à Auxerre, on prend 7-0. Ça m’a fait mal. Je me suis dit : « Où est-ce que j’ai atterri ? Je vais rester sur Auxerre, je crois. » Ça avait coûté sa place à Guy Stephan. Pourtant, Aulas ne vire pas beaucoup d’entraîneurs.
1996, c’est aussi l’année où Depardieu devient au fil des matchs la mascotte de l’équipe. À l’époque, comment vous vivez le fait qu’il s’immisce dans le groupe ?
Depardieu, au départ, on a tous été un peu surpris. C’était le copain de Bourgoin, ils avaient des affaires ensemble. On lui posait plein de questions, il a une aura extraordinaire. Il venait surtout après les matchs. Il adorait le chablis. C’était un moteur pour nous, mais il nous motivait à sa façon : « Si vous gagnez, c’est moi qui arrose ce soir. » Guy Roux avait peur de perdre un peu le fil. Le côté « on va en boîte » , il n’aimait pas trop. Mais comme il était superstitieux et qu’on avait des résultats quand Gérard était là, il a laissé faire. Gérard, je l’ai revu récemment dans un avion pour Paris, il venait de finir le tournage de Marseille. On a discuté du bon vieux temps. Comme moi, il est embêté de voir le club englué en L2.

Propos recueillis par Marc Hervez
La rivière de notre enfance.
Auxerre-PSG (3-0) le 24/03/96

Le cauchemar de Pardeilhan


Certains joueurs ne comptent qu’une seule sélection, et d’autres qu’une seule apparition en D1. C’est le cas du latéral parisien Cédric Pardeilhan, titularisé à la surprise générale dans LE match de cette saison 95-96. Celui qui aura fait pencher la balance du côté des hommes de Guy Roux et vu Diomède atteindre un niveau interstellaire. Récit d’un calvaire.


« Le coup de poker de Luis Fernandez ! Cobos est blessé au poste d’arrière droit, Llacer a été touché aussi dans les dernières minutes contre Parme jeudi, alors il fait débuter Pardeilhan. C’est son premier match de championnat. Il n’a jamais joué. On l’a simplement vu en Coupe de la Ligue contre Guingamp. À 19 ans, il va avoir son baptême du feu face à Diomède. C’est vraiment fantastique et sympa à voir… » Charles Biétry n’en revient toujours pas. Pour ce déplacement à Auxerre ô combien important lors de la 32e journée, le 24 mars 1996, « Luis attaque » accorde sa confiance à un jeune issu du centre de formation : Cédric Pardeilhan. Au coup d’envoi, l’équation est pourtant simple : si les Bourguignons battent les leaders parisiens, ils reviennent à deux points. Pas le droit à l’erreur, donc. Pourtant, le massacre commence dès la sixième minute de jeu, lorsque un dédoublement Rabarivony/Diomède permet au second de centrer pour un ciseau de Saïb repoussé tant bien que mal par Lama. Le ton est donné. Après un premier quart d’heure en enfer pour Pardheilhan, rythmé par les dribbles, accélérations et autres ailes de pigeon de « Petit Bonhomme » , Biétry est déjà nettement moins enthousiaste. « Attention, y a Diomède qui est en train de prendre le dessus sur Pardeilhan. Laurent Fournier a compris qu’il fallait venir l’aider… C’est son premier match pro et il tombe sur un Diomède diabolique » , lance-t-il à un Éric Besnard qui lui répond du tac au tac : « C’est quand même terrible d’être titulaire dans un match si important ! » Même si, dixit Biétry, Luis a attendu le dernier moment pour lui annoncer sa titularisation ( « après le déjeuner, pour ne pas qu’il gamberge trop » ), force est de constater que le cerveau du jeune Palois ressemble à une friteuse dans cette première mi-temps. Entre les tours de passe-passe de Diomède, les remontrances de ses coéquipiers et les hurlements de Fernandez sur le banc, il ne sait plus où donner de la tête.

Les aventures de Bernard et Cédric.

Bernard m’a tuer…


C’est donc fort logiquement que, lancé dans son dos, le gaucher auxerrois finit par ouvrir le score juste avant la mi-temps. Guy Roux tient à enfoncer le clou en deuxième période et demande à ce que ses sbires arrosent la pelouse pendant la pause. Un fait rare durant cette saison 1995/96, puisqu’à l’époque, les berges de l’Yonne, dont Auxerre avait obtenu le droit de pomper l’eau gratos, étaient en travaux. Et le druide bourguignon, pour qui un sou est un sou, préférait d’ordinaire utiliser l’arrosage automatique avec parcimonie plutôt que d’alourdir la facture du club. Une décision exceptionnelle qui, malheureusement, ne change rien pour le bizuth, qui continue de boire la tasse dans son couloir. « Décidément, sur le flanc gauche, entre Diomède et Rabarivony, Pardeilhan passe une bien mauvaise soirée » , lâche Besnard, à peine cinq minutes après le retour des vestiaires. Conséquence, dix secondes plus tard, c’est Philippe Bruet, l’homme de touche, qui annonce que « Dely Valdés va rentrer à la place du jeune Cédric Pardeilhan » . Et Biétry de rajouter, paternaliste : « Faut surtout pas le condamner, car je pense que n’importe quel autre arrière droit, aujourd’hui, aurait souffert face à Diomède. Il a tenu sa place face à un homme qui lui était supérieur, mais il n’a que 19 ans. Il a maintenant cinquante minutes en première division et en aura certainement beaucoup d’autres. Le jeune Palois est un des bons espoirs du PSG, et je dirais même du football français, puisqu’il a déjà défendu les couleurs des sélections des jeunes. Il le refera et on reverra Cédric Pardeilhan, qui n’aura pas toujours Diomède en face de lui… » Erreur. En D1, le latéral n’affrontera plus aucun autre joueur. Car au moment de s’asseoir sur le banc pour assister au second but de Martins, puis au CSC de Colleter, le jeune Parisien ne sait pas encore qu’il vient de contribuer à propulser Auxerre vers son seul titre de champion de France, et encore moins qu’il ne rejouera plus jamais la moindre minute en D1. La semaine suivante, à la faveur d’une victoire à Lille (4-0), les Auxerrois prendront les commandes de la D1, pour ne plus jamais les lâcher. Près de dix ans plus tard, alors à la tête du PSG, Laurent Fournier – milieu droit ce soir de mars 96 et obligé de jouer les pompiers dans le couloir - se voit reprocher le fait de ne pas lancer de jeunes dans le grand bain. Sa réponse ? « Je ne veux pas qu'un jeune du PSG revive la même mésaventure que Cédric Pardeilhan. » Life is a bitch.

Par Paul Bemer





Les matchs-clés du doublé 1/4


5 août 1995 – Division 1 J3 - Monaco-Auxerre (2-2)
Avec 3 défaites en cinq matchs au compteur, le début de saison de l’AJA est loin d’être sur la lignée de la fin de saison 94-95, achevée par six victoires consécutives. Mais il aurait pu être pire. Au cœur de l’été, pour le compte de la troisième journée, les hommes de Guy Roux se déplacent à Louis-II. Menés 2-0, les coéquipiers de Charbonnier arrachent le nul en seconde mi-temps, grâce à Guivarc’h et Saib. « Physiquement, nous sommes un peu mieux que les Monégasques. Nous avons de belles forêts, vous savez » , analyse sobrement Guy Roux. MH

16 septembre 1995 – Division 1 J9 – Lyon-Auxerre (0-1)
Après un début de saison poussif, les Bourguignons passent enfin la seconde, alors que l’on arrive doucement au quart du championnat. À Gerland, ils signent leur quatrième victoire de rang, ce qui les replace quatrièmes. Un classement plus conforme à leurs ambitions. On notera le superbe enchaînement de Diomède, dont le pied droit ne sert visiblement pas qu’à monter dans le bus. MH


30 septembre 1995 – Division 1 J11 – Metz-Auxerre (3-1)
En cette année 1995, le tube de l’automne se nomme le FC Metz. En déplacement à Saint-Symphorien, l’AJA explose sous les coups de boutoir des Grenats, emmenés par un super Pirès. C’est la quatrième défaite des hommes de Roux, déjà. Encore une fois, les Auxerrois seront dans le coup pour l’Europe, mais manquent de régularité et de solidité pour finir tout en haut, pense-t-on alors. Sauf que Blanc et Charbonnier ne seront pas blessés toute la saison. MH

Lis dans mes yeux.






« On faisait toujours le contraire des gens normaux. L'été on partait à la montagne, l'hiver on allait à la mer »


Franck Rabarivony
Décryptage

À la culotte


Avec les ailiers rongeurs de craie, la défense en marquage individuel, composée d’un vrai libéro décroché, est l’autre marque de fabrique de l’AJA des nineties, à l’heure où tout le monde était déjà passé en zone. Zoom sur un système archaïque qui n’avait qu’un but : la restriction maximale des libertés adverses.

C’était le 17 juillet 1993. Le PSG d’Artur Jorge reçoit alors l’AJA pour le tournoi de Paris. Un match d’exhibition avant tout. L’occasion pour le club bourguignon d’essayer sa jeune nouvelle recrue venue tout droit du Julius Berger FC, club nigérian de Lagos. Taribo West a déjà ses tresses sur la tête, mais pas encore conscience du marquage individuel à la sauce Guy Roux. Du coup, pendant toute la rencontre, il applique à la lettre les consignes de son coach : « Ton haleine sur sa nuque et tes pointes de pied sur ses talons. » Résultat ? Il passe la soirée en tête à tête avec Raí. Mieux, en cours de match, le Brésilien doit sortir. Taribo West le suit jusqu’au banc de touche. Un autre joueur le remplace et le Super Eagle comprend qu’il est allé un peu trop loin dans le délire. C’est d’ailleurs l’une des images qu’il restera de l'art défensif selon Guy Roux. Bête et méchant, mais avant tout, efficace, discipliné et intimidant.

« La préparation, c'était la base »


Pour faire court, le marquage individuel, c’est huit joueurs de champ qui suivent chacun un adversaire en phase défensive, et ce, qu'il aille à droite, à gauche ou pisser. C'est un numéro neuf qui presse les deux défenseurs centraux. Et c'est un libéro décroché qui bouche les trous derrière, qui intervient si un de ses coéquipiers s'est fait effacer. Qu’il s’appelle Roche, Verlaat ou Laurent Blanc. En phase offensive, tout le monde revient dans sa zone et les défenseurs limitent leurs efforts. Bref, c'est un système qui sollicite les organismes et c'est pourquoi Guy Roux s’appuie sur un énorme travail physique durant l'été : « La préparation, c'était la base. Et puis, on faisait toujours le contraire de ce que les gens normaux faisaient, raconte Franck Rabarivony, ancien latéral gauche auxerrois, champion en 96. L’été, on partait à la montagne. L’hiver, on partait à la mer. Comme ça, c’est sûr, on n’était pas embêté. »

Au programme, footing avant le petit-déjeuner, musculation après et un peu de jeu l’après-midi pendant un gros mois. « Pour ma première session avec les jeunes du centre de formation, j’ai tout de suite compris que ça allait être dur, je n’ai pas chaussé les crampons pendant un bon moment. J’ai d’abord trouvé ça bizarre, et puis, par la suite, j’ai compris. On n’a fait que courir » , poursuit « Raba » . Et à chaque footing, ou semi-marathon, Guy Roux fait le gendarme : « Quand on est jeune, on essaye forcément de tricher, de couper, explique Frédéric Danjou, défenseur de l’AJA de 1994 à 1999. Mais il se mettait toujours à mi-chemin, dans un endroit stratégique pour veiller à ce que tout le monde fasse le même effort. Et pour ceux qui coupaient, il y avait du rab, forcément. » Voilà comment les défenseurs auxerrois arrivent donc au taquet dès le début de saison et bouffent du Montpelliérain, du Lensois ou du Messin. « C’est pour votre bien » , leur raconte Guy Roux. Et Franck Rabarivony confirme : « Il nous disait souvent que la pédagogie, c’était l’art de répéter. Et avec lui, je peux vous dire qu’on en a bouffé, de la pédagogie. »

En tête à tête avec Goma


Reste que quand la saison commence, les Auxerrois sont clairement plus en forme que leurs adversaires, mais ils n'arrivent pas pour autant à gagner leur match. La preuve lors de cette saison 1995-1996 : un 0-2 remonté à 2-2 au mois d’août à Monaco, mais 3 défaites lors des cinq premières journées. Généralement, l'AJA fait la différence en cours de championnat. À l'endurance. Franck Rabarivony : « En fait, si on a si longtemps joué comme ça et que l’on n’a jamais remis en cause ce système, c’est parce qu’on s’est vite aperçus qu’il marchait. Ça marchait en jeune avec le centre de formation, mais aussi après. C’était plus facile pour nous de le comprendre, du coup. Les joueurs achetés avaient un peu de mal à s’y faire, mais ils comprenaient que c’était pour le bien de l’équipe. Et puis, on était une génération respectueuse. » Du respect pour l’institution, donc, faute de quoi, Guy Roux n'hésite pas à sanctionner. Mais une forme de respect aussi pour les attaquants de première division.

Les deux pots de colle.

Alain Goma, arrière droit de métier, s'explique : « Notre mission, c’était de rendre fou l’adversaire, mais sans jamais le toucher. On était toujours fair-play ! Mais il n'empêche que personne n'avait envie de jouer contre nous. Je me souviens que Victor Ikpeba, il avait fait une interview dans laquelle on lui demandait contre qui il aimait le moins jouer et il a dit : "Alain Goma". Il savait qu’il allait devoir essayer de se démarquer mais qu’il allait passer la soirée en tête à tête avec moi. » Idem pour Rabarivony : « J’ai des amis en commun avec Laurent Fournier et j’ai appris à la fin de ma carrière qu’il détestait jouer contre moi. C’était un calvaire pour lui. En début de match, il me regardait avec ses gros yeux, il me regardait de travers dès l’échauffement. Et puis, j'ai finalement compris pourquoi. Moi, j’aimais bien l’embêter. »

« Je ne peux pas dire que c’était un plaisir »


La méthode fait donc ses preuves en France. Dans les années 90, l'équipe de Guy Roux prend l'habitude de titiller le haut du classement. Mais comme toute théorie, elle n'est pas parfaite. Et ça se voit notamment lors de leurs différents parcours européens. Face à des joueurs capables de faire la différence individuellement, l’équilibre est souvent mis en danger. Danjou s’en est rendu compte face à Dortmund, en 97. Rabarivony contre l’Ajax en 93, malgré la qualification face au tenant du titre : « Je me suis retrouvé au marquage d’un jeune, qui s’appelait Marc Overmars, et j’aurais donné n’importe quoi pour changer d’adversaire. J’ai souffert comme jamais, il n’a pas marqué, mais il m’a fait la misère. À chaque fois, il faisait la différence et on était emmerdés. Finalement, on a perdu le retour 1-0, mais on a quand même été qualifiés. Heureusement parce que sinon, j’aurais passé un long séjour en pénitence. C’est clairement le mec le plus fort que j’ai eu à marquer. »

Autre problème de taille, l’épanouissement personnel et professionnel : « Je ne peux pas dire que c’était un plaisir de faire du marquage individuel. Mais, j’avais quand même cette satisfaction du travail bien fait. En sept ou huit ans à Auxerre, j’ai perdu des plumes. Mais je faisais mon boulot, et j’étais plutôt satisfait d'apporter ma pierre à l’édifice » , estime le Franco-Malgache. En allant tenter leur chance ailleurs, les Auxerrois se rendent vite compte qu'on peut aussi prendre du plaisir à jouer au foot. « Pour ceux qui ont été formés à Auxerre, on ne connaissait que ça. On a été quelque peu formatés. À Paris, par exemple, j’ai eu du mal à trouver mes repères » , nuance Goma, alors que Rabarivony a dû attendre son transfert à Oviedo pour se rendre compte que « nous aussi, les défenseurs, pouvions participer au jeu » . Pour autant, pratiquer le marquage individuel de manière servile n’a pas empêché Taribo West d’être recruté par l’Inter en 1997, et de s’imposer dans le Calcio de la fin des nineties, autrement dit ce qui se faisait de mieux en matière de défense en zone hermétique. Le Nigérian se serait reconverti en tant que pasteur aujourd'hui. L’histoire ne dit pas si Raí fait partie des fidèles.

Par Ugo Bocchi


Les matchs-clés du doublé 2/4


4 octobre 1995 – Division 1 J12 - Martigues-Auxerre (1-2)
Les années 90, c’est aussi Martigues en D1. Mais cette fois, sans Didier Tholot, parti à Bordeaux. Quatre jours après la gifle reçue à Metz, Auxerre réagit avec une victoire arrachée en Provence. Menés 1-0 à cinq minutes de la fin, les Bourguignons renversent la vapeur et reprennent leur marche en avant, grâce notamment à un Lamouchi auteur d’une chevauchée tiganesque. MH


8 novembre 1995 – Division 1 J 17 - Auxerre-Bastia (3-0)
Qui a dit que Guy Roux ne connaissait qu’un seul schéma ? Et si c’était plutôt ses joueurs qui étaient bornés ? Au coup d’envoi de ce match anecdotique, l’entraîneur au bonnet aligne un 3-5-2 face aux Corses, pour faire souffler Diomède. Les Bourguignons viennent de gagner durement 1-0 à Bordeaux quatre jours plus tôt, et les terrains sont gras. Puis il repassera en 4-3-3 après le repos. Résultat ? 0-0 à la mi-temps, 3-0 à la fin du match. MH


19 novembre 1995 – Division 1 J18- Saint-Étienne-Auxerre (0-5)
C’est ce qu’on appelle un signe avant-coureur. Au coup d’envoi, Grégoire Margotton, alors homme de terrain de Canal, fait remarquer à Greg Coupet, alors gardien de Sainté, qu’Auxerre ne s’est jamais imposé à Geoffroy-Guichard en D1. 90 minutes plus tard, le portier des Verts en a pris cinq dans la musette. Il arrêtera quand même un penalty, histoire de se consoler. Cocard, Laslandes et Martins sont passés par là et installent l’AJA sur la deuxième marche du podium. Le PSG est encore loin devant, mais tout de même. L’absence de Blanc, l’ancien Stéphanois, aura fait plus de mal à Saint-Étienne qu’aux Bourguignons sur ce match. MH

Lionel Charbonnier faisait en réalité peu de toiles.
Entretien notable

Jean-Pierre Soisson : « Avec Guy Roux, on nous appelait "les deux consuls" »

Maire d’Auxerre de 1971 à 1998, l’ex-ministre, député et président du Conseil général a vu le club grandir en même temps que sa carrière politique décoller. Et à l’entendre, ces deux ascensions sont bien plus liées qu’on ne le croit. Il enclenche la boîte à souvenirs, malgré un lendemain de soirée difficile : « Je suis vieux, comme Guy Roux. »


Faire un jour le doublé championnat-Coupe de France, c’était une hypothèse qui avait été envisagée à Auxerre, franchement ?
Non, c’était imprévisible, on n’avait pas ça dans les tuyaux. Ce mois de mai 1996 était incroyable, avec cette victoire en Coupe au Parc contre Nîmes et le dernier match de championnat contre Nantes, avec 22 500 spectateurs, record absolu pour un stade qui peut en théorie en accueillir 20 000 au maximum ! On avait été champion en faisant nul à Guingamp, mais cette victoire contre Nantes, champion en titre, c’était une sorte de passage de témoin, donc c’était un vrai bonheur. Et pendant cette nuit-là, ça a été la folie à Auxerre, avec tous les quartiers populaires, tout le monde uni aux couleurs de l’AJA, ça a chanté, ça a bu, ça a dansé sur la place des Cordeliers. Le lendemain, une manifestation monstre au stade… Ça ne se réalise pas très souvent ce genre de choses : une ville entière qui se rassemble et qui fait corps derrière son équipe de foot.

Ironie du sort, 1996, c’est l’apogée sportive de l’AJA, mais aussi, avec l’arrêt Bosman qui entre en vigueur, le début de la fin, puisque son équation économique est basée sur la formation.
Vous avez complètement raison. Tout ça a profondément joué. Guy a crié, il a fait des tribunes libres, mais l’arrêt Bosman est entré en vigueur et nous nous sommes adaptés à cette situation. On se débrouillait. La mairie a toujours donné le maximum de ce qu’on pouvait donner. À un moment, il a été décidé que les clubs ne pouvaient plus être financés par les collectivités locales. Alors à la mairie, on prenait un certain nombre de décisions qui étaient plus ou moins en marge de la légalité, on achetait des places, on faisait des travaux… Parce que jusqu’à la fin, il y a eu le problème de savoir à qui appartenait vraiment le stade. Légalement, le stade et les installations sont la propriété du club, mais ils ont été réalisés par la municipalité par le biais d’un accord financier, avec un prêt à très long terme. On a toujours voulu maintenir l’indépendance de l’AJA vis-à-vis de la ville, et le club est l’un des rares de France à posséder ses infrastructures.

Sur le plan financier, l’AJA doit beaucoup à la mairie ?
Le premier centre de formation avait été très largement financé par l’Union européenne et par l’intervention de Jacques Delors. Il avait une propriété dans la région, il a enterré son fils dans le nord du département, il venait régulièrement assister aux matchs… Il a mis je ne sais combien de millions d’euros directement, à la demande de Guy et de moi, dans les années 88-90. Le dernier en revanche est un peu une folie et nous a peut-être coûté les problèmes financiers et la descente en L2. Guy Roux, il compte les sous pour lui, il les compte aussi pour l’AJA. Le président de la grande époque, Jean-Claude Hamel, était dans le même temps mon adjoint à la mairie. Gérard Bourgoin par la suite a peut-être été imprudent dans la gestion du club qui nous a conduits à cette situation de déficit, puis à la descente en Ligue 2.

Lors de cette grande époque, les relations mairie-club étaient donc au beau fixe...
Vous aviez à l’époque un tandem vraiment très uni. Aucune décision ne se prenait sans la concertation de tous. Moi, j’avais un principe clair : je n’intervenais pas dans les décisions sportives de Guy. J’accompagne, je finance, c’est le rôle du maire, et je l’avais bien saisi, en tant qu’ancien fils du patron : mon père a été président du club après la guerre. Je suis proche de l’AJA, j’y ai joué. Mal, j’étais un mauvais arrière. Ah si, on a eu un petit problème entre nous une fois : Guy voulait faire couper deux arbres près du terrain d’entraînement des jeunes. Moi, je les trouvais magnifiques, j’ai décrété qu’il ne fallait pas les couper. Mais il les a finalement abattus. J’étais furieux sur le moment, puis les choses se sont arrangées la semaine suivante autour d’un verre de Chablis. Dans une petite ville comme Auxerre, si vous ne faites pas équipe entre dirigeants de club et de la ville, vous n’allez nulle part. J’avais une confiance illimitée en Guy. D’une certaine façon, chacun dans notre domaine, on gérait la ville. Lui le sport et un peu la communication générale de la ville, et moi en tant que maire et président de région, j’étais l’administrateur. On nous appelait « les deux consuls » . L’un à la mairie, l’autre au stade.

C’est vrai que vous vous connaissez depuis le lycée ?
Oui, mais il est plus jeune que moi, il était dans la classe de mon frère cadet. Il avait l’habitude de venir déposer son vélo chez mes parents le mercredi, et il partait avec mon frère cadet ou déjeunait à la maison. On avait une quinzaine d’années, et depuis ce temps-là, nous ne nous sommes guère quittés. Il est allé faire son service militaire à Trèves, il a rencontré Lionel Jospin, puis il a fait des études de droit à Clermont, mais il est vite revenu à Auxerre.

Arriver au doublé de 96 est un travail de très longue haleine. Quels sont les vrais tournants de l’histoire du club ?
Il y a eu plusieurs étapes dans cette ascension, mais pour moi, le début, c’est juin 79 : on est en deuxième division et on joue la finale de la Coupe de France au Parc des Princes contre Nantes. Et on est encore un petit club, hein. L’année suivante, le club monte en D1. Après le match, qu’on a perdu en prolongation, les joueurs se sont changés dans mon bureau au ministère avant de partir pour le Lido. Et après ils sont revenus comme je suis ce matin, un peu groggy, reprendre leurs affaires. J’avais noué une amitié avec un certain nombre de joueurs, notamment les gardiens de but qui sont sur le plan intellectuel et émotionnel souvent les plus riches. J’avais pris l’habitude d’aller faire les décrassages le matin, les séances de sauna, notamment avec le regretté Serge Mezonès, qui était le capitaine communiste du club dans les années 70-80. Inimaginable : Soisson et Mezonès dans un même sauna bavardant de l’avenir du pays, Guy Roux appelant Mitterrand pour lui demander un service, Delors finançant l’AJA via l’Europe… Les ministres européens que j’accueillais à Auxerre, ils étaient stupéfaits par deux choses : le foot et le chablis. Moi, j’en ai arrosé l’Europe entière et beaucoup d’accords européens se sont terminés au finish au chablis. Le chablis fait partie de notre mémoire collective, c’est un élément rassembleur. Je pense que c’est cet esprit qui a mené une petite ville vers les sommets du foot français et européen.

L’ironie de l’histoire, c’est que vous avez eu un certain nombre de portefeuilles ministériels dans votre carrière, mais lors de la finale de 79, vous êtes ministre des Sports !
Oui, de Giscard, et j’avais eu droit à un certain rappel à l’ordre de sa part parce que j’applaudissais et je poussais mon équipe comme je pouvais. Il m’avait dit : « Vous êtes ici le ministre des Sports et non le maire d’Auxerre. » Je lui avais répondu : « Oui Monsieur le président, je suis l’un et l’autre, c’est mon équipe. Si c’était celle de Chamalières, vous auriez la même réaction que moi ! »

Presque dix ans plus tard, vous êtes LE ministre d’ouverture lors du second septennat de Mitterrand.
Oui, et j’allais vous dire justement que 1988, pour moi, c’est vraiment la deuxième étape du développement de l’AJA, quand l’équipe devient régulièrement européenne. Or, à l’époque, la France préside l’Union européenne, et je suis ministre du Travail. Et les parcours européens du club m’ont aidé dans mon travail, notamment pour la réalisation et la mise en place de la charte des droits sociaux des travailleurs appliquée depuis dans les traités européens. J’accompagnais l’équipe partout en Europe, on regardait le match ensemble avec mon alter ego du pays en question, et ensuite on allait travailler dans un bistrot sur nos affaires, et ça se prolongeait souvent le lendemain matin. Je me rappelle comme ça de réunions de travail avec mes homologues de Copenhague en 1992, ou d’Amsterdam en 1993…

Mitterrand disait d’Auxerre : « C’est une ville curieuse, on y pénètre entre la prison et l’asile, drôle de choix… »
C’est vrai, jeune avocat, il venait plaider à Auxerre, et il me répétait souvent cette phrase parce que ça l’avait marqué, en arrivant de Paris. Mitterrand était très proche de Guy Roux, il connaissait le nom des joueurs. En 90, il était venu présider le premier congrès des missions locales qui s’occupaient de la formation professionnelle. Il était prévu qu’il se pose à la gendarmerie où l’attendaient le préfet et les grands élus. Mais Guy Roux avait insisté pour qu’il se pose sur les terrains de l’AJA, et il a réussi. Il s’est posé là en hélico. Guy Roux avait bien préparé le coup, les joueurs avec chacun un petit bouquet… Mitterrand s’est mis à parler avec tous les joueurs, notamment de leur pays d’origine pour les Africains, et tous les élus et responsables attendaient au théâtre municipal pour la séance officielle qui devait clôturer ce congrès. On n'était que deux à avoir été mis au courant par Guy, avec Henri Nallet, le député du sud du département. Guy l’avait emporté contre le préfet, contre toutes les autorités sur l’organisation du déplacement ! Alors que certains ministres ne l’avaient jamais au téléphone, lui, il demandait Mitterrand, et on lui passait. On faisait appel au président quand il fallait traiter des achats ou avoir des visas pour des joueurs étrangers par exemple. Je suis allé chercher Szarmach avec un avion du gouvernement. En 92, quand on est allés jouer en Bulgarie à Plodvid, le président m’avait prêté son avion personnel…

Ce mélange des genres, on ne vous l’a jamais reproché à Auxerre ?
Non, Auxerre est une ville calme, moi-même j’ai conduit l’ouverture, le maire d’Auxerre actuel, Guy Pérez, qui est socialiste, était l’un de mes adjoints, comme la plupart de ses adjoints avaient été les miens, et ils appliquent le programme qui avait été le mien quand j’ai quitté la municipalité pour le Conseil régional. Quand j’ai quitté le gouvernement socialiste en 93, j’ai été réélu très largement, idem comme député d’Auxerre pendant près d’un demi-siècle sans aucun problème. À Auxerre, toutes les forces politiques tirent dans le même sens. Le club fait partie de la ville, il est un élément moteur sur le plan sportif, politique, psychologique d’Auxerre. La preuve, on a fait récemment un sondage auprès des élèves du lycée Jacques Amyot, le plus grand lycée public, en demandant ce qu’ils souhaitaient pour l’avenir. De très loin, leur premier vœu, c’est que l’AJA retrouve la L1. Guy Roux a habitué les Auxerrois à vivre très largement au-dessus de leurs moyens. Les gens dans la rue se disaient : « Tiens, on joue Arsenal la semaine prochaine, et la semaine suivante ? Dortmund ? » Surtout quand on sait qu’à l’origine, l’AJA, quand l’Abbé-Deschamps l’a créé en 1905, était un petit patronage.

Quand on arrive sur Auxerre en voiture, il y a une vieille inscription sur un mur : Auto-école G. Roux…
Oui, à l’entrée de la vieille ville. Guy, au départ, quand il était entraîneur, il avait monté un petit cabinet d’assurance, puis une auto-école. Alors les dirigeants, les joueurs, ils prenaient des assurances chez lui. On distingue toujours la peinture sur la façade, mais le cabinet n’existe plus depuis longtemps…

Guy Roux sans le sou, c’est un peu romancé, non ? Quand il dit qu’il coupe le bois qui sert à chauffer les douches, c’est une légende ?
Oui, mais non. Moi-même, je me suis retrouvé à labourer le terrain et à remettre l’herbe en l’état. C’est un club de patronage, très longtemps, le crucifix est resté dans les vestiaires. Même si un jour Guy m’a dit : « Bah je vais l’enlever parce qu’on est maintenant une équipe à majorité musulmane. » Mais ça ne veut pas dire qu’on n’a pas conservé chaque année la manifestation avec la fanfare et toutes les sections de l’AJA qui vont s’incliner devant la croix qui demeure entre le stade et l’Yonne. On est un vieux club catho, et on est resté un vieux club catho.

Propos recueillis par Vincent Riou


Les matchs-clés du doublé 3/4


13 janvier 1996 – 32es de finale de Coupe de France – Lyon-Auxerre (0-1)
Bien avant le mois de mai et la victoire finale face aux Nîmois, il y a eu ce premier tour de Coupe de France à Gerland. Là où tout aurait pu s’arrêter avant même de commencer, si la chance n’avait pas été du côté de Charbonnier. Ce qu’il faut retenir de ce braquage signé Cocard, dans le froid glacial et devant des tribunes clairsemées ? Un premier poteau de Giuly, à 0-0. Puis une fin de match folle, où les Gones tapent trois fois sur la barre en quinze secondes. Invraisemblable, comme le dit Thierry Roland. Mais pas sans conséquences lorsque l’on se projette quatre mois plus tard. MH


30 mars 1996 – Division 1 J33 - Lille-Auxerre (0-4)
Rien de mieux que de sortir du bois quand personne ne s’y attend. Une semaine après avoir reçu la fessée à l’Abbé-Deschamps, le PSG s’incline au Parc face à Metz (2-3). Résultat, c’est Auxerre qui prend pour la première fois de la saison la tête du championnat, suite à sa large victoire dans le Nord, grâce à ses leaders techniques (doublé de Martins, doublé de Lamouchi). Au meilleur moment : il ne reste plus que cinq journées. MH

4 mai 1996 – finale de Coupe de France – Auxerre-Nîmes (2-1)
Habitués à enfiler le costume du petit poucet, les Auxerrois abordent mal leur finale de Coupe de France face à Nîmes, pensionnaire de Nationale 1. Les hommes de Roux balbutient leur football. Leur rôle de favori ne leur convient pas. Sans complexes, les Crocodiles ouvrent le score et mènent logiquement à la pause. Ils cèderont sur deux coups de pied arrêtés permettant à l’AJA de remporter sa deuxième Coupe de France après 1994. La fête ne fut pas la même, pour cause de titre dans le viseur, comme l’a expliqué Guy Roux récemment dans l’Yonne Républicaine : « Après le match, les joueurs, leurs femmes, les dirigeants, Gérard Depardieu, sa fille et son fils sont réunis pour un repas de fête. Gérard Bourgoin avait loué un grand karaoké professionnel pour la grande salle du Trianon, à Versailles. J’avais passé un accord avec les joueurs, pour que tout le monde aille se coucher à deux heures du matin. Pas de discothèque. Je leur ai dit : « On joue le titre, on fêtera le jour du titre » … Le Trianon est entouré d’un mur d’enceinte de quatre mètres de haut, il n’y a qu’une seule sortie. J’ai enfilé un jogging, et je suis resté posté devant la porte jusqu’à plus de cinq heures, pour m’assurer que personne ne sorte. » MH



Les matchs-clés du doublé 4/4


11 mai 1996 – Division 1 J37 - Guingamp-Auxerre (1-1)
Quoi de mieux que d’être sacrés au Roudourou pour des paysans ? Avec quatre points d’avance au coup d’envoi, Auxerre n’a besoin que d’une victoire en Bretagne pour être titré. Un nul suffira, Paris et Metz étant incapables de gagner leurs rencontres respectives. Au coup de sifflet final, Guy Roux se lâche et se rue vers Diomède, qui avait parfaitement lancé les siens en début de match, avant de redevenir Guy Roux au micro de Canal : « Ce n’est pas mon premier titre, j’avais été champion de Division d’Honneur de Bourgogne. » MH



18 mai 1996 – Division 1 J38 - Auxerre-Nantes (2-1)
Un an après les Barjots, champions du monde de handball en mai 95, les Auxerrois aussi font n’importe quoi avec leurs cheveux, mais de manière plus soft : les bombes de couleur remplaceront les coups de tondeuse. Pour affronter Nantes « pour du beurre » , Guy Roux laisse à Dominique Cuperly, son fidèle adjoint, le soin de diriger l’équipe. Il ne le décevra pas. Euphoriques, les coéquipiers de Martins s’imposent dans les dernières minutes face au champion sortant. Place à la fête et aux adieux pour Laurent Blanc et Christophe Cocard. MH
T'as ça toi?






« Je pense que c’est l'esprit Chablis qui a mené une petite ville vers les sommets du foot français »


Jean-Pierre Soisson

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Rédaction

Cherif Ghemmour, Marc Hervez, Vincent Riou, Paul Bemer & Ugo Bocchi


Édition

Simon Capelli-Welter et Marc Hervez


Design et coordination technique

Aina Randrianarijaona


Secrétariat de rédaction

Julie Canterranne


Crédits photo

Réactions (10)

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par denis brognard il y a 5 moiss
La France ne mérite pas Auxerre, l'Angleterre sans doute, mais pas la France.
Eric cantona
par sox75 il y a 5 moiss
Très mauvais souvenir. Paris aurait dû être champion cette année là.

L'idée que leur mentalité et leur savoir faire les ait conduit en ligue 2 me plait assez. Et qu'ils y restent encore cette année.

Après tout les mecs jouent le maintien à Auxerre, c'est bien connu.
par Thouvenel Ballon d'Or il y a 5 moiss
Je vais pas faire mon vieux réac', mais Bourgoin en survêt au milieu de ses joueurs c'est frais

Sinon, un question pour les spécialistes concernant le "fameux 4-3-3 de l'AJA" : il me semblait que Guy Roux ne dérogeait pas à son 4-4-2 avec milieux en losange (en gros avec un vrai 10, Martins), non?
par denis brognard il y a 5 moiss
@Thouvenel Ballon d'Or
C'était bien un 433 avec des ailiers qui bouffaient la craie mais effectivement généralement ds les 3 du milieu, il y avait un 10 ou 9 1/2 (Martins, Ferreri, Lachuer, Kapo, Kalou)
par julboz il y a 5 moiss
Avant même de commencer la lecture, MERCI SOFOOT !
La date anniversaire étant passée, je désespérais d'avoir droit à cette lecture, vous allez refaire ma soirée !

Sinon sox75, tu veux dire le fait d'abandonner leur mentalité et leur savoir faire ? Parce que sinon ça les a plutôt conduit à un titre de champion, 4 coupes de france, une demi et pas mal de quarts de coupes d'europe... :)
Et si Paris méritait le titre, ils le perdent surtout tout seul. Quand t'as 10 points d'avance en janvier, tu ne peux t'en prendre qu'à toi même (et à cette tanche de Fernandez).

Et Thouvenel Ballon d'Or, tu as raison sur le 10, il a toujours été présent dans l'adn de l'AJA (ou de Roux, ça revient au même), mais comme l'a dit denis les ailiers étaient constamment collés à la ligne avec pour principale mission d'amener les centres sur les Szarmach, Guivarch, Laslandes (avec pas mal d'exercices spécifiques ailiers). Ca change un peu dans les années 2000 avec Kapo plus 9 1/2 et Lachuer en meneur de jeu sur l'aile, Cissé ayant d'autres points forts que son jeu de tête.

Voilou, je m'en vais lire l'article maintenant
par Tuthoyo il y a 5 moiss
Merci Sofoot pour cet article!! Sa fait plaisir de se replonger dans cette epoque, meme si j'etais gamin sa reste des moments magiques! Par contre nos maillots etait horrible ^^
Et le maire c'est Ferez et pas Perez ;) mais bon osef!
par julboz il y a 5 moiss
Encore un article très sympa à lire (comme toutes vos lectures longues), surtout la partie sur le marquage individuel et l'anecdote sur Taribo West et Raï qui est magique. D'ailleurs Raï aurait simulé la blessure ce jour là.

C'est dommage qu'il ne parle pas du marabout africain "décisif" dans la deuxieme moitié de saison. En gros quand l'AJA avait encore pas mal de points de retard, Guy avait été contacté par un marabout lui expliquant qu'il pouvait lui faire reprendre quatre points sur les deux prochains matchs contre des cadeaux (caisses de chablis je crois), Roux accepte et Paris perd les deux matchs dont un contre Martigues je crois, dernier de D1. Le type a du coup suivi l'équipe toute la saison, les joueurs le voyaient en retrait à chaque déplacement apparemment.
Guy Roux a expliqué depuis avoir du mal à croire dans les pouvoirs de ce marabout, mais qu'il lui a sans doute donné la confiance et la force mentale qui lui manquaient pour être enfin champion.

Sinon pour revenir à l'équipe, que des joueurs soit formés au club (Charbonnier, Goma, Cocard, Diomède), soit recrutés dans les divisions inférieures (Lamouchi, Violeau, Laslandes, Guivarc'h, Martins), soit venus de leurs pays (West, Saïb, Tasfaout). Il n'y a pas un seul mec reconnu avant son arrivée à part Blanc, qui arrive après plusieurs saisons difficiles..
Au final ça donne énormément de talent, une complémentarité parfaite et un état d'esprit correspondant à l'esprit paysan du club. Un maillot dégeulasse, une équipe sans star, de taiseux, de besogneux qui par la seule force de son travail va monter tout en haut du foot français et qui un an plus tard passe à un pied haut d'une demi de C1..




par Professeur ma boulette il y a 5 moiss
A l'epoque avec un cousin et un pote, on couchait sur papier nos pronos pour les trois premiers du championnat avant qu'il ne commence. Mon pote et moi on part sur du du classique Paris, Boredeaux ,Monaco bref les gros de l'epoque. Mon cousin met Auxerre premier sans complexe. Grosse crise de rire sur le moment. Auxerre c'était L'Uefa au mieux. Bah en juin quand on ressort la feuille mon cousin nous a victimises comme des bizuts pendant une semaine. Une vraie jolie épopée.
par ZizouGabor il y a 5 moiss
A cette époque, Lamouchi et Saïb (et aussi le belge de Metz Dany Boffin) m'impressionnaient au poste de milieu de terrain, vraiment sous-estimés. J'ai lu un jour que Moussa Saïb a préféré signé à Valence au lieu d'Arsenal en 1997 parce qu'il détestait le climat anglais.
par Savio64 il y a 3 moiss
Pardeilhan n'était pas du tout issu du centre de formation de Paris, mais venait de Pau....