Le bilan d'Escalettes

A ne pas confondre avec le piment d'Espelette. Jean-Pierre Escalettes vient d'annoncer qu'il allait démissionner lors du conseil fédéral de vendredi prochain. Retour sur cinq années agitées.

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« J'assume avec lucidité ma part de responsabilité. Ma décision est essentiellement dictée par la volonté de préserver et de faciliter l'évolution d'une institution que je sers avec passion depuis plusieurs décennies » . Il s'en va comme un prince. Par un communiqué laconique publié sur le site de la Fédération française de football, Jean-Pierre Escalettes a annoncé sa démission. Il n'aura pas survécu au tourbillon de mauvaises performances sportives et de polémiques de vestiaire qui a emporté toute la sélection et son entourage depuis une dizaine de jours. A chaud, essayons de dresser un bilan des cinq ans de présidence de JP. Comme vous allez le lire, celui-ci ne se résume pas seulement à un gigantesque fiasco. Mais presque.

Un œuf dans un grille-pain

Lorsqu'Escalettes est élu à la tête de la FFF, le 12 février 2005, avec 92,56% des voix du conseil fédéral, il récupère les casseroles de Claude Simonet. Le mandat de son prédécesseur a certes été marqué par un triplement du palmarès de la France A, mais le bilan n'est pas positif pour autant. Sportivement, les Bleus restent sur une grosse déroute en 2002 et une plus petite en 2004. Financièrement, Claude a planqué sous le tapis un déficit de 14 millions d'euros enregistré en 2003 comme on claque un œuf dans le grille-pain d'un pote pour lui faire une blague : pas facile à rattraper et, au bout d'un moment, ça commence à sentir mauvais. Escalettes ne goûte pas à ce genre d'humour mais parvient à s'en sortir. Il rendra les clés de son bureau avec des comptes rééquilibrés et sans bouteille de Romanée-Conti à 4800€ en note de frais.

Sportivement, Jipé avait plutôt bien commencé aussi. Un an et demi après son arrivée, l'équipe de France se retrouve en finale de coupe du monde après avoir été amplement critiquée par la presse. A peu de choses près, il tenait son France 98. L'épisode aura au moins permis de resserrer les liens entre le président de la Fédé et Raymond Domenech, avec des conséquences regrettables en 2008. On notera également qu'en 2007, le nombre de licenciés atteint le plus haut point de l'histoire du football français (2 320 625 ), dépassant les deux millions de joueurs (les licences concernent aussi les techniciens) pour la première fois. Si le chiffre a diminué depuis, il reste tout de même supérieur à celui affiché en 2005.

Le problème, c'est que ces bons points ont été complètement écrasés par la série de blâmes reçus depuis le désastre de l'Euro 2008. Alors que le départ de Domenech devait être validé par le vote des conseillers fédéraux représentant le football amateur (ceux-là même dont on veut réduire l'influence aujourd'hui...), Escalettes et ses potes (Houllier, Platini, etc) ont fait pression pour qu'il reste en place et organisé un vote à main levée qui laissait peu de choix à des électeurs frustrés. Dans la foulée, il est pourtant réélu à la tête de la 3F avec un score de dictature (93,5%). Le début de la fin. Alors que Domenech devait être encadré, changer sa communication, il semble aussi libre qu'avant et ses interviews sont de plus en plus surréalistes, pour atteindre leur apogée au début du Mondial.

L'apothéose avec Evra

Depuis ce moment, le bon président Escalettes ne semble plus rien contrôler. Le plus bel exemple est sans doute la dernière grande réalisation de son mandat. Le 28 mai 2010, la France obtient l'organisation de l'Euro 2016, mais personne ne vient taper dans le dos de Jean-Pierre. Celui que tout le monde congratule, c'est Jacques Lambert, le directeur général de la Fédération, qui a porté le dossier depuis le début. A chaque apparition, l'ancien prof d'anglais semble perdre un peu plus son latin et paraît toujours plus largué. L'apothéose arrive le samedi 19 juin dernier, lorsqu'il se pointe aux côtés de Patrice Evra en conférence de presse, le jour de la sortie du fameux numéro de L'Equipe titrant sur le “pétage de plomb d'Anelka”. JPE semble ne pas comprendre la portée de la situation, il répond à côté et fait répéter trois fois toutes les questions. Un peu triste.

Le boss de la FFF n'avait donc pas d'autre choix que de ramasser les restes de sa dignité et partir en souhaitant bonne chance à son successeur. Dans son rush entre 2005 et 2008, il a ensuite lentement décliné pour se retrouver dans une situation dont on ne peut sortir grandi. Son successeur récupérera l'institution dans un meilleur état financier mais avec une image publique désastreuse. Quel successeur, d'ailleurs ? Le plus logique serait de confier la mission à Fernand Duchaussoy, qui avait déjà pris la place d'Escalettes à la tête de la ligue de football amateur en 2005. Mais franchement, veut-on se taper un nouveau président dont le prénom est Fernand (après Sastre) ? Alors qui ? Dans les noms qui tournent, on retrouve Jean-Louis Campora, Jacques Lambert, Jean-Michel Aulas et même Pape Diouf. On n'a pas fini de rigoler.

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