Le beau jeu laid nouveau arrive

Une semaine passée en haut de l'affiche, à oublier la réalité trop crue d'un début de saison duraille. L'OL débarque à Lorient attendu comme jamais avec celui qui doit tout changer. Au fait, il va changer quoi à Lyon, Gourcuff ?

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Jean-Michel Aulas l'a répété toute cette semaine à tous ceux qu'ils croisent : l'OL vient de passer dans une nouvelle dimension. Faut croire qu'une signature de Yoann Gourcuff vous change un club. Entre le grand show organisé à Gerland mercredi devant 15 000 supporters, la création de produits dérivés au nom du nouveau leader du milieu lyonnais et la participation au tirage de la Ligue des Champions comme tête de série, on a surtout l'impression de retrouver Jean-Michel Aulas plus Colonel Parker que jamais. Au président lyonnais le rôle de forain-bateleur qui croit révolutionner le foot français à coups de flonflons et babioles, à Yoann Gourcuff celui du nouvel Elvis, bon petit gars déconcertant de professionnalisme, sourire qui fait chavirer les filles, papa-maman pas très loin et gentille mafia redneck enfin reconstituée (Lloris et Toulalan). C'est à peine si, après deux ans de (bons et loyaux) services à Bordeaux, le Colonel Parker Aulas ne promet pas Hollywood à son nouveau protégé avec cette participation à la Ligue des Champions dans la peau d'un demi-finaliste en titre. Autant qu'on s'en souvienne, cette carrière hollywoodienne n'est pas la meilleure chose qui soit arrivée au King de Memphis...


Limites à la méthode Puel ?


Trêve d'analogie fumeuse. D'autant qu'à parler nouvelle dimension, on en oublierait presque qu'il y a un match à jouer chez les Gourcuff, à Lorient. Et à ce petit jeu, l'OL s'est surtout révélé à la peine depuis le début de championnat. Bien sûr, à en croire Tola Vologe, tout devrait changer à partir de samedi. Tout a même déjà changé : Lisandro en a oublié les asados en trop qui l'empêchaient de courir sur un terrain, Bastos ne parle plus des coups de fil de Mourinho, Lloris n'est plus fumasse à la sortie de l'entraînement. Encore un peu et on apprenait qu'Ederson allait pouvoir reprendre l'entraînement la semaine prochaine.


On l'aura compris, c'est surtout du côté de la petite République des joueurs lyonnais que l'arrivée de Gourcuff remporte l'adhésion. Des semaines que Cris multipliait les sorties pour réclamer une arrivée de poids, histoire d'être rassuré quant aux ambitions lyonnaises cette saison. On a même assisté à cette scène surréaliste en début de semaine lorsque Lloris est venu secouer Puel sur le sujet à la fin d'un entraînement. Le coach lyonnais entendait surtout rester fidèle à sa ligne, celle de la saison dernière, d'un collectif capable de compenser certaines lacunes techniques par une débauche physique de tous les instants. Au risque de faire souffrir certains organismes.


Autant dire qu'avec sa flopée de titulaires sur le flanc (Ederson, Cris, Bastos, Cissokho) et son banc aux allures de Pro2 – petit nom qu'on donne à la CFA lyonnaise –, plus personne n'osait croire à la reconquête du titre et à la confirmation sur la scène européenne dans ces conditions. Comme s'il avait fallu fixer une limite à la méthode Puel et reprendre les choses là où on les avait laissées depuis le départ de Juninho, avec un type capable de faire la différence au milieu et avec un groupe qui reprend la main sur les histoires de jeu.


Gourcuff, jeune et Juni


Par son volume de jeu qui le situe toujours à 10-15 mètres du porteur du ballon et par sa technique qui peut l'amener à temporiser le jeu dans les temps faibles, Gourcuff a quelques arguments à faire valoir pour redonner un air de Juni au 4-3-3 lyonnais. De quoi permettre, entre autres, à Pjanic d'être moins écrasé par cette pression physique qui a encore trop souvent tendance à le disparaître au milieu. De quoi voir revenir surtout cette idée du « foot total » que Puel appelle de ses vœux depuis son arrivée entre Saône et Rhône, sorte de reprise du Serpent à sonnettes laissé en héritage par le père Houllier et qui ne demande qu'à reprendre du service...

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A condition de ne pas oublier une dernière exigence qu'on a perdu de vue depuis quelques temps à Lyon : la présence à la récupération d'un milieu défensif capable de tenir toute la largeur pendant 90 minutes. On veut bien que Djila Diarra, souverain dans ce domaine au plus fort de la domination lyonnaise des années 00, ait consacré Maxime Gonalons un soir d'exploit lyonnais à Bernabeu en mars dernier ( «  C'est qui ce petit Gonalons qui est rentré au milieu ? Il est bon lui. Il fait mal » ), on a surtout vu l'OL se faire secouer physiquement au milieu depuis le début de saison. Et c'était contre Monaco, Caen et Brest...


Gourcuff qui doit une bonne partie de ses coups d'éclat girondins à la présence d'Alou Diarra n'est pas à dispensé de ces contingences. Façon de dire qu'avant de le voir débuter à Lorient ou ailleurs, il va falloir s'en remettre encore pour quelques temps à ce jeu bas du front, à cette possession de balle qui tourne à vide, à ces attaques construites à l'arrache. Bref, à tout ce qui fait le jeu lyonnais depuis la reprise, un 4-3-3 bourré de bonnes intentions, mais encore en délicatesse lorsqu'il s'agit de passer à la réalisation.


Face aux folles attentes et à l'excitation provoquées par l'arrivée de Gourcuff, c'est dans la capacité des Gones à accepter de tâtonner pour quelques matchs encore que se situe l'enjeu de ce déplacement au Moustoir. Une sorte d'entredeux où devraient se mêler l'exigence d'un résultat à tout prix, quitte à sacrifier certaines aspirations d'ordre esthétique, et les prémices d'un retour de flamme d'une certaine idée du 4-3-3 à la lyonnaise annoncé pendant toute l'avant-saison. Avec pour adversaires des Merlus qui n'attendent qu'une occasion pour remettre la main sur leur titre de belle machine à jouer de L1, on devrait vite être fixés sur le goût qu'aura ce beau jeu laid nouveau côté lyonnais.


Serge Rezzza

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