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« Le Bayern, moins mature qu'en 2001 »

À quelques heures du huitième de finale retour entre la Fiorentina et le Bayern Munich, Bixente Lizarazu a répondu au téléphone. Le latéral gauche du titre de 2001 voit les Bavarois passer ce tour mais s'interroge sur leur potentiel par rapport aux grands d'Europe. Il place également son avis sur le match historique que devra sortir Lyon face à Madrid et dit sa confiance en son club de jeunesse, Bordeaux.

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Le Bayern peut-il rééditer l'exploit de 2001 ?


J'espère bien. En ce moment, le Bayern est dans une bonne phase. J'étais un peu inquiet en début de saison parce que ça n'allait pas. Le message de Van Gaal ne passait vraiment pas, l'équipe ne tournait pas, n'était pas équilibrée. Là, ils ont enchainé une série de résultats très positifs et Robben et Ribéry reviennent en forme. Le Bayern a besoin de ces deux joueurs, qui dynamisent le jeu de l'équipe. Aujourd'hui, l'équipe tient la route. Maintenant, je continue à penser que le Barça, Chelsea et le Real sont un peu intouchables. Sur une double confrontation, on sait que tout est possible, mais sur le plan du potentiel, le Bayern est en dessous. Par contre, ce n'est plus le même Bayern que face à Bordeaux, où ils ont été très faibles. Ils ne sont pas évidents à choper en ce moment.


Ils en sont à quatre mois sans défaite. Contre la Fiorentina, un nul leur suffit, ça devrait être tranquille, non ?


Tranquille, je ne dirais pas ça. Il y a ce hors-jeu qui a déclenché un sentiment d'injustice chez la Fiorentina, qui sera vachement remontée. Mais le Bayern a du sang-froid et devrait savoir gérer ce genre de situation. Il devrait se qualifier, logiquement, mais ça ne sera pas si simple que ça.



Est-ce que la présence ou non de Ribéry sera décisive ?


A mon sens, pour réaliser un gros coup en Champion's League, le Bayern a besoin d'un Ribéry et d'un Robben en très grande forme. Ce sont deux joueurs majeurs de l'équipe. Ne pas avoir Franck, s'il est blessé, serait donc un handicap. Ils ont d'autres joueurs, ils peuvent s'en sortir, mais s'ils veulent rééditer l'exploit de 2001, ils ne peuvent pas se passer d'un Robben et d'un Ribéry en pleine possession de leurs moyens. La Fiorentina est largement à la portée du Bayern, ensuite il n'y aura plus que des grosses équipes.

Qu'est-ce qui a changé au Bayern depuis votre départ ?


Je pense que c'est la concurrence, qui a changé, elle a plus de moyens. A mon époque, le Bayern pouvait plus ou moins rivaliser avec les autres équipes en termes de transferts. Puis c'est vrai qu'on avait un très grand entraineur, Ottmar Hitzfeld, sur la continuité, ce qui est très important. Van Gaal vient d'arriver. Nous, on avait cette stabilité, avec des joueurs très expérimentés ayant l'habitude de jouer ensemble. Quand on a gagné en 2001, c'était une équipe très mature, qui avait son rythme de croisière et des joueurs avec beaucoup de tempérament comme Kahn, Effenberg ou Jens Jeremies.

L'équipe est moins mature maintenant ?


Oui, je pense, et il y a un gros décalage dans les moyens financiers avec la concurrence anglaise et espagnole. C'est un des handicaps du Bayern. Le problème, c'est que ces pays-là ont des avantages fiscaux et des règles fiscales un peu spéciales (rires). Ils peuvent acheter sans avoir l'argent, en s'endettant beaucoup, ce qui n'est pas la politique du Bayern. Ce sont des règles qu'il faudrait changer car, quand il y aura ce rééquilibrage, le Bayern pourra se retrouver dans le Top 5 européen. Parce que c'est un club très bien géré, avec une vraie culture et un vrai palmarès.

Passons à Madrid-Lyon. L'OL est en forme en ce moment, même si le dernier match n'était pas terrible, mais le Real vient de livrer un match époustouflant contre Séville. Malgré le score à l'aller (1-0), l'avantage est plutôt pour Madrid ?


Oui, je pense. Disons que, si Lyon veut passer ce cap-là, il faut non seulement qu'ils fassent un match meilleur qu'à l'aller, mais il faut que ce soit carrément historique. Lyon a réalisé un grand match à l'aller, ils sont tombés sur une équipe du Real qui correspond à leur style de jeu. C'est à dire que le Real avait la maitrise du ballon alors que Lyon est un bloc-équipe très solide, avec la capacité de faire déjouer un adversaire censé être plus fort, censé avoir le ballon. C'est d'ailleurs pour ça que Lyon a des difficultés en championnat, quand il s'agit d'avoir le ballon. Ils n'aiment pas parce qu'ils n'ont pas les qualités pour ça. Au match-aller, cette tactique-là a très bien marché et, en plus, ils ont su être dangereux offensivement. Le bémol, c'est que le Real est passé totalement à côté de son match par rapport à son niveau de jeu actuel.


Qu'est-ce qu'ils ont fait de travers ?


Offensivement, ils ont fait n'importe quoi. Ils ont fait tous les appels dans l'axe, sans aucune largeur dans leur jeu. Je pense qu'ils vont le corriger et on devrait avoir un tout autre Real. J'ai du mal à imaginer que cette équipe-là se fasse éliminer pour la sixième fois consécutive en huitièmes de finale de la Ligue des Champions sans réagir. Donc je pense qu'ils sont extrêmement remontés. Ceci étant dit, le jeu de Lyon est basé sur la défense, ce qui correspondra au match, puisque le Real va attaquer. Le seul truc, c'est qu'il y aura encore plus de pression. Il faut qu'ils acceptent cette pression mais ne la subissent pas trop. Qu'ils soient capables de créer le doute dans la tête des Madrilènes. Le public de Santiago Bernabeu est très chaud mais peut être versatile. S'ils les font douter dans les vingt premières minutes et que le public se met à siffler son équipe, ça peut être intéressant pour Lyon. Il ne faut pas qu'ils laissent le public, et le Real, s'enflammer. Une équipe comme le Real, avec tous les atouts offensifs qu'ils ont, n'est pas évidente à contrer. Je me suis déjà retrouvé dans cette situation avec le Bayern. C'était l'époque de Figo, tout ça. Nous on avait une équipe de guerriers donc ça nous allait très bien. Ce sont de sacrés combats, ça attaque dans tous les sens, il faut être très solide. Et en même temps, ce qui soulage une défense, c'est quand ça fait mal offensivement. Sur les petites contre-attaques qu'ils auront à jouer, il faudra qu'ils fassent mal. Ils ont été très bons à l'aller, il faut qu'ils soient encore meilleurs au retour. Il y a des matchs historiques dans l'Histoire d'un club, il faut que ce soit ce type de matchs-là. En ce moment, ils sont très solides défensivement. Cris-Boumsong, ça va très bien, Lloris est un très bon gardien. Mais il faudra que Lisandro, Govou et compagnie mettent le feu dès qu'ils auront une occasion. C'est toute la difficulté : défendre, mais ne pas trop subir. S'ils défendent trop bas avec Kaká, Higuain, Ronaldo, ça risque de passer.



Vous êtes d'accord pour dire que Bordeaux est la meilleure chance française en Ligue des Champions depuis Monaco 2004 ?


Oui. Potentiellement oui. Bordeaux est une belle équipe, à mon sens beaucoup plus solide que Lyon. En tout cas, elle a plus de cartes en main, que ce soit défensivement ou dans la capacité à créer du jeu, quel que soit l'adversaire. Ce que Lyon n'est pas capable de faire. Lyon a un profil assez stéréotypé basé sur la défense et le bloc-équipe, ce qui est contraignant quand il faut faire le jeu. Bordeaux, évidemment je les vois passer ce tour-là, mais après il y a un coup à faire. J'espère qu'ils seront au moins capables d'atteindre une demi-finale. Après, s'ils sont en quarts, ça dépendra de contre qui ils jouent. Je continue à dire que lorsque tu t'appelles le Barça, Chelsea, le Real ou Manchester, tu vis un peu sur une autre planète. Mais Bordeaux est très bien armé et a fait un gros parcours en Champion's League. Ça va vraiment m'intéresser de savoir jusqu'où ils pourront aller.

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