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Le Barça, ce délinquant armé d'Estelades

Mis à l'amende par l'UEFA pour ne pas avoir interdit le déploiement de milliers de drapeaux indépendantistes à Berlin, le FC Barcelone ne souhaite pas calmer le jeu. Avec une nouvelle démonstration de force prévue ce mercredi, il s'attaque même de plein fouet à cette attaque « contre la liberté d'expression » .

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Rarement l'aficion barcelonaise ne s'est faite autant sentir. Réputée capricieuse et pourrie gâtée, elle met à l'amende les tifosi italiens quatre-vingt-dix minutes durant. Un succès des tribunes qui s'accompagne d'un sacre en Ligue des champions, le quatrième pour le fanion blaugrana. De cette soirée berlinoise historique, les Catalans n'en gardent pourtant pas que de bons souvenirs. La faute à un règlement de l'UEFA intransigeant ou, plutôt, à une application sans tact de ce dernier. De fait, quelques semaines après ce sacre européen, la commission de contrôle, d'éthique et de discipline de l'organisme basé à Nyon dégaine son article 16,2. En substance, il réprime « l'usage de gestes, de mots, d'objectifs ou de n'importe quel autre élément qui transmet un message qui n'a pas sa place dans une enceinte sportive, surtout les messages d'ordre politique, idéologique ou religieux » . La sanction - une amende de 30 000 euros infligée au club - punit la présence massive d'Estelades dans les gradins réservés aux Culés. Une situation, répétée lors de la réception du Bayer Leverkusen, qui se reproduira de nouveau face au Bate Borisov.

Quand l'UEFA n'accepte pas la démocratie…


Loin du furieux et caractériel Joan Laporta, Josep Bartomeu préfère le calme et la sérénité. Jamais avec un mot plus haut que l'autre, il n'élève que rarement la voix en public. Un trait de caractère dont il a fait fi lors de la dernière assemblée générale des socios blaugrana. « L'UEFA s'est mis dans un beau bourbier, entame le président blaugrana dès sa prise de parole. L'Estelada est un symbole qui ne promeut en rien la violence, il n'est pas interdit et représente un sentiment identitaire légitime des Barcelonais et des Catalans. » Des paroles aux actes, il permet l'installation, lors de la réception d'Eibar, de trois pancartes dans le rond central. Sur chacune d'entre elles, le même message univoque : « Liberté d'expression ! » Cette prise de position peut d'ailleurs surprendre : apolitique dans ses discours ou lors de sa campagne présidentielle, Josep Bartomeu se veut en bon chef d'entreprise plutôt qu'en meneur politique. En soi, le contraire de son rival Joan Laporta qui, lors de son mandat, avait interdit le drapeau espagnol à la Masia ou encore fait du catalan la seule langue officielle du club.

Élu par une certaine idée du suffrage universel, Josep Bartomeu demeure, de fait, soumis aux aléas de l'opinion publique. Le Camp Nou, cœur et poumon du Barcelonismo, préfère ainsi se mettre en évidence par ses prises de position plus que par une ambiance électrique. Des caractéristiques qui se retrouvent dans la fameuse tirade de Sir Bobby Robson, en poste sous la guérite azulgrana de 1996 à 97 : « Il faut bien comprendre que Barcelone est une nation sans État, que le Barça est son armée. » Plus que le blason officiel du club, les Estelades sont donc les étendards d'une partie des aficionados blaugrana. Ce drapeau, surtout brandi par les nationalistes et indépendantistes, trouve racine en 1908. Alors en exil à la Havane, Vicenç Albert Ballester, leader des souverainistes, s'inspire du design du drapeau cubain pour en faire celui de la République catalane. La guerre civile remportée par les Phalangistes, Franco l'interdit durant tout son règne et en fait un symbole de la résistance locale. Si bien qu'aujourd'hui, avec la situation politique bancale que connaît la région, l'Estelada prend le pas sur la Senyera, drapeau officiel de la Catalogne.

Une récupération politique de ceux qui disent la combattre


Les prémices de la transition démocratique rendent aux Espagnols de nombreuses libertés. De même, ils dépénalisent les propriétaires d'Estelades et autorisent leur présence dans n'importe quel lieu. Le Camp Nou, propriété du FCB, peut ainsi héberger autant de drapeaux indépendantistes qu'il souhaite. Ce qui s'apprête à être le cas ce mercredi soir pour la réception du Bate Borisov. Car en réponse aux sanctions de l'UEFA, quatre institutions catalanes prévoient de faire entrer 30 000 étendards dans l'enceinte blaugrana. « C'est un symbole démocratique, rappelle au Pais Jordi Sánchez, président de l'Assemblée nationale de Catalogne. Nous ne rentrons pas dans un débat indépendantiste. Nous essayons seulement de garantir le droit à la liberté d'expression des citoyens. » Cette action coup de poing, initiée par des organismes extérieurs au club, rencontre forcément quelques détracteurs. Premier à dégainer, le ministre des Sports, Méndez de Vigo, espère que « le Camp Nou ne soit pas le théâtre d'une lutte politique » . Un espoir vain, puisqu'UEFA et gouvernement espagnol sont les premiers à se plaindre d'un drapeau qui a toute sa place dans la vie démocratique.


Par Robin Delorme, en Espagne
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