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Le 2 juin 1962, la « Bataille de Santiago »

Il y a très exactement 53 ans, Chiliens et Italiens s'affrontaient pour ce qui restera sans aucun doute comme la joute la plus violente de l'histoire de la Coupe du monde. Une affaire de séisme, d'œillets et de crochet du gauche capable de faire passer le Portugal/Pays-Bas de 2006 pour une partie de plaisir. Récit d'une rencontre à la sauce patriotique.

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« J'étais seul contre vingt-deux joueurs. La partie était incontrôlable. Je n'arbitrais pas un match de football, j'étais lâché en pleines manœuvres militaires. » Dans le tunnel de l'Estadio Nacional de Chile, Ken Aston n'en revient pas. Ancien de la British Army pendant la Seconde Guerre mondiale, l'Anglais pensait en avoir fini avec les combats sanguinaires en se reconvertissant dans l'arbitrage international au début des années 50. Sauf qu'Aston est désigné par la FIFA pour arbitrer le Chili-Italie du 2 juin 1962. En y assignant l'homme en noir le plus autoritaire et pragmatique de l'époque - qui inventa par la suite le système de cartons que l'on connaît aujourd'hui - l'association internationale espère ainsi limiter les dégâts d'un match annoncé comme barbare. La partie tiendra malheureusement toutes ses promesses et restera dans les annales de la Coupe du monde comme la « Bataille de Santiago » .

« Le Chili est un pays corrompu, affligé de tous les maux. »


Tout commence en mai 1960. Le Chili, alors en course pour accueillir le Mondial 62, subit un terrifiant séisme, causant la mort de plusieurs milliers de personnes et la destruction d'autant de bâtiments. La petite nation dirigée par Jorge Alessandri semble anéantie, au bord du gouffre. L'Argentine, qui souhaite également organiser l'évènement, s'en frotte les mains. Pourtant, il s'agit bien du Chili et de son territoire longiligne qui recueillent le plus de votes de la FIFA, quelques mois plus tard, notamment grâce au discours très poignant de Carlos Dittborn, président de la Fédération chilienne : « C'est justement parce que nous n'avons rien que nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour tout reconstruire. » Symboliquement, Dittborn meurt d'une crise cardiaque pendant la compétition qu'il permet à son pays d'organiser.

Ce décès donne une motivation supplémentaire au peuple chilien, désormais regardé avec empathie par tous. Tous, sauf deux journalistes italiens, bien décidés à remettre ce pays à sa place, peu avant le match face à la Squadra Azzurra. Antonio Ghirelli, d'abord, qui dénigre la gente féminine de la capitale Santiago, la jugeant indécente et immorale. Son compatriote, Corrado Pizzinelli, ensuite, qui va même plus loin : « Le Chili est un pays corrompu, affligé de tous les maux : malnutrition, analphabétisme, prostitution ouverte et misère générale. » La presse locale reprend ces écrits en masse, à tel point que les deux rédacteurs se voient obligés de quitter l'Amérique latine pour rentrer sur le Vieux Continent. La joute qui se tiendra une poignée de jours après ce scandale dynamitera les relations entre les deux camps. Portée par tout un peuple vexé, la Roja se tient prête à riposter sur le terrain.

« L'un des plus beaux crochets du gauche que j'ai vu de ma vie. »


Jour de match à Santiago. Quelque 66 000 supporters garnissent les tribunes de l'enceinte nationale pour voir la troisième rencontre du groupe B, composé du Chili, de l'Italie, de la Suisse et enfin de l'Allemagne. Avant le coup d'envoi, la rumeur raconte que les protégés du sélectionneur Giovanni Ferrari tentent d'offrir des œillets à leurs adversaires, la fleur qui incarne l'amour, afin de détendre l'atmosphère. En vain, puisque le clan chilien aurait refusé fermement. Sifflet en bouche, Ken Aston lance les hostilités. Il ne faut que quelques secondes pour réaliser les intentions chiliennes. D'entrée, les hommes de Fernando Riera - ancien attaquant du Stade de Reims, époque Raymond Kopa - brusquent violement les Italiens. Le premier tacle assassin intervient au bout de douze secondes, seulement. La « grinta » , l'état d'esprit propre aux sélections sud-américaines, galvanise un peu trop les Chiliens, qui ne se battent plus simplement pour se hisser en quarts de finale, mais surtout pour faire ravaler l'orgueil exaspérant dont certains Italiens ont fait preuve. La rencontre passe peu à peu dans une dimension presque surnaturelle, où les 22 acteurs multiplient les mauvais gestes, en lâchant de discrets crachats, par exemple.

Sur le pré, le tournant se produit à la huitième minute de jeu. Honorino Landa envoie par derrière un coup au milieu italien Giorgio Ferrini. Ce dernier décide de se venger tout seul, comme un grand garçon. La suite est une succession de grand n'importe quoi. Ken Aston ne choisit d'expulser que Ferrini. Une décision qui a le don de surexciter le principal intéressé, qui refuse de sortir du terrain. Dix minutes plus tard, après un chaos général, des officiels de la FIFA accompagnés de policiers armés parviennent enfin à faire sortir le joueur, toujours à bout de nerfs. Après cet arrêt, le jeu reprend. Avec son lot de tacles à la gorge, forcément. Le stade se mue désormais en aire hostile. Plusieurs fois, des spectateurs fous de rage entrent sur la pelouse. L'arbitre, lui, est chahuté par les deux équipes. Craignant de terribles débordements, Aston ne siffle que très rarement contre le Chili, même lorsque Sánchez colle son poing sur le visage de Mario David ( « L'un des plus beaux crochets du gauche que j'ai vu de ma vie » selon David Coleman, qui commentait le match pour la BBC). Mario David, lui aussi, se mue en justicier solitaire et décide plus tard de répliquer en se jetant, crampons en avant, sur la nuque d'un joueur chilien. L'Italien est exclu pour ce geste à la 41e minute, laissant son équipe se battre à neuf contre onze. En supériorité numérique, le Chili marque deux fois en fin de rencontre, par Ramírez (73e) suivi de Toro (87e). Quasiment dans la foulée, Ken Aston s'empresse de siffler la fin du match, sans une seule minute de temps additionnel.

Tandis que l'homme en noir regagne les vestiaires sous escorte policière, la presse italienne parle déjà d'un « arbitrage honteux. » Cette rencontre restera ainsi à jamais dans les mémoires collectives comme la « Bataille de Santiago » , qui demeure par ailleurs la première utilisation d'images télévisées par la FIFA pour infliger des sanctions a posteriori. Mais c'est encore David Coleman qui résume le mieux cette joute, dans sa présentation en différé de la partie sur la BBC : « Le match que vous allez regarder est la plus stupide, la plus effroyable, la plus répugnante et la plus honteuse démonstration de football qui puisse exister. »


Le combat en intégralité...
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Par Eddy Serres
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