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Le 11 septembre 2001 : un jour de foot

11 septembre 2001, le monde a les yeux braqués vers New-York. Le monde entier ou presque. Dans le même temps, Troyes et Nantes sont engagés en Coupe d'Europe. Retour avec les principaux intéressés sur une drôle de journée, qui marquait l'entrée dans le XXIe siècle et posait plus que jamais la question de l'importance à accorder au football en temps de catastrophe.

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« La comparaison est peut-être difficile à faire, mais footballistiquement, ce match était notre 11 septembre. » La déclaration, maladroite, est l'œuvre de Morten Olsen, le sélectionneur du Danemark, en référence à la défaite subie face à l'Arménie (4-0) lors des qualifications pour la Coupe du monde. Humiliés à domicile, les Scandinaves font naufrage en ce mardi 11 juin 2013 ; et le souvenir reste douloureux pour le grisonnant sélectionneur, qui n'a pas oublié cette terrible fessée. « Je suis désolé si ma comparaison a eu comme dommage collatéral de blesser quelques personnes » , s'est-il empressé de s'excuser lundi sur Twitter à la suite du tollé général provoqué par sa sortie. Il faut dire que le 11 septembre 2001 reste dans toutes les mémoires et l'associer à une défaite contre les Arméniens, aussi triste soit-elle sur le plan sportif, interroge forcément sur le rapport qu'entretiennent le football et la réalité.

Cocon footballistique

Le 11 septembre 2001, Pierre-Yves André s'en souvient bien. Ce soir-là, son équipe du FC Nantes est opposée à la Beaujoire au PSV Eindhoven de Johann Vogel et Mateja Kežman, en phase de poules de la Ligue des champions. Les Nantais s'imposent 4-1 lors d'une soirée hors du temps, où l'ambiance en tribune est à la modération malgré la belle victoire sur la pelouse. « Bien sûr que je m'en souviens, je l'ai revu il y a pas longtemps. Je marque le premier but sur une jolie passe en profondeur côté gauche d'Olivier Quint ; je suis face à face avec le gardien et ma frappe lui passe entre les jambes. » Le premier passeur, Wilfried Dalmat, et Marama Vahirua donneront ce soir-là plus d'ampleur à la correction. Pourtant, rien ne prédisposait les Nantais à joueur leur meilleur football, au terme d'une journée riche en interrogations. « Ce jour-là, on était au vert à l'hôtel, et on a appris la nouvelle à la télé. Nous étions tous très choqués par les images, on s'était posé la question de savoir si on allait jouer, mais la décision ne nous appartenait pas. À partir du moment où rien n'a été fait dans ce sens, on s'est montrés professionnels. Plus le moment du match approchait, plus nous étions pris par l'enjeu. Ce match, cela faisait plusieurs jours que nous étions baignés dedans, et sans faire offense aux gens qui ont perdu la vie, c'est vrai que nous étions en quelque sorte dans un cocon. Nous étions préparés pour jouer ce match et on a donc fait la part des choses » , explique le désormais retraité, avant de conclure de sa voix posée : « C'est sûr que quand on n'est pas touchés personnellement, on a plus de détachement. »

Youtube

« Quand j'ai vu les tours aux infos, c'était surréaliste, franchement je n'y croyais pas du tout. J'étais comme monsieur tout le monde, cela ne me semblait pas réel. Je m'en souviens bien, c'était juste entre la sieste et la collation, on s'est retrouvés à cinq ou six joueurs dans une chambre, à se demander si le match allait être rejoué » , se remémore Gharib Amzine. L'ancien milieu troyen a lui aussi foulé la pelouse le jour fatidique ; un magnifique Troyes-Ruzomberok, brillament remporté 6-1 par l'ESTAC. Sur le terrain, c'est la démonstration face à des Slovaques dépassés, avec un triplé de Boutal, un doublé de Loko et une merveille de Meniri. « Sincèrement, nous étions tous très attristés, mais une fois plongés dans le match, on ne pense plus à rien, sauf au ballon. Peu d'éléments extérieurs peuvent nous perturber. Le fait de jouer peut être pris comme une échappatoire. En revanche, à la fin du match, c'est vrai qu'on a relativisé malgré la victoire. » Quant à savoir si le match aurait dû être repoussé, le Marocain avance un avis tranché : « Je pense que oui, car c'est une tragédie. Cela ne change rien qu'on remette le match à un autre jour. Par solidarité, je pense que l'on ne devrait pas jouer dans ces cas-là, même si concrètement ça ne change rien, car on n'est pas sur place et directement concernés. Après, ce sont les instances dirigeantes qui décident. » Son homologue nantais confirme : « À mon avis oui, on aurait dû repousser. Je fais souvent le parallèle avec Bastia, où un collectif demande à ce qu'aucun match ne soit joué le 5 mai suite au drame de Furiani. Après, il y a tellement d'enjeux économiques liés à une journée de Ligue des champions que c'est une décision difficile à prendre, même en cas de drame. »

Confrontées à un choix délicat, les instances dirigeantes ont pris ce jour-là la décision de ne pas reporter les matchs prévus dans la soirée. En milieu d'après-midi, le directeur général de l'UEFA Gerhard Aigner annonce ainsi dans un communiqué : « L'UEFA souhaite exprimer sa profonde tristesse et sa stupéfaction vis-à-vis des tragiques et terribles évènements qui ont eu lieu aujourd'hui aux États-Unis. Nos pensées et nos cœurs vont à toutes les victimes de ces terrifiantes attaques et nous adressons notre compassion la plus sincère à leurs familles et leurs amis. Les matchs de la journée se dérouleront comme prévu, mais une minute de silence sera observée suite à ces évènements. » En revanche, les matchs programmés le lendemain seront tous repoussés, sans exception : « L'ampleur de cette tragédie, la douleur et la tristesse dans laquelle elle nous plonge, nous force à réfléchir. L'UEFA souhaite respecter la souffrance ressentie par les familles qui ont perdu un proche en repoussant les matchs prévus cette semaine. » La requête plutôt déplacée du PSV Eindhoven, qui demandera par la suite à rejouer la rencontre, arguant que le contexte du match aurait contribuer à déstabiliser ses joueurs, sera, elle, rejetée, les deux équipes « ayant évolué dans les mêmes conditions » .

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Faut-il parler du football en temps de catastrophe ?

Le lendemain matin, alors que la planète entière est en émoi, on ne trouve pas un signe ou une référence à la catastrophe dans la presse sportive. L'équipe titre « Nantes du bon pied » le 12 septembre, occultant totalement la tragédie de la veille, avant, sous le feu des critiques, de se « rattraper » le lendemain avec sa célèbre Une. « Le temps du recueillement » . Cet exemple tragique montre bien à quel point l'actualité du sport peut être déconnectée de ce qui se passe dans le monde. Un écueil dans lequel ne sont pas tombés à l'époque Les Cahiers du Football : le magazine interrompt alors ses publications pendant quelques jours, « la rédaction ayant égaré son envie de parler de football et d'eau fraîche » . Une décision justifiée en ces termes : « ... La violence physique et symbolique inouïe des attentats aux États-Unis crée brièvement les conditions d'une prise de conscience de ce rapport très particulier entre la misère du monde et nos sentiments pour le football, dont le caractère totalement dérisoire apparaît aujourd'hui en toute évidence. Ceux qui ont apprécié au cours de cette semaine de pouvoir s'extraire pour quelques heures de ce cauchemar en regardant un match en auront peut-être une idée. Les autres qui en auront perdu l'envie savent que la vie continuera et que l'envie reviendra, même si ce ne sera plus exactement dans le même monde. »



Aujourd'hui, comme en 2001, se pose plus que jamais la question de la place et de l'importance du football dans l'actualité. Celle ci, hypertrophiée, dépasse la seule occurrence des guerres, attentats ou autres catastrophes et ne concerne pas seulement la presse spécialisée. Ian Plenderleith est chroniqueur à When Saturday Comes, l'un des magazines de football les plus réputés d'Angleterre. Dans une tribune très remarquée, publiée en 2011 au moment de l'accident nucléaire de Fukushima, ce grand passionné estime alors que « le football ne devrait pas supplanter les vraies tragédies » . Avant de pousser un coup de gueule envers la hiérarchie de l'information des journaux anglais, selon lui distordue : « Autrefois, le sport connaissait sa place dans le cycle de l'information. Il était fermement condamné aux dernières pages, sauf en cas de résultat exceptionnel. Vous saviez que quelque chose d'extraordinaire s'était produit quand l'info sportive dominait ou même si elle se glissait en une. Maintenant, sur les journaux papier et surtout sur internet, on nous demande d'accepter que la couverture live d'un tour de Coupe d'Angleterre entre Manchester United et Arsenal mérite une place aux côtés du tsunami meurtrier au Japon et des explosions qui s'en sont suivies dans une centrale nucléaire. [...] La raison en est simple, ces publications sont très populaires auprès des lecteurs. Mais juxtaposer un article sur une tragédie de grande ampleur avec un simple évènement sportif adresse un message pervers comme quoi les deux sont aussi importants. [...] Je lis souvent et apprécie le commentaire live d'un match, mais pourquoi ne pas mettre un simple bandeau Sport ou Football au sommet de la page pour m'y amener ? [...] Cela enlèverait cette perception comme quoi nous devons traiter la guerre, les tremblements de terre, les révolutions et les catastrophes environnementales avec la même attention que les récents sauts de forme de deux des meilleures équipes anglaises. »

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Bill Shankly, l'ancien entraîneur de Liverpool, a un jour eu à la télévision ces mots légendaires, et probablement légèrement ironiques : « Le football n'est pas une question de vie ou de mort, c'est quelque chose de bien plus important que cela. » Une saillie plus profonde qu'il n'y paraît et qui rappelle que l'information sportive se doit d'être relayée pour les passionnés quelles que soient les circonstances. Le problème, poursuit Ian Plenderleith, c'est qu'à « lire les sites des principaux journaux britanniques, on peut se demander combien de rédacteurs ont encadrée cette phrase au-dessus de leurs bureaux, les poussant à l'appliquer au pied de la lettre quotidiennement » . Il y a des jours comme ça où on se dit que le football est aussi dérisoire qu'un but de Wilfried Dalmat en Ligue des champions. Et où le monde du ballon rond devrait se rappeler qu'il n'est pas aussi rond que la terre entière.

Par Christophe Gleizes
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Oh nan même sofoot nous rabâche avec ça...
Note : 3
Ce jour là, la Roma perdait 1-2 contre le grand Real Madrid avec une énorme minute d’applaudissement du Stadio Olimpico

Totti-Montella-Batistuta une autre époque...
en fait, Mardi, c'était surtout le 10 Septembre...
Bon article !
Il est vrai que lors de ces tragédies, la place du foot et plus généralement est à revoir...
Sochaux Stern des Ostens Niveau : Ligue 1
Moi j'en ai marre du côté sensationnaliste de plus en plus pondérant sur le site internet de Sofoot, je me pose la question de continuer à lire ou non les articles.
Un peu comme Desproges, il clair qu'on peut légitimement se questionner sur le fait que l'Islam soit tombée en désuétude depuis le 11 Septembre 2001
DoucementAvecLaCristaline Niveau : National
Sochaux SK Pauli

J'attend ton "merci Sofoot c'est pour ça qu'on vous aime" lors du prochain article sur le derby de Téhéran ou TOP 100.
Pascal Pierre Niveau : Loisir
le 11 septembre n'a jamais existé.

le Fc Nantes en ligue des champions non plus.

Arrêtez de mentir So Foot !!
Désolé, je vois pas où est le souci, des catastrophes il y en a tout les jours, des gens qui meurent, sauf qu'il y en a sous le feu des projecteurs et d'autres non.

Donc pas d'hypocrisie, svp.
Note : -2
C'est parti, j'attends avec impatience les complotistes qui vont nous dire que tout ça n'était qu'une grosse fumisterie !

Ca fait toujours quelque chose de voir cette date écrite, on peut dire ce qu'on veut, quand on voit le 11 septembre écrit pour un concert, une pièce de théatre, un arrêté de stationnement, un rdv chez le véto ou le dentiste on ne peut pas s'empêcher d'y repenser, de se rappeler quand, ou et comment on a vécu le truc, je m'en souviens comme si c'était hier
Note : 1
Je me rappelle bien de cette soirée de football.
Et c'est vrai que j'avais été marqué par le site de l'Equipe qui faisait à peine référence aux attentats le soir même. Ils s'étaient d'ailleurs fait pourrir par le Canard et Charlie à l'époque.
Alalala... hâte de revoir ce FC Nantes !
C'est sûr que c'est dramatique, mais la vie est faite ainsi, l'Homme est fou et construit (ou détruit) un monde à son image.
Le 11/09 marque l'avènement de l'ère internet et de l'info "pop-up" sensationaliste, mais ce n'est pas pour cela que l'on va arrêter le monde chaque 11/09. sinon on fait pareil pour les grandes guerres, la shoah, le génocide rwandais, armenien, la Bosnie, le Cambodge, les Indiens d'Amérique, les Incas...Et on ne fait plus rien toute l'année..
Après avant de me faire lyncher, je ne dis pas qu'il faut oublier tout cela, mais bien que le monde doit continue d'avancer

Sinon d'accord que ces articles ne servent à rien sur So Foot!! Je ne vais pas sur le nouvelobs.fr ou courrier international pour lire les résultats sportifs!

Mais le pire, c'est que je me souviens avoir vu Troyes-Ruzemberok...Loko-Boutal, putain* ça me rajeuni pas!
Le 11 septembre 2002, je me faisais les croisés en shootant dans un ballon, qui a roulé sur 10 mètres. L'une de mes deux tours était tombée.
Le 11 septembre 2002, je me faisais les croisés en shootant dans un ballon, qui a roulé sur 10 mètres. L'une de mes deux tours était tombée.
Message posté par Telex
C'est parti, j'attends avec impatience les complotistes qui vont nous dire que tout ça n'était qu'une grosse fumisterie !



C'est clair. En lisant les commentaires de l'article sur Morten Olsen et le 11/9, j'ai cru que c'était Réseau Voltaire. Et le pire c'est les débiles qui mettent des +1.
Le 11 septembre 2002, je me faisais les croisés en shootant dans un ballon, qui a roulé sur 10 mètres. L'une de mes deux tours était tombée.
J'ai un epu survolé l'article, mais overdose du 11 septembre... Ca va, des attentats y en a non stop sur terre, mais dès que ça touche un cheveux des Américains (bien connu, un pays qui passe pas son temps à buter des civils sur les 3/4 du globe), on est obligé d'en bouffer à n'en plus finir.
Comme à Boston, 3 morts américains et dans le même jours des centaines en Irak, et on se mange des live inutiles aux news, etc.
Et t'as les joueurs "on a hésité à jouer, blabla", on a quand même atteint des sommets dans l'indécence.

Je me souviens encore du Monde qui titrait le lendemain du 11/09 "Nous sommes tous Américains". Bin nan les cocos...

Bref, du coup à force de matraquage j'en ai vraiment ras-le-bol des articles/émissions rétros, témoignages, etc etc.
Marre de placer cet attentat au sommet du sacré de l'horreur.
Plasil Power Niveau : CFA
Aussi tragique fussent ces évènements du 11 septembre, je ne vois pas pourquoi les ligues européennes (l'UEFA en l’occurrence ce soir là) devrait annuler le match pour un drame qui se passe sur un autre continent? Quand un tremblement de terre fait 15 à 20 000 morts en Turquie, en Chine, au Japon, est-ce que les matchs de MLS sont suspendus?
J'aurai trouvé ça normal que l'UEFA annule les matchs si le drame avait eu lieu en Europe mais là, je vois pas le rapport.
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