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Lass, l’insoumis

L’été n’est pas sa saison préférée. Encore une fois, Lassana Diarra veut partir. Encore une fois, José Mourinho le retient. La polyvalence du milieu français est son atout, mais c’est aussi sa croix. Mise au point.

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Valdebebas, mars 2012. Lass déboule dans le bureau de Mourinho. La porte est entrouverte: « Traître ! Tu as tout fait pour que je ne parte pas cet été (en 2011, ndrl) en me promettant qu’avec toi, je jouerais tout le temps, il suffit que Granero te dise qu’il veut partir pour que tu le fasses jouer. La vérité, c’est que tu as trop peur que quelqu’un s’en aille et triomphe ailleurs. Oublie-moi ! Fais ta vie et moi je fais la mienne ! Je te l’ai dit mille fois ! J’en ai marre, je ne reparlerai plus ! » . Il en faut pour dire le fond de sa pensée à Mourinho.

Mais il y a chez Lassana Diarra ce quelque chose d’inconscient dont sont faits les insoumis. Quelques jours plus tard, le milieu bellevillois est titulaire contre Malaga après plus d’un mois sans jouer. Depuis son arrivée au club en décembre 2008, Diarra n’est pas indispensable, mais il est incontournable. Si Lass part, tout change. Le Real entre en révolution et doit recruter à la fois un milieu et un arrière-droit. C’est donc lui qui tient l’intersaison madrilène et il le sait.

Des mailles à partir

Prisonnier de cette double fonction, le milieu français refuse donc de prolonger son contrat avec le club en janvier. Là où tous les joueurs du monde rêvent de finir leur vie, Lass se sent à l’étroit. Les trophées, les victoires et les records, ne sont pas les siens. Mais Diarra est un homme pétri de loyauté. Déjà en 2010, il veut partir et scelle alors un pacte moral avec Jorge Valdano, ex-Premier ministre de Perez. Il ne s’agitera pas avant l’été. En échange, le club s’engage à lui trouver une bonne sortie les beaux jours venus. Mais Mourinho prend le pouvoir en mai, l’élégant Argentin quitte le gouvernement et les promesses sont oubliées. Mourinho est le chef de tout. Personne n’entre, personne ne sort : le Real c’est lui, et Lass c’est sa créature. C’est lui qui l’a initié au couloir droit à Chelsea. Pas question de se priver de sa fonction multitâches.

Mais Lassana Diarra avait un pacte et refuse de partir en tournée aux USA à l’été. Coincé à Valdebebas avec les pestiférés Drenthe, Gago et Pedro Léon, le banni volontaire attend son heure. Quand l’équipe rentre de LA, le club n’a pas bougé. Il se révolte et part pour Paris jusqu’au 1er septembre bien décidé à forcer les issues de secours. Mais Mourinho est un pragmatique et laisse son gamin bouder un peu. Pire, il passe même sur ses caprices. Il sait bien qu’il n’y a plus de bonnes affaires vers la fin du marché. Lass doit revenir. Il jouera, et pas toujours arrière droit, c’est promis. Et à l’été, on reparlera d’avenir. 21 matchs comme titulaire plus tard (deux de plus qu’en 2010-2011), 1642 minutes jouées et 145 ballons volés, Lass est toujours merengue et l’homme révolté est revenu au point de départ.

L’homme révolté


Depuis que Ramos est devenu grand et a abandonné le flanc pour devenir le meilleur dans l’axe de la défense, l’équilibre du 11 madrilène est bouleversé. Le Real n’a pas trouvé de quoi faire oublier Arbeloa côté droit. Ce défenseur que personne n’admire n’a rien de brillant. Jamais vraiment bon mais jamais vraiment mauvais non plus, il a profité du vide. Lass refusant le poste, c’est Arbeloa, le passager clandestin, qui prend la place libre et s’incruste sur la photo des champions d’Espagne et des Champions d’Europe des Nations. Arbeloa n’a pas de concurrent direct et tant que les Madrilènes n’auront pas trouvé les garanties qu’il faut pour couvrir le côté droit, Lass ne quittera pas la capitale espagnole. Tant pis pour les promesses. Tant pis pour la morale.

Le problème c’est que «  Lass peut foutre le bordel » , comme murmure le Mou en privé. L’insoumission de Lass est un défi à son autorité. Au Camp Nou en Coupe du Roi, il frôle l’expulsion au bout de 30 minutes. Contre Villarreal, le 21 mars dernier, il voit un jaune à la cinquième minute et le coach le sort à peine 24 minutes plus tard. Après lui avoir tout pardonné et en avoir fait un homme incontournable entre novembre et février, Lass disparaît des feuilles de matchs. Pourtant, si Mourinho le tout-puissant ne pardonne jamais aux dilettantes (Pedro León), il a de l’amour pour les joueurs qui lui donnent tout (Lampard) et une faiblesse pour les joueurs qui lui tiennent tête (Maniche). Lass est trop révolté pour être carriériste et pleurer pour une récompense. Comme Mourinho, Lass est un insoumis. Il est là pour éparpiller les certitudes et enfoncer les idées reçues. Lass et le Mou, quelque part, c’est la même chose.

Par Thibaud Leplat, à Madrid
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