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Larqué : « Si j’ai fait une erreur, c’est d’avoir précipité mon départ de Sainté »

Jean-Michel Larqué, un nom qui rappelle forcément des souvenirs aux amoureux de football. Larqué, c’est d’abord Bizanos, petite commune située dans les Pyrénées-Atlantique, puis Saint-Étienne, de la belle époque. Retour sur quelques épisodes de la vie du Capitaine.

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Vous étiez milieu de terrain. Vous avez marqué plus de 100 buts durant votre carrière.
J’étais un milieu de terrain relayeur. À l’AS Saint-Étienne, j’étais celui qui, a priori, récupérait le moins de ballons et puis j’étais chargé des coups de pied arrêtés. J’ai toujours pris modèle sur Rachid Mekhloufi. Il était aussi milieu de terrain, un peu plus offensif, il avait dix ans de plus que moi. En fin de carrière, il courait un peu moins, il a eu un parcours un peu en dents de scie avec la guerre d’Algérie, mais je me reconnaissais beaucoup en lui. J’ai essayé de l’imiter.

Vous étiez un joueur appliqué, notamment sur coups de pied arrêtés. On pouvait l’entendre par la suite dans vos commentaires, le geste technique est quelque chose de très important.
Oui, je crois que de toute façon pour être un joueur complet, il faut avoir de l’intelligence tactique.
« Il faut d’abord être un très bon technicien et avoir ensuite un peu d’intelligence de jeu, de qualité tactique. »
Quand il y a une décision ou une option à prendre, une passe à faire, c’est très bien de savoir ce qu’il faut faire, mais il faut pouvoir le réaliser. Il faut d’abord être un très bon technicien et avoir ensuite un peu d’intelligence de jeu, de qualité tactique. Mais j’ai toujours pensé que la différence se faisait par la technique. Après, certains me disent : « Oui, il faut être d’abord intelligent, mais moi, je pense qu’un joueur intelligent, mais nul techniquement, il n’y arrivera pas alors qu’un joueur très bon techniquement et nul tactiquement, il rendra toujours service à son équipe. » C’est vrai que lors des commentaires, j’expliquais toujours pourquoi on réussissait ou on manquait un geste. Je suis vraiment abasourdi par certains commentaires aujourd’hui. Quand j’entends des consultants dire : « oh c’est bien fait » , « oh que c’est beau » . Il faut expliquer. Pas la peine de s’exclamer. On voit bien si c’est réussi ou si ça ne l’est pas.

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Vous êtes né à Bizanos dans une famille de footeux. Quelle équipe supportait-on chez les Larqué ?
On ne supportait aucune équipe professionnelle. À cette époque-là, à Pau, puisque Bizanos se situe à côté, le football professionnel était pour nous quelque chose d’inaccessible. Lorsque j’ai commencé à comprendre ce que c’était, une équipe dominait le football européen, elle était vêtue de blanc, c’était le Real Madrid. Di Stéfano, Puskás, Gento, Kopa... on parlait avant tout de ces joueurs-là. Ensuite, il y a eu les Brésiliens de 58 : Didi, Vava, Pelé, Garrincha, Zagallo... on parlait plutôt de ça. On n’était pas supporters d’une équipe. À l’époque, aller de Pau à Bordeaux était une vraie expédition. Il n’y avait pas 200 mètres d’autoroute, et pour aller à Toulouse, c’était encore pire.


Votre plus beau souvenir de foot avec votre père ?
Au début, mon père n’était pas vraiment avec moi parce que j’étais trop petit. Il s’occupait d’autres équipes du club.
« Entre un père et son fils, c’est bien de partager ce genre de réussite. »
Il avait beaucoup de choses à faire. Il n’était pas mon entraîneur. Quand je suis devenu cadet, on a préparé ensemble le concours du jeune footballeur. Il a tracé le parcours parce qu’il y en avait un à préparer : avec des dribbles, des passes, des reprises de volée, des coups francs, des centres, des corners, des changements d’ailes... on l’a préparé pendant deux ans et on l’a gagné en 1964 à Colombes. En plus de remporter ce concours qui faisait de moi le meilleur footballeur cadet, je devais avoir 16 ans à l’époque, c’était aussi sa victoire. Entre un père et son fils, c’est bien de partager ce genre de réussite. Et durant ce concours, Pierre Garonnaire, le recruteur de l’AS Saint-Étienne était là. Au moment des résultats, il a tapé sur l’épaule de mon père pour lui proposer de me faire venir.


Même si toute votre famille baignait dans le football, l’école était très importante pour votre père.
À l’époque, j’étais beaucoup sollicité. Je sortais d’un tout petit club amateur alors que j’avais déjà 16 ans et demi, mais mon père a refusé que j’aille à Saint-Étienne avant que j’obtienne la seconde partie de mon baccalauréat et mon concours de professorat.

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À 28 ans, vous êtes nommé meilleur joueur de l’année. Sa réaction ?
C’était effectivement ce qu’on appelait le ballon d’argent à l’époque. J’ai été nommé meilleur joueur français en 1974, mais il n’y a pas eu trop de réactions chez les Larqué. (Rires.)

Il n’était pas fier ?
Il n’était pas fier, il était très fier, mais il n’était pas démonstratif. C’était très, très intérieur. Pour ceux qui l’ont connu, ils savent que c’était quelqu’un de très réservé à ce niveau-là.


Il paraît que vous avez failli rejoindre le Real Madrid ?
J’insiste sur le mot failli. On avait fait un match amical à Saint-Étienne. Bon, c’est vrai qu’à cette époque-là, le Real n’avait plus tout à fait l’éclat d’antan. On les avait nettement battus. J’avais marqué, puis j’avais été sollicité, mais ça s’est terminé presque aussi vite que ça a commencé.

Vous auriez aimé porter les couleurs du Real ?
Ah oui ! Comme je vous disais, c’était le club dont on parlait beaucoup à l’époque, un club mythique.

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Au retour de la demi-finale perdue face à Munich en 1975, on vous a vu en larmes. On peut être à la fois un capitaine de caractère et montrer sa sensibilité ?
On ne peut être un homme de caractère que si on a une sensibilité. Si on n’en a pas, on ne comprend sûrement pas ce que ressentent les coéquipiers, l’équipe. Je ne crois pas qu’il y ait un homme de caractère qui ne soit pas sensible. Il faut savoir ce qu’est un homme de caractère ou un leader. C’est quelqu’un qui comprend les gens qui sont avec lui. Il n’y a aucune antinomie entre la sensibilité et le fait d’avoir du caractère.


De tout temps, le capitaine des Verts jouit d'un régime particulier. Tradition héritée de Pierre Guichard.
C’était l’éminence grise de Saint-Étienne, le fils de Geoffroy Guichard. Ce monsieur avait un charisme assez exceptionnel. Quand il entrait quelque part, il occupait tout de suite l’espace. C’était un grand monsieur, extrêmement discret. Ses mots étaient rares, mais pleins de bons sens, et parmi les conseils que Pierre Guichard avait pu donner à Roger Rocher le président, il y avait celui-là : « Ne te coupe pas de tes joueurs, protège le groupe professionnel. » Nous étions extrêmement protégés et nous ne connaissions même pas la composition du comité directeur. Ils étaient vingt et nous n’en connaissions que deux ou trois. Les autres n’avaient pas le droit d’entrer dans les vestiaires, de discuter avec nous, de parler à la presse... il y avait une barrière terrible. On était en rapport avec quatre ou cinq personnes pas plus. Ce n’était pas l’armée mexicaine.

Vous avez assisté à votre premier match professionnel dans les tribunes du Parc des princes.
Le Parc des Princes a toujours été un de mes stades favoris, il est exceptionnel. J’ai connu l’ancien et le nouveau Parc des Princes. Il s’y est joué un Saint-Étienne Nîmes alors qu’il était au tiers amputé par la construction du périphérique. Le nouveau Parc était magnifique. À l’époque, dans les années 1980, fin des années 1970, c’était un stade futuriste.

En 1977, vous signez au Paris Saint-Germain. C’est la première fois que vous portez un autre maillot que celui des Verts. Ça a dû vous faire bizarre.
Oui, un petit peu. C’est vrai que lorsqu'on passe 14 ans avec la même tunique ça fait très drôle, mais c’est la vie. Mais je pense avoir cette petite faculté de savoir tourner la page.
« Le jour où j’ai été viré de TF1, ça a pris deux minutes, je n’ai pas discuté, je ne me suis pas étendu dans la presse ou sur les réseaux. »
Le jour où j’ai arrêté d’être footballeur professionnel, ça s’est fait du jour au lendemain. Je suis devenu journaliste, consultant, je me suis remis au boulot et en question. Le jour où j’ai été viré de TF1, ça a pris deux minutes, je n’ai pas discuté, je ne me suis pas étendu dans la presse ou sur les réseaux. C’était la fin d’une aventure, c’est comme ça. On ne va pas revenir là-dessus. De toute façon, c’est comme une décision d’arbitre, ce n’est pas la peine de discuter. La décision a été prise, on passe à autre chose.


Difficile de vous imaginer, avec votre caractère, tourner la page aussi facilement.
Oui, mais il y a des règles dans la vie qui sont faites comme ça. Que ça vous embête, que ça vous ennuie, que vous ayez des remords et que vous les gardiez pour vous, c’est normal. Un jour à Saint-Étienne, pas à la télévision parce que j’étais le premier consultant, j’ai pris la place de quelqu’un, alors que quelqu’un prenne la mienne à Saint-Étienne, à la télévision ou à RMC, c’est la vie. La sensibilité n’exclut pas la lucidité.


Pourquoi avoir quitté Saint-Étienne ?
Je suis parti de Saint-Étienne (Il réfléchit)... oui, peut-être que j’aurais dû y rester, j’y avais connu des moments exceptionnels, et puis quand on y est resté 14 ans... j’entends certains qui, au bout de deux ou trois ans dans une équipe, disent : « J’ai fait le tour, je veux changer. » Si j’ai fait une erreur dans ma carrière, c’est peut-être d’avoir précipité mon départ de Saint-Étienne. J’aurais pu temporiser. On ne sait pas ce qui se serait passé ensuite, le résultat aurait peut-être été le même, mais si c’était à refaire, peut-être que je serais moins impatient.

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Vos 14 sélections en équipe de France ne vous laissent-elles pas un peu de regrets ?
Malheureusement, l’équipe de France était au fond du trou. On gagnait un match de temps en temps, on ne s’est pas qualifiés pour les Coupes du monde 1970 et 1974. Je n’étais pas dans le coup, mais on s’était déjà qualifiés un peu par miracle en 1966.
« Bien sûr, j’aurais aimé gagner tous les matchs avec Saint-Étienne aussi. On peut toujours avoir des regrets, mais on n’est pas seul au monde. »
Il y a eu ensuite 1978, une période difficile. J’ai fait de mon mieux : capitaine de l’équipe de France Espoirs, capitaine de l’équipe de France Junior, de l’équipe de France A. Ah ! J’aurais pu effectivement mieux faire. Bien sûr, j’aurais aimé gagner tous les matchs avec Saint-Étienne aussi. On peut toujours avoir des regrets, mais on n’est pas seul au monde. Il faut savoir également regarder autour de soi. La chance m’a gâté. Comme je vous l'ai dit tout à l’heure, peut-être que je me suis précipité pour partir de Saint-Étienne, mais pourquoi ai-je choisi Saint-Étienne plutôt que tous les autres clubs qui tapaient à la porte de la maison de mes parents ? Je n’en sais rien, mais jour-là, j’ai eu de la chance de choisir Saint-Étienne.

Le 15 novembre 1975, Vous avez pris un carton rouge avec l’équipe de France face à la Belgique.
Oui. Celui-là, il était d’abord mérité, même si j’étais malheureusement déjà blessé. Sur une touche, il y a un Belge, un dénommé Dockx je crois, qui m’a taclé aux genoux, au moment où j’avais le ballon sur la poitrine. Il s’est un tout petit peu trompé et effectivement, j’ai eu un réflexe, un geste avec la main que je n’aurais pas dû avoir et je me suis fait expulser et ça, ce n’est pas bien de ma part. Mais quand on a mal quelque part, qu’on vient de passer plusieurs semaines en rééducation et que le gars se trompe d’un mètre entre la poitrine et le genou, car il y a à peu près un mètre, je ne pense pas que ce soit de la maladresse.


Votre plus beau souvenir chez les Verts ?
La confiance de mon premier entraîneur. J’étais parti en voyage au Brésil parce que j’avais un concours, le stage Gilette, j’étais sorti major. J’avais déjà fait quelques matchs avec Saint-Étienne, mais je passais mon professorat d’éducation physique, donc je ne m’entraînais pas beaucoup avec l’équipe première. Je devais travailler mes cours à Lyon où j’étudiais. Bref, je rentre du Brésil, la saison avait déjà un peu commencé. À mon arrivée à l’aéroport de Genève, un dirigeant, monsieur Garonnaire, était venu me chercher. C’était un lundi. Je voulais rentrer à Pau pour voir mes parents, mais il me dit : « Non, non, monsieur Snella veut te voir demain matin. »
« Mon meilleur souvenir, c’est la confiance qui m’avait été accordée. » "
On a voyagé avec sa 404 de Genève à Saint-Étienne. On est arrivés le soir. Le lendemain, j’arrive dans le bureau de monsieur Snella qui me dit : « Comment ça va, Jean-Michel ? Je suis content de te voir. Qu’as-tu fait pendant ces quinze jours ?  » Je lui réponds : « J’ai joué avec des petits copains que je me suis fait sur la plage, des jeunes de Fluminense. » « Tu es en forme ? Bon, mercredi on joue contre Sedan, tu seras titulaire. » On a gagné 1-0 et j’ai été passeur décisif. La confirmation que je pouvais être footballeur professionnel. J’avais fait quelques matchs pour ma première année en 1965-1966, et là, c’était le début de ma carrière. On a été champions de France. J’avais manqué les premiers matchs de championnat, mais à la fin de la saison, bien qu’étant étudiant, bien qu’étant ce qu’on appelait élève-professeur d’éducation civique, j’avais fait 27 matchs. Mon meilleur souvenir, c’est la confiance qui m’avait été accordée.

Propos recueillis par Flavien Bories
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