Argentine - Primera Division

Par Léo Ruiz

L’Argentine, 7e meilleur championnat du monde, vraiment ?

L’année dernière, l’IFFHS plaçait l’Argentine à la 7e place des meilleurs championnats du monde. Cette année, le pays du tango pourrait faire mieux encore. Pourtant, entre corruption et pauvreté du jeu, le foot argentin va mal. Ce ne sont pas les cinq 0-0 du week-end dernier qui feront dire le contraire.

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Santiago Silva (Boca Juniors) lors de la demie de Libertadores 2012
Santiago Silva (Boca Juniors) lors de la demie de Libertadores 2012
« Le football argentin est apocalyptique. Il est hystérique, tricheur et arrangé. Ça me rend malade. Mais j’ai toujours dit que quand quelqu’un arrive dans ce championnat, qu’il ne se fasse pas à l’idée que ça change un jour. Si on y entre, on le fait en connaissant les règles du jeu. » Quand Gerardo Martino parle, on l’écoute et on constate les dégâts. Quart de finaliste en Afrique du Sud avec le Paraguay, finaliste de la Copa América l’année dernière, le meilleur joueur de l’histoire de Newell’s Old Boys a fait un retour fracassant au pays. En quelques mois, il a fait passer son équipe de Rosario du fond du classement à la lutte pour le titre et a rapatrié des joueurs comme Heinze et Maxi Rodríguez dans un championnat qu’il n’hésite pas à démonter. Dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas, Martino l’a fait. Et bien fait. Oui, sur le terrain comme dans les tribunes, le football argentin vit une sale période, malgré les classements trompeurs de l’IFFHS.

Tigre, 0 victoire en championnat, demi-finaliste continental

L’année dernière, l’organisation a placé l’Argentine au septième rang des meilleurs championnats nationaux du monde. Entre le Brésil et les Pays-Bas, et devant des pays comme l’Ukraine, la Turquie et le Portugal. Cela fait même dix ans que la Primera est située entre la 3e et la 7e position, du fait des bons résultats de ses meilleurs clubs dans les coupes continentales. Avec Boca Juniors en finale de la Libertadores au mois de juillet dernier et Tigre actuellement en demi-finale de la Sudamericana (l’Europa League d’Amérique du Sud), l’Argentine devrait encore truster les premiers rôles cette année. Pourtant, à y regarder de près, pas de quoi s’enflammer devant les deux champions nationaux. Boca propose un niveau de jeu affligeant - surtout depuis le départ de Riquelme - que les joueurs eux-mêmes reconnaissent, et Tigre est 19e du championnat, sans aucune victoire après 14 journées. « Le résultat dissimule tout le reste. Certains journalistes devraient dire : "Dans un très mauvais match, telle équipe a gagné 2-1", mais tu vois des titres qui te font croire que ça a été un match de fou. On est tous responsables de ce qui arrive. Je me rends compte que ça joue très mal ici, mais j’ai l’impression que c’est ce qui préoccupe le moins », expliquait Martino à La Nacion.

« « L’Argentine vit la même réalité que la France : le football pauvre »

Ce week-end, la 14e journée a commencé vendredi avec un 0-0 entre Belgrano et Argentinos Juniors, puis un 0-0 entre Newell’s et Quilmes. Elle a terminé dimanche avec un 0-0 entre San Martin de San Juan et Independiente, un 0-0 entre Colon et Boca et un 0-0 entre Racing et Arsenal. Que du bonheur. Au final, seules 8 des 20 équipes du championnat ont réussi à marquer un but. Tous les week-ends, c’est la même chose sur les pelouses de Primera. Un jeu stéréotypé, sans idée, sans coup de folie, sans génie. « Le football local ne se joue pas, il se dispute. C’est un combat, une lutte », expliquait Carlos Bianchi dans une excellente interview accordée à la Garganta Poderosa la semaine dernière. Dans l’engagement, il n’y a rien à redire. C’est tout le reste qui manque. « L’Argentine vit la même réalité que la France : le football pauvre. Parce qu’il a besoin de vendre pour survivre. Les meilleurs s’en vont, et il ne nous reste presque que des joueurs en fin de carrière ou des jeunes qui veulent partir, peu expérimentés et d’un niveau moyen », continue Bianchi. Une réalité beaucoup plus forte en Argentine, quand même, premier pays exportateur de footballeurs et en grande difficulté économique.

Environnement négatif

Alors, oui, il reste la passion. Ces stades à l’ambiance unique, exceptionnelle. Ces frissons à l’entrée des équipes sur le terrain. Mais la fête est régulièrement gâchée par les barras bravas, ces mercenaires qui font la loi dans les tribunes (et parfois même dans les vestiaires) contre une grasse rémunération des dirigeants. Tout le monde le sait, mais les médias ne voient qu'une partie de l'iceberg (les auteurs de la violence et non ceux qui la commandent et la financent) et personne n’agit. Sauf Javier Cantero, président d’Independiente, qui a passé un grand coup de balai et éjecté du stade ceux qui « volaient l’argent du club ». Résultat, Pablo « Bebote » Alvarez, ancien chef de la barra d’El Rojo, est parti vivre dans sa baraque à Ibiza. Tranquillement. Un contexte compliqué, qui ne facilite pas les choses. « Il faut veiller à ce que tout le monde soit payé, que les barras bravas ne viennent pas faire pression sur toi. Ce n’est pas seulement jouer, disputer un match, gagner et t’en aller. Tu as cinq ou six fronts différents. Les conditions ne sont pas réunies pour qu’un joueur ne pense qu’à jouer au football », regrette Martino. En attendant de voir le jeu s’améliorer, généraliser le travail de Cantero serait déjà une bonne première étape. Histoire d’éviter les fuites d’argent. Et de rendre le football à ses supporters.


Par Léo Ruiz


 








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  • Message posté par LBDT14 le 15/11/2012 à 11:43
      

    Triste mais ô combien vrai...le tout mis encore plus en vérité par les incidents d'hier à la mi-temps du match Independiente/Belgrano.

  • Message posté par El Xeneize le 15/11/2012 à 11:59
      

    Léo le passage sur les barras bravas est hors sujet concernant le niveau et cet appauvrissement du championnat depuis ses dernières saisons !
    Comme tu le sais ( je suppose que tu vis las bas ) le problème est socio-économique ( tu m'écriras par la suite que les problèmes des barras bravas viennent de la , ce qui est le cas effectivemment ).

    Le championnat survit des ventes que ce soit des petits clubs envers les grands clubs ( locaux ) , et les grands clubs vers les autres clubs Européens !
    Le renouvellement qui faisait que le niveau autrefois ne souffrait pas de cette exode massif n'est actuellement plus d'actualité au niveau des jeunes !

    La diaspora maintenant se fait de plus en plus jeunes , ce qui fait que certains joueurs prometteurs passe directement du club moyen au club Européen sans passer par les grands Argentins !
    L'Argentine est le pays qui possède le plus de footballeurs au monde jouant hors du pays !!
    Les stades par contre des grands et moyens clubs sont bien entretenu , du moins quand l'argent ne se dilapide pas comme pour terminer celui de Independiente , ce qui est moins le cas pour les petits clubs ..

    Ensuite les clubs Argentins ne sont pas des sociétés anonymes mais des clubs a socios , qui au vu de la situation économique du pays ne pourrait pas se comparer au meme type de fonctionnement Espagnol en rentré d'argent !

    Pour ce qui est de la Copa Libertadores la dominance de ses dernières saisons va au Brésil qui envoye un club a chaque édition en finale !
    la meilleur économie Mercosur fait que certains Brésiliens sont rapatriés d'Europe et que les grands clubs Brésiliens possèdes de sacré effectif !
    Ce que les grands Argentins ne peuvent pas se permettre en achat définitif , tous au plus en pret .

  • Message posté par Dendecuba le 15/11/2012 à 12:31
      

    Merci pour les éclaircissements el xeneize, je me demandais en lisant ces lignes quel est le rapport entre le faible niveau de jeu de la primavera et la réussite sur la scène continentale de Boca ou Tigre? N’a-t-il pas à l’inverse de la France une volonté de jouer la compétition continentale à fond au détriment du championnat qui n’offre pas assez de reconnaissance sportive (deux champions par saison c’est trop à mon avis) ni de réelles retombées économiques ?

    Dans tous cas, l’article de ce bon vieux Léo est trop alarmiste, après tout un 0-0 entre Boca et Newell’s ce n’est pas la même chose qu’un 0-0 entre Nice et Nancy, faut pas pousser non plus. Sans compter que les clubs européens continuent de s’arracher les pépites argentines comme de vulgaires i-phone 5, les joueurs partent plus tôt, découvre le très haut niveau plus tôt ce qui ne peut pas faire de mal à l’équipe nationale.

    PS : le système de classements de la FIFA ne veut rien dire. La LDC étant bien plus dure que n'importe quelle autre compétition continentale. On se retrouve donc avec les Portugais et Turcs derrière, c’est aberrant!

  • Message posté par Pimousse le 15/11/2012 à 13:48
      

    @el xeneize

    Je pense que les Barras bravas ont bien un rôle majeur dans l’appauvrissement du championnat, au même titre que les dirigeants et leur gestion pathétique (qui consiste à s'enrichir personnellement sur le dos du club)

    Que l'Argentine soit le pays qui possède le plus de footballeurs au monde jouant hors du pays est un gros problème. Car si seulement les bons joueurs quittaient le pays ça pourrait peut être encore aller mais là même les joueurs moyens voir médiocre partent et il ne reste que des buses dans le championnat local.

    Pour prendre un exemple que je connais bien, de plus en plus de joueurs argentins moyens préfèrent partir jouer au Chili (plus d'une centaine d'argentins y jouent) car au moins là bas ils ne se font pas racketter ou menacer par les barras bravas (et c'est là ou j'inclus le rôle des barras dans l'appauvrissement du champ.) et parce qu’ils sont sur d'être payer à la fin du mois. Chose qui n'est pas le cas en Argentine, même dans les grands clubs ou si les "stars" seront sur de toucher leur salaire les autres n'ont aucune certitudes.

    Pour avoir connu le meilleur ami de Gustavo Canales (international chilien d'origine argentine), ce dernier à signer chez River il y a quelques années y est resté 6 mois et est reparti sans le sous car le club ne lui a jamais versé un salaire.

    Comment même un club comme River en est arrivé à ne plus payer ses joueurs ?
    Celui qui détient la réponse est surement son ancien président, Jose Maria Aguilar qui durant son mandat entre 2001 et 2009 a vendu pour plus de 200 Millions de dollars de joueurs mais a réussi l'exploit d'abandonner le club avec un trou de 12 Millions de dollars dans la trésorerie !!! Ou est passé l'argent ? Mystère.

  • Message posté par El Xeneize le 15/11/2012 à 13:57
      

    De rien dendecuba tout le plaisir est pour moi !
    Culturellement parlant en Argentine et je dirais meme basiquement , on joue pour la camiseta ( le maillot ) et avec los huevos , traduction de oeufs par couil.es et toujours avec la garra , l'équivalent de grinta en Italien ou hargne ou niaque en Français !

    Pas de triche quand tu joues , et si c'est le cas les supporters te le feront remarquer , d'ou le faite de jouer une compétition continental a fond mais en contrepartie de ne pas avoir deux effectifs pour pouvoir enchainer en championnat quelques jours après !
    ( Tigre étant un petit club et de ce plus avec une histoire récente en première division )

    La formule du championnat va changer normalement pour le championnat d'ouverture 2013 , explication :
    Le champion d'ouverture et du tournoi fermeture seront maintenu mais s'affronteront a la fin de celui si pour déterminer le champion national !
    Cependant avoir deux championnats est une bonne chose , car a la fin du championnat d'ouverture selon qualifié les équipes qui joueront la Copa Libertadores qui se jouera lors du tournoi de fermeture , qui pour celui si déterminera les équipes qui seront qualifiés pour la Copa Sudamericana , se jouant actuellement , pendant le tournoi d'ouverture !

    Voila , je sais pas si c'est compréhensif , j'espère que oui :)


  • Message posté par Dendecuba le 15/11/2012 à 14:28
      

    Effectivement la nouvelle formule va être intéressante à suivre; là dessus j’ai une question un peu sale : Si un même club arrive à remporter les deux championnats (rarissime mais bon), qui sera l’autre équipe finaliste? Es-ce l’équipe qui a fini deuxième au tournoi d’ouverture ? Celle qui finit deuxième au tournoi de fermeture ? Ou alors ils comptabilisent les points glanés et font une moyenne toute bête ?

    Le système de qualification pour la libertadores est un vrai foutoir lol, il donne l’obligation aux grands clubs de performer dès le début du championnat pour assurer une qualif et finissent ensuite la saison sur les rotules (ils dégradent de ce fait la fameuse moyenne de points sur les 3 dernières saisons). C’est pour cela que les joueurs se cassent plus tôt car même en Europe la pression est moindre !

  • Message posté par El Xeneize le 15/11/2012 à 14:37
      

    Exacte pimousse je peux que te donner raison !

    Certains preferes partir car ils ont sans doute etaient sujets a ces confrontations avec des capo de barras bravas .. mais avant tout l'offre du salaire supérieur etant la principale cause de ces départs ..
    Et ceux memes qu'importe le niveau du joueur dans les plus grands clubs Chiliens de la U ( Canales pour ton exemple ) Colo-Colo , les grands Equatoriens que sont la Liga de Quito et Barcelona G , ainsi que divers clubs Brésiliens et Mexicains pour qui ces deux derniers ont des salaires supérieurs aux plus grands clubs Argentins .

    ( Perso ce qui m'emmerde a chaque fois c'est quand un jeune vient de faire quelques bon match de suite il y a des rumeurs de clubs Européens comme des rapaces tournant autour d'une proie !
    le gamin a meme pas encore fait 6 mois complet ou 1 an , que de suite des superviseurs ..
    exemple extrème : Araujo partit a Barcelona B en etant 0 fois titulaire en équipe I de Boca )


  • Message posté par Pimousse le 15/11/2012 à 16:55
      

    @Dendecuba

    Dans le cas ou la même équipe gagne le Torneo Inicial et le Torneo Final, elle est sacrée championne de Primera sans qu'il y ait de finale.

    Une finale se joue s'il y a 2 champions différents.

  • Message posté par Dendecuba le 15/11/2012 à 17:13
      

    @Pimousse : p'tain c'est tellement évidement en plus! La question à la con lol

    Merci quand même ;)

  • Message posté par Dendecuba le 15/11/2012 à 17:13
      

    @Pimousse : p'tain c'est tellement évidement en plus! La question à la con lol

    Merci quand même ;)

  • Message posté par BenColombia le 15/11/2012 à 17:30
      

    Et c'est vrai que les journalistes ca fait 2 jours qu'ils parlent du 0-0 de River sur FoxSports. Il ne s'est absolument rien passé pendant le match. Heureusement qu'ils sont la pour remuer la merde, sacrés argentins! quand ils en auront assez de regarder leur nombril il regarderont les poils autour.

  • Message posté par Pepèrearnaud le 15/11/2012 à 18:56
      

    Étant donné que le nouveau système de SF ne le rend pas possible, je me permets de plussoyer tes propos et ton argumentation, pimousse.

  • Message posté par lamitad+1 le 15/11/2012 à 20:55
      

    je regarde 3/4 matchs par fecha et effectivement le niveau est bien affligeant...entre les passes ratées, les centres qui passent systématiquement au-dessus de la tête des attaquants, les tirs qui volent 10/15 mètres au-dessus et les "vilaines" fautes qui viennent hachées le jeu, cela devient une purge de voir un match! J'en viens à m'extasier pour un match de L1 sur TV5!
    Le joueur argentin a tendance a courir à fond tête baissée, il y a tout de même quelques équipes qui posent le jeu et essayent de construire comme Velez, j'espère vraiment qu'ils seront champion maintenant que Boca n'a plus aucune chance.

  • Message posté par LBDT14 le 15/11/2012 à 22:45
      

    Serais un peu plus indulgent pour les joueurs de la Primera, le jeu est devenu indigent ces dernières années car beaucoup d'équipes meurent de peur de perdre un match (le jeu s'européanise beaucoup si je peux dire). La pression des supporters est vraiment 'spéciale' (et je ne parle pas spécialement des barras), et je sais de quoi je parle en étant supporter de River et en allant les voir le plus souvent possible quand je suis au pays...il se dégage une atmosphère vraiment néfaste et négative du Monumental au fur à mesure que les minutes passent pendant un match par exemple. On y ajoute le système des promedios qui ressemble à un noeud coulant qui se resserre lentement autour de votre cou (et qui concerne une bonne moitié des clubs), un championnat court (après trois défaites c'est mort pour le titre) et on a tout un ensemble de choses qui mettent une pression extrême et qui fait que les joueurs ne sont pas dans les meilleures dispositions pour s'exprimer sur le terrain, mais ces 'difficultés' n'empècheront pas les clubs européens de piller allègrement les clubs du pays lors du prochain mercato.

  • Message posté par VlarKe le 16/11/2012 à 17:43
      

    Tout est lié, les propos de Pimousse complètent bien ceux de l'ami "bostero".
    Ca fait déjà un moment qu'on constate les difficultés du championnat argentin et la baisse du niveau de jeu.. Et on espère que ça repartira dans le bon sens, même si économiquement ça va rester compliqué (par rapport au Brésil notamment..)


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