Lacaze : « On nous a traités comme des ploucs »

Vice-président et membre historique au club, Henri Lacaze a vu avec beaucoup de fierté la saison passionnante de Luzenac, un village de 640 habitants qui a fini par marcher sur le National. Mais depuis jeudi soir, les Haut-Ariégois ont vu leur accession en Ligue 2 refusée par la DNCG. De quoi rendre perplexe son représentant le plus fidèle.

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Comment avez-vous appris la nouvelle de la DNCG ?
Je l'ai apprise par le président de notre association. À travers ce canal, on a pu m'en parler dans la journée. Je vous avoue qu'on est un peu sonnés... Mais bon, il faut rester confiant sur les aboutissements de l'appel, car certaines modifications seront cette fois prises en compte. C'est vrai que les dirigeants et le comité directeur rentraient un peu sur la pointe des pieds en allant à Paris... On a ramené le comptable, le directeur sportif, et la nouvelle est tombée assez rapidement. En réalité, on a bien compris qu'on était un peu gênants et qu'on était face à une impéritie totale. Des gens de l'assistance ne savaient même pas où se situait le stade Ernest Wallon (le stade habituel du Stade Toulousain où Luzenac a prévu de jouer la saison prochaine, ndlr)... On avait cette étiquette de Petit Poucet, hier je parlais même de petit repoussé.

Quelles ont été les réactions suite à l'annonce de la relégation du club ?
Il y a de la déception bien entendu, mais je pense qu'il va y avoir une mobilisation d'ici le 15 juin. Avec 850 000 euros en moins, c'est sûr que ce sera difficile d'équilibrer une équipe. Certaines des sanctions de la DNCG n'ont pas été prises en compte, du fait des élections municipales qui ont occasionné du retard dans les prises de décisions. Mais sportivement, le club a fait ses preuves : depuis 2000, nous sommes dans le Championnat de France amateur, depuis 2009 nous sommes en National, les joueurs ont toujours perçu leur salaire... À ce niveau-là, on ne peut rien nous reprocher. Ensuite, il y a évidemment des avances d'argent, quelques dettes à payer, mais la société JD Promotion a l'habitude de ce genre d'opérations : nous sommes gérés par une société privée, et non plus par des fonds collectifs d'association. La dette devrait être épongée rapidement, car le déficit n'est pas abyssal. Mais on s'attendait à ce genre de réponse de la DNCG : on nous a traités comme des ploucs.

Pour vous, le passage devant la DNCG allait être compliqué pour Luzenac. Comment est-ce que vous sentiez que le club n'allait pas être accepté ?
C'est vrai. Je trouvais qu'on allait passer très rapidement d'un statut d'artisan à du professionnalisme, avec une procuration à Jérôme Ducroc (le président du club) qui a réussi très rapidement. Mais maintenant, il faut affronter le monde de la finance avec la Ligue professionnelle, c'est un autre niveau que celui de la FFF. La date couperet, c'est le 15 juin. Il faudra être prêt à présenter une couverture de déficit et couvrir rapidement la dette, ce qui ne sera pas simple, et faire valoir les normes de notre stade. Je crois en la diligence de notre équipe directive pour que Luzenac obtienne sa récompense sportive.

Parlons maintenant du stade Ernest Wallon. Avec ses 20 000 places, le Stade Toulousain joue parfois des matchs dans ce stade avec des retransmissions télé... Pourquoi on ne vous a pas donné l'autorisation à cause du stade ?
Le contrôle de la DNCG doit avoir lieu maintenant. Notre proposition date de vendredi dernier, donc c'est assez récent. Dans la semaine, une association de supporters qui gère le stade Ernest Wallon a conclu un accord avec notre club. Le stade peut accueillir 20 000 spectateurs, avec une belle pelouse et des installations. Le seul bémol, c'est que la signature de l'accord n'ait pas été entérinée assez vite. Nous avions pour habitude de travailler en tant qu'association sur l'année civile et non l'année footballistique. Dès lors, le 15 juin être une date clé car tout est décidé à ce moment précis. Ce n'était pas le cas pour nous. Il aurait fallu que l'Ariège nous construise un stade plus près de chez nous, mais ça j'en doute... Vous vous doutez bien que le département n'est pas le plus riche de France, et que la terre est plus rugbystique !

« Les installations de Luzenac à Toulouse valent largement celles d'un club de Ligue 2, et même celles du TFC »

Vous pensez souffrir de préjugés sur votre équipe ?
On a gardé cette étiquette pour se faire un peu de publicité, mais ça en reste là. Si vous voyez les installations de Luzenac à Toulouse, elles valent largement celles d'un club de Ligue 2, et même celles du TFC. C'est pour ça, ces idées de Petit Poucet, de trou du cul du monde, ça a beaucoup servi pour la notoriété. Mais ce qui bien réel, c'est notre preuve sportive. Tout le staff a réalisé un travail exceptionnel l'an dernier et ils méritaient largement les premières places du classement.

Revenons à cette possible accession en Ligue 2. La DNCG a dit non une fois, mais tout n'est pas perdu...
Absolument pas ! On a récemment eu le président du Sénat Jean-Pierre Bel (élu ariégeois), qui cherchait à aider notre équipe. Jérôme Ducroc est un habile homme d'affaires, il aura sans doute comme défi de montrer que Luzenac a le potentiel pour jouer en Ligue 2.

Il a même sous-estimé ce potentiel, puisqu'il annonçait lui-même « un plan retour en Ligue 2 sur cinq ans » . La montée est-elle arrivée trop vite ?
Le laps de temps entre la reprise de Jérôme Ducroc et notre montée en Ligue 2 obligeait à une certaine impréparation. Mais notre président savait que le club en avait les moyens. Dès le mois de novembre, il me disait déjà « Il faut monter en Ligue 2, car le National, c'est une vraie pompe à fric, on a aucune recette ! » Pour lui, il faut stabiliser la comptabilité du club avant tout. Cette dynamique a aimanté l'équipe vers le haut et a permis de trouver une piste solide vers la Ligue 2. Malheureusement, les finances de l'Ariège ne peuvent pas suivre, les fonds publics sont déjà bien utilisés et le plafonnement des collectivités est vite atteint.

Luzenac compte 640 habitants. Si vous veniez à monter en Ligue 2, comment est-ce que vous allez remplir un stade de 20 000 places ?
Beaucoup de gens me disent que ça peut aboutir à un succès. Sur la ligne des Midi-Pyrénées, notre aura est plutôt bonne. C'est vrai que si la Ligue 2 joue le vendredi et la Ligue 1 du Téfécé le samedi ou dimanche, l'affluence peut être au rendez-vous. Mais je compte aussi sur l'Ariège : des services de bus, des offres promotionnelles pour nos matchs de championnat. Vraiment, nous avons une bonne équipe commerciale à Luzenac.

Barthez était venu vous donner un coup de main en devenant le président d'honneur de votre club. Aura-t-il de l'influence pour vous aider à faire monter le club ?
Fabien est la personne qui est venue pour donner des conseils. Après, je ne peux pas dire qu'il a une influence directe sur les membres, nullement même. Il possède ses entrées, son réseau nous a beaucoup aidés dans l'image du club, nos sponsors, et notre recrutement même si on ne peut pas aller au-delà d'un certain chiffre. Il donne du temps pour le club et sera d'un bon conseil pour Ducroc, je lui fais confiance.

Quels seront vos moyens d'actions pour l'appel à venir ?
L'objectif est le suivant : monter un dossier avant le 15 juin, en étant sûr d'éponger la dette à l'aide d'une aide particulière ou de la part d'une banque. D'autre part, il faudra une reconnaissance officielle par la commission des terrains de la conformité du stade Ernest Wallon. Quand on aura répondu aux exigences de ces deux points, je pense qu'on aura de bonnes chances de l'emporter en appel.

Retrouvez le reportage sur Luzenac dans le So Foot n°115

Propos recueillis par Antoine Donnarieix
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Arsène Holmes Niveau : DHR
Maintenant ce n'est plus la loi du sport qui prime mais celle du fric.
Pareil pour Orléans, accession refusé. Marre d'être "fliqué". Le foot au rectangle vert, pas ds les bureaux.
Davethesith Niveau : Loisir
Clair que ce refus semble bel et bien dicté par le dieu argent tout puissant.

Maintenant, faisons nous l'avocat du diable. Une ville de 700 habitants peut-elle survivre à la Ligue 2 ?
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