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  2. // Manchester/Bayern

La veste réversible

La semaine dernière, l'ensemble de la presse allemande claquait les dents à l'idée de voir Rooney et sa pelle de buts sur le pré de l'Allianz Arena. Une victoire et un genou en moins pour l'attaquant mancunien plus tard, l'Allemagne du football respire, à considérer presque que la victoire bavaroise à l'aller (2-1) est aujourd'hui le résultat idéal avant de se farcir le retour à Old Trafford.

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Sur le plan individuel, la presse allemande se réjouit dans un premier temps de l'absence confirmée du rouquin de Ferguson, qui a mis fin au thriller Rooney lors de la conférence de presse d'avant-match : «  Il n'y aucune chance de voir Wayne jouer cette rencontre » . Le Bild s'est donc empressé de relayer la nouvelle, sur un ton plutôt satisfait : « Rooney dehors ! Berbatov à la rescousse » . La nouvelle est d'autant mieux accueillie qu'elle s'accompagne d'une santé a priori retrouvée de leur « franchise player » , Arjen Robben. Le Bild, sitôt la nouvelle Rooney digérée, jubile en publiant le cliché du Néerlandais en route pour l'avion à destination du nord de l'Angleterre, «  la photo qui donne du courage au Bayern » . Robben, cocooné par trois membres du staff médical depuis une semaine, est donc bien sur ses deux pieds et claironne à qui veut l'entendre que le Bayern «  a l'occasion de gagner trois titres, même si ce sera difficile » . Ah bon ?

Les Allemands se sont à l'évidence refait la cerise depuis la reprise en 2010 et nagent depuis la victoire au match aller contre M.U dans un océan de confiance. Même les sales têtes retraitées Oliver Kahn et Steffan Effenberg retrouvent une dose d'optimisme pour leur ancienne équipe, qu'ils n'ont de cesse d'enterrer à la moindre occasion. L'ancien portier du Bayern, sur le site internet de la ZDF, ne cache d'ailleurs pas son revirement d'humeur : «  Je crois que le Bayern passera. J'ai dû réviser ma pensée depuis le match aller. J'avais dit qu'ils ne passeraient pas. Cela dit, les choses sont différentes aujourd'hui. A l'aller, il est apparu évident que Manchester n'était pas aussi fort que beaucoup ont voulu le faire croire. Ils me sont apparus rassasiés, presque à saturation, probablement en raison des succès des années précédentes » . Et Oliver d'enfoncer le clou, affirmant que les Bavarois ont l'avantage psychologique sur les Anglais, puisque « le Bayern ne perd jamais à Old Trafford » et l'avantage tactique, puisque «  le Bayern a un système de jeu qui ne convient pas à Manchester. Ribéry et Robben se déplacent beaucoup sur les ailes et cela causera des problèmes au système de jeu rigide de Manchester. Leurs défenseurs latéraux ne sont pas les plus rapides » . Gary Neville, ok, mais pour Evra, Kahn doit avoir une mémoire sélective.

Steffan Effenberg, dans Die Welt, a lui aussi enlevé ses bouées du match aller, se risquant à dire « qu'à Manchester, les choses seront plus simples pour le Bayern » , qui n'aurait pas fait de la Ligue des Champions son principal objectif de la saison : «  Avec le titre de champion d'Allemagne en poche, le bilan de l'année sera positif, qu'ils passent à Manchester ou non » . Les Teutons libérés seront donc encore plus dangereux qu'à l'aller - à cette époque, le Bayern recommençait à caler en Bundesliga et avait l'interdiction de perdre devant son public. Le Frankfurter Allegemeine Zeitung se permet alors de trouver de nouveaux atouts à l'équipe de Van Gaal et a décidé de mette en lumière le jeune Thomas Müller, «  l'irremplaçable marathonien » , que l'entraîneur aux plusieurs mentons déclare indéboulonnable : «  Avec moi, Müller jouera tout le temps, même quand Ribéry et Robben seront de retour » . Le jeune Müller aura pourtant fort à faire face à des marathoniens mancuniens plus expérimentés, comme Fletcher, Carrick ou à un degré moindre Paul Scholes.

Enfin, les médias allemands, dans cet excès de confiance, oublieraient presque qu'avant de penser à se qualifier, il faudrait déjà ne pas prendre de pions. Cette saison, la véritable force du Bayern ne situe pas dans les lignes arrières, et lorsqu'on sait que la tige Van Buyten, loin d'être irréprochable, est incertain, on se demande quel sera le niveau réel d'une défense bavaroise remaniée à l'épreuve d'Old Trafford. Finalement, à ce jour, l'absence de Rooney, la présence de Robben, les bons points distribués par Kahn et Effenberg suffisent à la presse allemande pour croire à une qualification en demi-finale. Et quand le prochain adversaire se nomme Bordeaux ou Lyon, la Germanie toute entière commence à se frotter les mains. En France, si le Bayern se qualifie, l'analyse sera sans doute la même.

Ronan Boscher

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