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La tête et les jambes

Quand en Liga, un miraculé croise un condamné, on se sert la pince poliment mais l'issue de la rencontre est incertaine. Le Real se rend ce soir dans l'autre club de Barcelone mais sa tête est ailleurs. Devinez où !

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Sur les bancs de touche de Barcelone, il n'y a pas que Guardiola. La preuve, écoutez un peu ça : « Nous évitons le football direct. Je veux que mon équipe propose beaucoup de solutions au porteur du ballon et cela ne s'obtient que grâce au mouvement des autres pions afin que les lignes de passes apparaissent. C'est un football très exigeant physiquement » . Mauricio Pochettino était un arrière central à la gâchette facile, n'a rien d'un ex-élève de Cruijff, est survêt plutôt que costard et a gagné la Coupe de France avec le PSG. Mais irrémédiablement, Pochettino nous rappelle quelqu'un : « La philosophie du club est de se baser sur la formation » . Le coach argentin n'avait jamais entrainé d'équipe pro avant son entrée en fonction le 20 janvier 2009, le même jour que Barack Obama. Deux ans plus tard, Obama s'est mis à dos une partie de ses fans. Pochetino, lui, a fait taire les serpents. Yes you can.

L'autre Barcelone

Pour être supporter, joueur ou entraineur de l'Espanyol, il faut avoir des certitudes et aimer nager à contre-courant. A l'Espanyol, il y a douze joueurs homemade, quatre autres piqués au puissant voisin (De la Peña, Verdu, Sergio Garcia et Baena), deux Madrilènes de formation (Callejon, Luis Garcia) et cinq Argentins (Cristian, Forlin, Duscher, Datolo et Osvaldo). Ici, la réserve n'est pas une galerie d'art, c'est un dépôt-vente. « Mon travail, reprend Pochettino, c'est de fournir des résultats qui permettront d'assurer à la fois le classement du club et la bonne santé de l'institution » . Du coup, quand trois des bijoux de famille (Victor Ruiz, Didac Vila et Coro) s'en vont au beau milieu de l'hiver (à Naples, Milan et Osasuna), le coach argentin en appelle au sens commun « le club manque de liquidités et les gens sauront comprendre cela » . Mais les 10 millions récoltés ne suffisent pas. Le club catalan entend lever 12 millions d'euros avant mars grâce à une augmentation de capital. La moitié ira au paiement de la colossale dette perica (157 millions d'euros, soit quatre fois le budget annuel). Mais le club a maintenant son stade à lui avec ses loges à lui et sa dette à lui.

Malgré un contexte économique fragile et l'omniprésence de l'encombrant voisin parfait, l'Espanyol a déjà réalisé un exploit : exister. L'Espanyol cette saison, c'est pour l'instant une sixième place (européenne) et 37 points (douze victoires, un nul, neuf défaites) en vingt-deux journées. Avec huit victoires pour dix matches à domicile, les Bleu et Blanc ont fait de leur nouvel investissement un terrain hostile pour le visiteur naïf. Seul le Barça et Villarreal sont repartis indemnes du stade de Cornella, banlieue ouest de Barcelone. Au match aller, les gamins catalans avaient bien agacé les Madrilènes à Bernabeu et attendu la 60ème minute pour relâcher la pression. A la faveur d'un péno généreux et de deux cartons rouges, le Real l'avait finalement emporté 3-0 (Cristiano, Higuain, Benzema). Malgré les apparences, ce match avait été l'un des plus laborieux de la Mou team. Même si pour le coach portugais, la qualité des adversaires du jour n'avait évidemment rien à voir. La faute au « calendrier, la fatigue et au champ de patates » qu'il disait le Mou à l'époque.

Le Real (presque) au complet

Le mois de janvier, son numéro 9, sa querelle d'ego et ses dix matchs enfin passés, le Real est maintenant serein. Tellement que samedi après-midi, Mourinho ne se présente pas en conf' de presse. C'est le second couteau, Karanka, qui sert la soupe du patron et rappelle les enjeux : « Tous les matchs sont importants et encore plus quand on a 7 points de retard  » . Tellement important que Mourinho en a profité pour faire une escapade à Saint-Étienne pour aller superviser personnellement l'OL dans son derby et mettre la pression sur la bande à Puel. Sauf que le huitième de finale de Champions n'est que dans deux semaines (le 22 février) et le Barça vient de lâcher 2 points à Gijon. Mais le Real a beau pouvoir revenir à 5 points du leader, ce soir Mourinho ne se cache plus. « Terminer deuxième ne serait pas un drame » glisse-t-il la semaine dernière. La pression, c'est pour le Barça et la Liga pour l'année prochaine.

Le match de ce soir va donc servir à maintenir la pression sur son groupe et mettre en orbite certains joueurs pour le vrai/seul objectif du Real en février : le huitième contre Lyon. Il va donc falloir confirmer la résurrection de Kaka contre la Real Sociedad. Le Brésilien devrait donc être titulaire ce soir. Adébayor, ses deux buts en trois matchs, sa fraicheur (Benz a joué mercredi, pas Adé) et ses coups de tête ont l'avantage sur Benz pour la première heure de jeu. Ozil et Ronaldo, eux, resteront indiscutables et indiscutés. Le premier, d'une part parce qu'il est la garantie technique du Real et d'autre part parce que Mourinho ne désespère pas de le faire jouer au milieu, à la droite de Kaka. Le second parce que personne ne peut se passer du C(h)rist, qui se « sen(t) encore mieux qu'il y a un mois » . Et moins que dans un mois ?

Espanyol/Real, 21h


Thibaud Leplat, à Madrid

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Bon, je n'vais pas te mentir: en lisant l'intro, j'ai vraiment eu peur que tu nous balances à nouveau ta vieille histoire sur la Copa del Rey...
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