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« La stratégie de Poutine est extrêmement bien élaborée »

Malgré de récents scandales sportifs et politiques, la Russie va bien organiser la prochaine Coupe du monde en juin 2018. Cet évènement dépasse le simple cadre footballistique. Jean-Baptiste Guégan, enseignant en géopolitique du sport et en école de commerce, nous explique les enjeux de cet évènement grâce à son livre : Géopolitique du sport, une autre explication du monde.

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On le sait, le football est bien plus qu’un sport...
Je pense que le football est une autre manière de voir les affrontements entre pays et permet de créer une belle image à l’étranger. Tout le monde s’est enthousiasmé pour la Syrie, équipe capable de tenir tête à l’Iran et au Qatar. Mais ils ont oublié un détail, la sélection qui est enregistrée à la FIFA, c’est celle de Bachar El Assad. Quand la Syrie gagne, c’est le régime qui en tire profit.
« Tout le monde s’est enthousiasmé pour la Syrie, équipe capable de tenir tête à l’Iran et au Qatar. Mais ils ont oublié un détail, quand la Syrie gagne, c’est le régime de Bachar El Assad qui en tire profit. »
Si tu es bon au foot, tu es sympathique, donc tu attires des touristes et des potentiels investisseurs. C’est pour ça que la Russie a mis autant d’argent pour organiser la Coupe des confédérations. Un seul stade a coûté plus d’un milliard d’euros. Ils ont mis énormément d’argent pour organiser la Coupe du monde 2018 et pour un programme de dopage révélé il y a peu de temps. S’il n’y avait pas d’enjeu, les pays n’investiraient pas. On ne gagne pas d’argent avec le foot. On montre au monde qu’on est capable d’organiser correctement un événement international, qu’on est capable d’accueillir des dizaines de milliers, si ce n’est des centaines de milliers de personnes dans de très bonnes conditions. On montre la qualité de nos infrastructures, de nos talents, de nos compétences et avec nos stades flambant neufs, la qualité de nos entreprises de BTP. On montre toute la compétence d’un pays capable d’accueillir des investisseurs étrangers et d’exporter ses compétences.

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Avec la Coupe du monde, la Russie essaie donc de s’attirer la sympathie du monde, mais son passif est tout de même important.
La Coupe des confédérations et la Coupe du monde servent à montrer que c’est un pays sympathique malgré la présence d’un régime autoritaire. La Russie cherche à changer son image à l’international. La stratégie de Poutine est extrêmement bien élaborée. Elle a pour idée de le montrer comme quelqu’un de souriant et d’avenant. Montrer que la Russie est capable d’accueillir du public. Dans l’image populaire, la Russie c’est la vodka, le bordel et un manque total d’infrastructures. L’idée est de montrer que ce n’est pas vrai. Et puis il y a un objectif intérieur : Poutine est président et veut le rester. Il doit montrer qu’il est capable de réussir, que c’est un leader qui gagne. Après je suis d’accord, le football ne peut pas effacer la mauvaise image d’un état ou d’un leader politique, mais ça peut la gommer en partie, au moins de manière temporaire. Les critiques vont disparaître. Si on prend l’exemple de Sotchi, il y en a eu avant et après, mais pendant un mois et demi, blackout complet, sinon tu te faisais dégager de Russie.


Pourquoi les arrestations politiques ont-elles été organisées avant que la Coupe des confédérations ne démarre ?
Vladimir Poutine a regardé l’exemple brésilien et s’est rendu compte que si tu laisses les opposants dehors, les manifestants se font voir, s’opposent et profitent des journalistes internationaux pour dire ce qui ne va pas.
« Durant la compétition, le FSB et les services secrets auront les pleins pouvoirs et les moyens maximaux pour intervenir. Ils pourront faire ce qu’ils veulent de toi. »
Poutine a fait arrêter des opposants politiques pour diverses raisons dans des conditions extrêmement spéculaires. Il fallait que ça se sache pour une raison simple : si tu sais que tu peux te faire arrêter en t’opposant, tu ne fais pas le malin et tu te caches, car tu sais que si tu veux t’opposer durablement, il faut que tu sois discret. Durant la compétition, le FSB et les services secrets auront les pleins pouvoirs et les moyens maximaux pour intervenir. Ils pourront faire ce qu’ils veulent de toi. Si tu veux poursuivre ton opposition sur le long terme, il ne faut surtout pas profiter de ces évènements-là, c’est contre-productif. L’argument du terrorisme est évidemment valable, mais il sert beaucoup à faire taire ses opposants. À Sotchi, il y avait tellement de sas de sécurité qu’il était très difficile d’accéder aux zones dans lesquelles se trouvaient des journalistes internationaux. L’image qui a été donnée est celle d’une Russie apaisée, sans hooligans. Poutine a été clair, son ministre de l’Intérieur aussi : « Il n’y a pas de problèmes avec les hooligans et puis s’il y en a, on va vite le régler. »

Les élections auront lieu le 18 mars 2018. Bon timing ?
On se rend compte que dans les régimes autoritaires, dans lequel le pouvoir exécutif est fort et reste entre les mains des mêmes, l’évènement sportif est utilisé comme un moyen de valoriser la personnalité du chef. Vladimir Poutine se sert de la Coupe du monde 2018 comme ont pu le faire une grande majorité de grands leaders dans le monde. L’évènement valorise celui qui l’organise. Ce n’est pas la Russie, mais Vladimir Poutine. Et puis il peut s’afficher avec les grands de ce monde. À chaque fois qu’il peut le faire, il le fait. C’est d’ailleurs pour ça qu’Angela Merkel et François Hollande avaient refusé d’aller à l’ouverture des JO de Sotchi. Poutine veut nourrir son image. La Coupe du monde lui fait gagner en image à l’international et peut-être de la sympathie à l’intérieur même du pays, si l’équipe fait un bon parcours. Beaucoup de Russes vivent dans des zones reculées et vont suivre les matchs et voir le leader trôner. Chaque manifestation va lui profiter. Un peu comme Jacques Chirac en 1998. C’était un fan de rugby, le foot il ne regardait pas. Il s’est même trompé au moment de recevoir les joueurs à l’Élysée en disant : « Je vous présente la Coupe de France » alors que c’était la Coupe du monde. Sa cote de popularité est montée de plus de 15 points et si on regarde François Hollande, à l’Euro c’était pareil.

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Un risque à utiliser le sport de cette façon ?
C’est à double tranchant. Si ça marche c’est positif, si tu perds, tu fais face aux critiques qu’il y avait déjà avant en y ajoutant la défiance populaire.
« Durant la Coupe du monde, la Russie doit au minimum passer le premier tour. Si tu n’y vas pas, tes audiences vont baisser. Or ce que Poutine recherche, c’est de l’image. On peut donc penser qu’ils ont prévu un plan B ou un plan C. »
Il n’y a rien de pire que l’échec. Il suffit de voir certaines réactions de présidents africains lorsque leur sélection nationale perdait, pareil pour la Corée du Nord. Ces derniers temps, on constate l’absence de fonds de jeu de la sélection russe. Quand les Russes ne gagnent pas lors de la dernière Coupe des confédérations, Poutine a la rage. Durant la Coupe du monde, la Russie doit au minimum passer le premier tour. Si tu n’y vas pas, tes audiences vont baisser. Or ce que Poutine recherche, c’est de l’image. On peut donc penser qu’ils ont prévu un plan B ou un plan C. Il vaut mieux être associé à une équipe qui gagne qu’à une équipe qui perd.


Il y a quand même beaucoup de chances que la Russie échoue.
Le pouvoir russe est tout de même prêt à jouer. Une très bonne organisation sera déjà une belle réussite et puis on n’est jamais à l’abri d’une surprise, surtout avec certains éléments favorables.

==> Géopolitique du sport, une autre explication du monde (Ed. Bréal)

Propos recueillis par Flavien Bories Jean-Baptiste Guégan est enseignant en géopolitique du sport à l’ESJ Paris et dans les écoles de commerce l’ISTEC et l’ESG.
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