La rumeur court...

Les vraies rumeurs sont de retour, pas celles de la baffe prise par le Breton dans un avion, mais celles des transferts. Bidon ou pas ? A vrai dire, ce n'est pas le plus important.

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L'arrêt Bosman peut aujourd'hui s'annoncer comme le papa du pan “entertainment” du foot des années 2000. En été, les grandes compétitions sportives, types Mondial ou Euro, détournent suffisamment l'attention pour mettre en stand-bye les rumeurs de transferts. Mais, « là, c'est reparti » , confie sans doute soulagé, Sébastien Denis, le rédac' chef de footmercato.net, spécialiste on-line de l'exercice.

Partons déjà d'un principe simple : les rumeurs sur les transferts, ça marche. Les médias en ont bien fait une rubrique spéciale, voire une ligne éditoriale. L'été, la première page ouverte dans L'Equipe reste la page transferts –allez, pour les amateurs de la pédale de juillet, peut-être le résumé d'étape de la veille–, sur internet, tapez juste foot dans votre barre de recherche et vous trouverez en très bonne place « “infos transferts” » ou “infos, rumeurs, mercatos”. Une partie des coulisses du foot moderne arrive à nous divertir. Pourquoi ? « Je peux pas l'expliquer. Quand on est un vrai fan de foot, c'est vrai que c'est une période qui rend fou et qui passionne les gens d'une manière exacerbée » avance encore le boss de footmercato.net. « Aujourd'hui, toutes ces rumeurs de transferts, ça tourne au people un peu je trouve » répond l'agent de joueurs Philippe Flavier. Comme si nos infos mercato étaient devenues le Closer du ballon rond.


Ouvrons notre manuel de psychologie sociale d'Alport et Postman, p.185: « La rumeur est une affirmation présentée comme vraie sans qu'il existe de donnée concrète permettant de vérifier son exactitude » . Fermons le manuel. De l'aveu de tous “dans le milieu”, les sources sont majoritairement du même clan, celui des agents. Tanguy Debladis défend son bout de gras : « Honnêtement, moi je ne balance pas. Ça dépend surtout de la taille de l'agent et du nombre de joueurs qu'il a. De temps en temps, pour les gros agents, c'est utile de faire bouger les choses, notamment avec les joueurs qui ont moins d'actualité » . Philippe Flavier poursuit : « Je parle très très rarement et ça fait 20 ans que je suis dans le métier. À des journalistes de L'Equipe, je pourrais leur dire des trucs mais jamais quelque chose d'essentiel. C'est un gentleman agreement. Personne n'est dupe » . Et ce sont pourtant « eux qui font la pluie et le beau temps, avec qui les journalistes récupèrent des infos chaque jour » répète Sébastien Denis. Agent Debladis confesse : « Y en a beaucoup qui racontent n'importe quoi. Prenez le cas Boumsong au PSG, dans L'Equipe, je ne sais pas où ils sont allés la sortir celle-là. Boumsong, il plaît pas aux gens du PSG, il n'a jamais eu aucun contact. Voilà, le joueur est disponible et vu qu'ils ont signé un autre Lyonnais avant, voilà, on se dit : “Tiens ? Boumsong au PSG ?”. C'est quand même des raccourcis un peu gros, quoi » .



Pourtant, les clubs ne partent pas à l'aveuglette sur le marché. Les profils sont déjà bien ciblés, les budgets bouclés et le travail fait en amont, en toute discrétion. « Propager des infos, c'est uniquement pour faire croire que. Quel est l'intérêt pour les trois parties d'ébruiter une négociation ? Aucune. Chacune préfère avancer discrètement dans son coin. Il y a un décalage entre l'importance que se donne la presse sur ce thème et la réelle influence qu'elle a sur les dossiers transferts » . Et de nous fournir deux tactiques : « Ne rien dire du tout ou alors être très bavard. Vous balancez 100 noms à la presse pour occuper tout le monde et vous travaillez quand même sur vos dossiers. Faire un écran de fumée. Quand un joueur est annoncé depuis deux mois un peu partout, et que finalement il est toujours dans son club, c'est qu'il n'a pas d'offre. C'est tout » .


En fait les rumeurs, elles sont juste là pour nous occuper en période creuse, en vacances quoi. Évidemment dans le lot, certaines se concrétisent. Il faut bien, même si on peine à croire un duo Raul-Magath à Schalke. Il faut envoyer du rêve. Mais pas n'importe comment. « Par exemple, la semaine dernière, le 10 Sport annonçait que Marseille avait refusé Guti. Bien sûr, c'est complètement plausible puisque le joueur, il est à 4,5 millions net par an, et que Marseille ne peut même pas se payer Forlan. Mais voilà, c'est typiquement le genre de rumeur qu'on ne veut pas faire, parce qu'après, on tombe dans le racolage et on est là pour faire du chiffre parce que c'est Marseille et un joueur du Real Madrid » . Tacle glissé de footmercato.net pour le rétablissement de la rumeur noble. « C'est un deuxième phénomène, il y a forcément des agents qui bougent pour qu'on parle d'eux. J'aime pas trop ce système » s'agace encore agent Flavier.


Et le dernier coup de vice en plus : les joueurs ne sont pas les plus fidèles en business. « Allez, 50% des joueurs seraient capables de vendre leur mère pour un euro de plus. Je suis honnête, mais ils sont dans un système qui veut ça. Parfois, tu peux demander à un joueur s'il a un agent. Il te répond non, et finalement dans le déroulement des négos, tu découvres que d'autres agents travaillent pour lui » raconte un autre expert des contrats (on va garder son nom confidentiel).


Multiplication d'agents, multiplication des sources donc, parfois sur le même joueur. La meilleure des recettes à rumeurs, le tout dans un système de dupes. Ouais mais on veut saliver, Ligue 1 ou pas.

Par Ronan Boscher

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