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La Roma va tout Donetsk

L'AS Roma de Ranieri avait coulé à l'aller. Celle de Montella va tenter de se sauver de la noyade et d'atteindre le rivage. Mais attention, même les nageurs les plus chevronnés sont en danger dans les lacs gelés d'Ukraine.

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Donetsk. Son million d'habitants. Sa statue de Serguei Bubka. Et surtout, son stade de la Donbass Arena. Une enceinte de 50 000 places, où l'AS Roma joue ce soir ses dernières chances de survie en Ligue des Champions. Pourtant, au vu du match aller, les espoirs sont minces. Avec Ranieri encore sur le banc, les Giallorossi s'étaient fait corriger à domicile par des Ukrainiens, pardon, des Brésiliens, fringants (2-3). Un match que la Roma aurait pu facilement gérer, surtout après l'ouverture du score du score de Perotta. Puis, dix minutes de black-out. Comme dans ces dessins animés où la lumière s'éteint, et lorsqu'elle se rallume, tous les personnages sont attachés et bâillonnés. C'est bien ça. La Louve s'est fait bâillonner par les cambrioleurs d'un soir, le trio Luiz Adriano-Jadson-Douglas Costa, qui a volé leur dignité aux joueurs de la capitale italienne. En seconde période, Jérémy Menez a bien tenté de la récupérer, avec un but sublime, laissant entrevoir un mince espoir de qualification. Trois jours après cette défaite, la Roma subit l'un des revers les plus tragiques de son histoire. Alors qu'elle mène 3-0 face au Genoa, elle subit quatre buts en un peu plus de trente minutes. Ce renversement est fatal à Ranieri, qui démissionne dans la foulée.

L'équipe est alors remise dans les mains d'un ancien de la maison : Vincenzo Montella. Et l'effet est immédiat : dès son premier match, l'Aeroplanino s'impose sur l'hostile pelouse de Bologne (1-0). Malheureusement, dès le test suivant, la Roma retombe dans ses travers. A domicile, en moins de dix minutes, elle se fait remonter deux buts par Parme (2-2). Montella comprend déjà que le seul vrai problème de cette Roma tient en quatre lettres : Roma. Et les déclarations de Ranieri au journal télévisé de la Rai Uno, le lendemain, ne font que le confirmer. « A la Roma, cette année, j'étais devenu le seul paratonnerre. Désormais, c'est à l'équipe de tout prouver. Les intérêts personnels et les ego de certains ont prévalu sur le bien de l'équipe » déclare-t-il, entre nostalgie et colère. Pour faire le plein de confiance, rien de mieux alors que d'aller s'imposer, au forcing, sur le terrain de Lecce (2-1). Un succès qui permet de rester dans la course à la quatrième place, qualificative pour la Ligue des Champions, et d'envisager le match de la dernière chance à Donetsk avec quelques certitudes. La première : que la Roma va tout donner, pour ne pas avoir de regrets. La seconde : que cette Roma-là, à trois semaines d'intervalle, n'a plus rien à voir avec celle du match aller. « Le match aller, je l'ai vu à la maison, à la télévision. La Roma avait bien commencé, puis a eu ces dix minutes de folie, réussissant tout de même à réagir, et ratant de peu l'égalisation. Demain, je veux voir la même volonté et la même hargne, mais sans ces fameuses dix minutes » a déclaré hier le coach en conférence d'avant-match.

Si à l'évidence, Montella ne craint plus les travers de sa propre équipe, il a toutes les raisons de craindre l'équipe adverse. Ce Shakhtar Donetsk made in Brésil, emmené par Lucescu et invaincu à domicile toutes compétitions confondues depuis plus de soixante matches. Et ce Shakhtar qu'il va falloir, qui plus est, battre par deux buts d'écart pour réussir le miracle. « Le Shakhtar a des joueurs de qualité, très rapides, mais c'est une équipe qui peut être battue. Je suis optimiste parce que la Roma est en nets progrès. Nous jouerons notre chance à fond. La mentalité doit être la même qu'à Lecce, avec cette même envie de gagner » affirme Montella. Optimiste ? Presque utopiste, le p'tit avion. Alors, pour réussir l'exploit, le nouvel entraîneur giallorosso mise à nouveau sur son capitaine retrouvé, Francesco Totti. Le numéro 10, qui a fêté la semaine passée ses six-cents matches sous son maillot de toujours, a retrouvé ses jambes. Suspendu vendredi à Lecce, il a pu se reposer, avec l'objectif d'attaquer cette semaine décisive avec la motivation de ses 20 ans. « Demain, nous jouons l'Europe. En Champions League, on rencontre des équipes fortes, et il faut forcément avoir un jeu. Nous allons affronter une équipe bien en place sur la pelouse, mais pour nous, c'est une rencontre déterminante » annonce-t-il. Déterminante. C'est bien le mot pour caractériser la semaine des Giallorossi. Dans le froid glacial de Donetsk (on prévoit entre -6°C et -10°C), ils jouent ce soir une qualification en quarts de finale qui leur échappe depuis trois ans. Puis, de retour à Rome, ils devront préparer le match de l'année, le derby de Rome face à une Lazio qui carbure. « Je voudrais jouer ces deux matches, mais si je devais n'en choisir qu'un, je dis le derby » lance Totti. Preuve de la place unique qu'occupe un tel match dans la Ville Éternelle. Mais avant de penser au derby, les Romains doivent se concentrer sur un match. Un seul. Celui qui dira si oui ou non, ils seront encore dans le coup au printemps, après des mois d'hiver désastreux. Les dés sont jetés. Pour l'honneur de Rome. Pour l'honneur de l'Italie. Montella jacta est.



Eric Maggiori

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