La Roma multinationale

Un nouveau président américain, un nouvel entraîneur espagnol, des nouveaux joueurs venus de tous horizons (surtout d'Espagne ?), la Roma est en train de révolutionner son histoire, en épousant la cause de la mondialisation. Romulus et Rémus ont du souci à se faire.

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Depuis sa luxueuse habitation du quartier de Torrino, Francesco Totti se gratte la tête. La « romanità » , concept cher à son cœur, est en péril. Et il le sait. L'an dernier, les Romains de souche avaient le pouvoir dans la Ville Eternelle, et ce n'est certainement pas un hasard si la Roma a caressé les cieux. Aux commandes, Claudio Ranieri. Né à Rome. En leader du milieu de terrain, Daniele De Rossi. Né à Rome. En capitaine, lui-même. Né à Rome. En présidente, Rosella Sensi, née à Rome, fille de l'ancien président Franco Sensi, né et mort à Rome. L'Empire romain régnait. L'Empire romain est passé à deux doigts du Scudetto. Si seulement les Giallorossi, encore guidés par Luciano Spalletti, n'avaient pas perdu leurs deux premiers matches de championnat, ils l'auraient emporté. Haut-la-main même. Mais non. La sublime saison, marquée par les “émotionnantes” victoires lors des derbys, aurait pu signer le commencement d'une nouvelle ère. Au contraire. Il va s'agir là de la fin d'un cycle. Cette année, la Roma s'est montrée d'une inconstance étrange, jamais capable d'aller lutter pour le titre. Étincelante parfois (victoires dans le derby, blitz à San Siro face au Milan AC), déconcertante d'autres fois (double défaite face au Shakhtar, folle remontée contre le Genoa), la Roma finit par voir en Ranieri la raison de tous les maux. L'entraîneur démissionne. Avec Montella, les choses s'arrangent. Un peu. Pas vraiment. La Roma termine à la sixième position, voyant s'envoler l'objectif Ligue des Champions lors de l'avant-dernière journée. Les tifosi l'ont bien compris, le magnifique cycle entamé par Spalletti et prolongé par Ranieri arrive à son terme.



«  Vuoi fà l'Americano ? »



Pour ne pas arranger les choses, la Roma connait de sérieuses difficultés financières qui obligent la présidente, Rosella Sensi, à mettre en vente le club. Les tifosi, qui n'ont jamais eu un amour débordant pour « la fille de » , sont alors partagés entre crainte et espoir. La crainte de voir un incompétent, non-romain qui plus est, prendre la tête de leur équipe. Et l'espoir qu'un nouveau patron puisse ramener des sous, donc des stars, donc des titres, à l'ombre du Colisée. Après de nombreux mois de négociations, Rosella Sensi et la banque Unicredit, qui gère une partie du capital de la Roma, tombent d'accord avec Thomas DiBenedetto. Ce riche entrepreneur américain, l'un des boss des Boston Red Socks, exprime le désir de transformer la Roma en un véritable business gagnant, capable de s'exporter jusqu'aux États-Unis. Le projet plait, et est validé. Lors du dernier match de championnat face à la Sampdoria, Rosella Sensi, en larmes, fait ses adieux au club qu'elle a toujours aimé. Francesco Totti lui offre un maillot floqué de son nom et du numéro 1. C'est une grande part d'appartenance à la ville de Rome qui s'en va. De fait, depuis Dino Viola, président de 1979 à 1991, tous les patrons de la Louve (Ciarrapico, Di Martino, Sensi) étaient romains de souche.



Catalogne et romanità



Deuxième étape, l'entraîneur. Montella, censé assurer l'intérim après les démissions de Ranieri, n'a pas convaincu les nouveaux dirigeants. Son bilan était pourtant honorable : 7 victoires, 3 nuls et 3 défaites. Mais quitte à tout chambouler, autant le faire jusqu'au bout. DiBenedetto veut donner un grand coup de pied dans la fourmilière. Le nom de Didier Deschamps est tout d'abord évoqué sur les rives du Tibre. Puis celui de Pioli, de Delio Rossi. Finalement, le plan est dévoilé : le nouveau technicien sera Luis Enrique, entraîneur du FC Barcelone B, équipe de deuxième division espagnole. Un coup de maître, pour ceux qui distinguent en lui « le nouveau Guardiola » . Un coup dans l'eau, pour ceux qui voient plutôt un entraîneur peu expérimenté. Par ce choix, DiBenedetto espère surtout que Luis Enrique va importer avec lui les recettes gagnantes du club catalan. « Je suis heureux du choix que j'ai fait et enthousiaste à l'idée d'épouser le projet Roma. C'est un projet gagneur, exactement comme moi. Je pratiquerai un football offensif, spectaculaire, avec l'ambition de faire venir plein de monde au stade pour se divertir » annonce le nouveau coach le jour de son intronisation.



Irréductibles Romains



La « Roma américaine » , comme l'appelle la presse italienne depuis le rachat officiel, prend donc inéluctablement des accents hispaniques. Luis Enrique souhaiterait en effet ramener dans ses valises quelques bijoux de l'équipe B du Barça, comme Jeffren (23 ans), Jonathan Soriano (25), Oriol Romeu (19) ou Martin Montoya (20). Une question se pose alors : quid d'un éventuel choc culturel et générationnel entre les babys espagnols et les Romains tant attachés à la « romanità » , comme De Rossi et Totti ? « Le concept de romanità n'est pas compréhensible pour quelqu'un qui ne le vit pas. Et ce n'est pas seulement une question de derbys. Dans une équipe comme la Roma, il est important d'avoir des gens qui appartiennent au maillot. Il y en a toujours eu : Bruno Conti, Di Bartolomei, Bernardini, Giannini... Ils portent en eux l'âme et l'histoire du club. Je ne sais pas ce que des joueurs de Barcelone peuvent comprendre à ça. Enfin, eux, ils connaissent un peu ça avec leurs histoires de Catalogne. Mais ce n'est pas pareil » tente vainement d'expliquer Carlo Mazzone, ancien joueur et entraîneur de la Roma, romain pur sang. Une façon détournée de dire que le capitaine romain doit rester Roi en ses terres. Oui, mais jusqu'à quand ?



Des stars pour le Scudetto



Après le Président et l'entraîneur, il faut désormais des joueurs. Alors que les premières rumeurs font déjà rêver les foules avec des noms ronflants (Pastore, Julio Cesar, Sandro, Lukaku, Higuain), les nouveaux dirigeants romains veulent être en mesure de comprendre qui va partir. Si le départ de Mexès au Milan AC est déjà acté, ceux de Pizarro, Vucinic, Doni, Taddei et Menez restent à définir. Hormis le Français, aucun n'a émis un profond désir de s'en aller, même si de petites querelles internes semblent les avoir poussés vers la sortie au cours des derniers mois. L'heure est donc à la construction, à la stratégie, à l'élaboration d'une équipe qui veut gagner, gagner, gagner. Et surtout, ne plus arriver deuxième, comme c'est arrivé six fois lors des dix dernières saisons. Dans tous les cas, et même si DiBenedetto affirme vouloir «  privilégier le vivier et les jeunes » , la Roma est en passe de devenir une multinationale, dans laquelle Totti et De Rossi feront figure d'irréductibles. Une sorte de coup de poker, un saut vers l'inconnu. Mais peut-être aussi, une petite révolution pour un immense bien.



Eric Maggiori

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Luis Enrique va remettre de l'ordre dans tout ce bordel.
Un peu comme moi ici...
J'ai du mal à croire que cette "révolution" va sortir le club de son éternel provincialisme et lui permettre d'accéder à un statut définitif de grand club européen. On connaît l'instabilité chronique de la place.

Mais pourquoi pas?
"émotionnante", je dis non
Faut vraiment être fou pour choisir Luis Enrique à la place de Deschamps qui connait le foot Italien comme sa poche.
deschamps est minable, luis enrique a la Classe...
Voilà la raison de ce choix.
Le Barça mec, le Barça, la Beauté, l'Art, deschmps c'est sale, pourri créatine, juve, chels€ marseille, ça pue...
Ouais sauf que la culture Barça tu ne la ramènes pas comme ça dans un club Italien dans ta valise.

Luis Enrique c'est un sanguin, j'me rappel de ses matchs, on va voir c'que ça va donner à Rome avec les gros caractériels du club.
@Hristo de puta ; Sois plus modéré dans tes propos. Je veux bien croire que tu supportes le Barça, et moi aussi en Europe, je trouve que c'est la référence. Cependant tous ceux qui n'ont pas de lien avec le Barça ne sont pas tous mauvais, loin de là.

Si Deschamps est minable, je crois que, à part une quinzaine de coachs, ils le sont tous. Deschamps est un entraîneur au top niveau qui, même s'il n'a pas fait développer un jeu énorme à l'OM cette année, a toujours eu des résultats dans ses expériences. Et il est très jeune et aura beaucoup de succès plus tard.

Je pense tout de même que Luis Enrique est un meilleur choix pour la Roma. S'il est aussi bon que Guardiola, ça peut être le début d'une grande ère du côté de la Roma, c'est tout ce que je leur souhaite. Et je ne pense pas que Totti soit autant contre l'idée de renforts comme le dit cet article. Il veut le meilleur pour sa Roma, point.
deschamps est aussi minable que puel domenech ou le traductor, qui lui a plus de moyens, d'où ses résultats. La copa cette année par exemple, héhé.
Bref, on s'emmerde à regarder leurs équipes jouer alors que Lucho a dit avant même d'être nommé qu'il apporterait du spectacle et du plaisir. C'est ça le foot, pas les calculs d'apothicaire des débiles pré-cités...
Zobi !
D'un autre côté s'ils veulent avoir un vrai projet qui part des poussins pour arriver à des types à la Totti/De Rossi, c'est clair que faire venir quelqu'un du Barça ça le fait plus que Marseille où 90% des espoirs sont des bourrins à la M'Bia/Taiwo/Niang (comparé aux Thiago, Bojan, etc...), c'est sur... Et puis c'est vrai que Deschamps n'a pas trop de sex appeal entre nous.

Je ne pense pas que la Roma perdra son identité, s'ils commencent à centrer le projet actuel autour de Totti et de De Rossi, le reste suivra!
@Finnanigan ; Mmmh ton commentaire transpire le savoir...

Niang vient de Strasbourg, Taiwo a été formé dans un club nigérian, et M'Bia est arrivé de Rennes. Aucun d'entre eux n'a été formé à l'OM. Bocaly, Nasri et Benatia, pour ne citer qu'eux, ont été formés à l'OM ouais. Et ?

Le sex appeal a beaucoup d'influence sur les résultats, c'est vrai...

Et la formation à la française (on va en revenir sur les "quotas") est mauvaise, et il est clair qu'il faut redéfinir les critères recherchés. Sans parler de la couleur de peau, mais moins de grands physiques et plus de technique. Marseille est en France, non ?

Cependant, je pense aussi que Luis Enrique est le meilleur choix pour la Roma. Il n'y a qu'un risque, c'est qu'il s'avère être un flop. Mais s'il est réellement talentueux, alors c'est le jackpot pour la Roma qui aura la philosophie du Barça importée chez elle. Avec toute la réussite qu'on connait...
Je pense que Finnanigan transpire tout court.
Mouais c'est un risque, je trouve même qu'il la ramène un peu trop. Mais bon en même temps il faut une première expérience pour se lancer dans le grand bain. La Roma lui tend la perche, à lui de bien s'en servir.

Entraîner des caractères de cochons(Totti, De Rossi...) c'est autre chose que d'entrainer une bande de jeunes formatés depuis leur plus jeune âge au 4-3-3. Et même si le calcio est un peu en retrait, ce championnat reste ce qui se fait de mieux niveau tactique.

Je ne pense pas que les joueurs annoncés vont amener une vraie plus value, sur les quatre nommés Oriol Romeu me semble le plus prometteur.

Di Benedetto va t'il investir sur quelques stars comme Pastore ? Alors ce projet de "beau jeu" peu prendre forme.
Hehe... "À la", ça a quand même son importance. Certes il y a eu Nasri... Mais on ne peut pas nier que la majorité des joueurs formés dans les clubs comme l'OM sont avant tout physiques ou au moins majoritairement. Comme en Espagne il y a des Rossi, en Italie des Inzaghi, en France c'est des zuzus à la Niang/Sow... Après bien sur, mon com est une petite hyperbole, mais on ne peut pas nier que comme projet, miser sur la technique, c'est bien plus vendeur que la force brute. Et oui Blanc avait raison (mais ça n'engage que moi).

Et oui, le sex appeal influe beaucoup sur les résultats (je pars de l'idée que c'est ta phrase est sarcastique..): la preuve, la L1 est là où elle est. Tout simplement parce que ça attire les joueurs qui à leur tour apportent les résulats...
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