1. // Championnat Amsud -20

La relève brésilienne a les crocs

Hier soir, la Seleção a remporté le championnat d'Amérique des moins de 20 ans en atomisant l'Uruguay 6-0. Les deux nations représenteront le continent aux Jeux Olympiques de Londres.

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Écœurés par une nouvelle défaite contre les Bleus, les médias brésiliens en ont fait des tonnes sur Zidane et le “fantôme du n°10” réincarné en Benzema. Pourtant, ils ont l'air d'oublier que les pires bourreaux de la Seleção se nommaient peut-être Brisson et Xuereb. En marquant les deux buts de la finale du tournoi de foot des JO des Los Angeles en 1984, ils ont privé le Brésil du seul titre majeur qui manque à son palmarès. Du coup, tous les quatre ans, la ruée vers l'or olympique prend des allures d'obsession nationale.

Hier soir, les espoirs de la génération 1991 avaient une pression monstre. Leur mission : se qualifier pour les Jeux de Londres en se classant parmi les deux premières nations du championnat d'Amérique du Sud des moins de 20 ans à Arequipa, au Pérou. Quelques minutes avant le coup d'envoi de ce match décisif contre l'Uruguay, le capitaine Bruno Uvini, à défaut de lire la lettre de Guy Môquet, a préféré parler de son expérience personnelle pour motiver ses coéquipiers. Rapatrié pour cause de blessure grave lors de la défaite 1-0 contre l'Argentine deux journées plus tôt, il s'est fendu d'un petit message sur le portable de Neymar, en direct devant les caméras de Sportv : « Je me suis fracturé la jambe droite lors de ce tournoi, mais s'il le faut, je suis prêt à sacrifier la gauche pour mon pays » .

Neymar et Lucas survolent la compétition

Ce ne sera pas nécessaire. Dès le premier but de leur victoire 6-0 contre l'Uruguay, les joueurs lui rendent hommage en sautillant sur le terrain à cloche-pied. Au final, ils ont plus que fait le job. Pour se qualifier, ils pouvaient même perdre 4-0, ils devanceraient toujours l'Argentine, qui ne défendra pas le titre olympique remporté par la bande à Messi et Agüero à Pékin en 2008.

A Londres, les héros brésiliens pourraient bien se nommer Neymar et Lucas. Malgré leur tronche d'ados, ils sont déjà incontournables dans leurs clubs. Opposés à des gamins qui, pour la plupart n'ont pas encore d'expérience au plus haut niveau, ils se sont littéralement baladés en terres péruviennes.

La petite merveille de Santos a donné le ton d'entrée de jeu, avec quatre pions et des actions de grande classe dès le match d'ouverture contre le Paraguay. Meilleur buteur de la compétition avec neuf caramels, Neymar, auteur d'un doublé hier soir, a pris un malin plaisir à humilier ses adversaires. Quitte à en faire trop, en tentant des parfois gestes inutiles par pur esprit de provocation, même quand le jeu est arrêté. Une mauvaise habitude qui pourrait lui coûter cher : en club comme en équipe nationale, il se fait découper sans arrêt par des défenseurs enragés par son insolence de sale gosse. Heureusement qu'il a refusé les roubles de Chelsea : s'il se frotte à Joey Barton ou Nigel De Jong, il pourrait bien y laisser une jambe.

Des problèmes d'indiscipline à régler

Dans un style plus sobre mais diablement efficace, Lucas, auteur d'un somptueux triplé hier soir, s'est affirmé plus que jamais comme un grand espoir du foot brésilien. Fin dribbleur, le joueur du São Paulo FC possède un redoutable coup de rein, capable de laisser sur place n'importe quel défenseur. Il allie vitesse, technique et intelligence de jeu, dans un style qui ferait presque penser à celui de Nasri version Arsenal.

Autre joueur à suivre, Casemiro, son coéquipier en club, milieu défensif au physique impressionnant, loin d'être maladroit balle au pied et capable de marquer des buts décisifs quand son équipe est dos au mur, comme contre l'Équateur lors de la journée précédente.

Ultra-talentueuse, cette Seleção classe biberon n'est pourtant pas à l'abri d'un des principaux travers de ses aînés. Fragiles mentalement, les jeunes Brésiliens ont tendance à perdre leurs moyens dès qu'ils sont un peu bousculés. Résultat, une pluie de cartons rouges. Y compris hier soir, ce qui ne les a pas empêchés d'en coller trois à l'Uruguay après la pause, alors qu'ils évoluaient en infériorité numérique dès la première minute de la seconde mi-temps. Vu la faiblesse des adversaires, il y avait de la marge. Mais s'ils veulent s'imposer comme des grands à Londres, ils ont intérêt à corriger ces problèmes d'indiscipline.

En attendant, ils peuvent savourer leur titre de champions d'Amérique du sud et revenir dans leurs pénates, attendus qu'ils sont avec impatience pour disputer les championnats régionaux. Les portables de leurs agents doivent déjà être en train de chauffer : s'ils continuent à évoluer à ce niveau, leurs protégés ne risquent pas de faire long feu au Brésil.

Louis Génot, à Rio de Janeiro

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