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La puissance de la note

Après chaque match, c’est la même rengaine : joueurs comme supporters se jettent sur les notes données par les observateurs. Un exercice qui peut s’avérer intelligent, drôle et stimulant. Sauf en France, où L’Équipe fait, souvent, la pluie et, parfois, le beau temps.

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Le football est un sport collectif qui se joue donc à onze contre onze. Le footballeur professionnel est un homme seul, sans attache ; il est mobile, donc transférable. Le footballeur veut être le meilleur et, même s’il sait qu’il ne l’est pas, pour affronter les meilleurs il doit penser l’être. Pour beaucoup, le footballeur est très con, pas très instruit, pas très cultivé et vraiment pas curieux. Il vit dans une sorte de bulle déconnectée de la réalité. Les choses de la vie ne le concernent pas vraiment alors ce n’est pas important. Oui, le footballeur est très égoïste et individualiste. Il a pourtant pour lui l’intelligence du jeu et la capacité à résister au stress, à la pression. Qui est capable de tirer un pénalty en finale de Coupe du monde devant 80 000 personnes ? Qui est capable de prendre la bonne décision au bon moment dans les arrêts de jeu d’un match décisif ? Qui est capable d’accepter de se faire siffler par son public ou de se faire insulter dans la rue après un mauvais match ? Qui est capable après avoir été blessé, avoir été mis sur le banc de touche, de revenir encore plus fort au match suivant ? Le footballeur est incassable, parfois inclassable. Mais le footballeur craint une chose : sa note d’après-match dans L’Équipe. C’est terrible, mais le footballeur reste faible et fébrile dans l’attente de cette fameuse note. Même si, bien sûr, il vous dira que les notes, lui, il s’en tape.

Tous en choeur

Le footballeur aime acheter L’Équipe – le lire, c’est moins sûr – surtout le lendemain de son match. Avant, lorsqu’il se levait, après avoir fait un bisou à maman, il allait directement chez le buraliste. Il fallait savoir, vite. Le footballeur voulait sa note. Combien lui a mis ce con de journaliste de L’Équipe qui n’y connaît rien au foot, qui n’a jamais joué au football de sa vie ? Aujourd’hui plus besoin d’attendre : sa note, il peut la connaître le soir même sur léquipe.fr. Alors il checke et rechecke son iPhone 5 au restaurant, en plein dîner. Oui, le footballeur est impatient, car notre époque est impatiente. Oui, il est malpoli, car notre époque est malpolie. Plus de suspens, plus d’attente, plus d’angoisse ou de plaisir. Avant, le footballeur pouvait passer un bon ou un mauvais dimanche, aujourd’hui c’est une bonne ou une mauvaise soirée.

Le footballeur, après son match, connaît sa prestation. Il sait donc le plus souvent quelle note il mérite. Pourtant il attend avec impatience, car il croit en ce salaud de journaliste. La note de L’Équipe est mauvaise : ce n’est pas grave, car ce n’est pas de sa faute. C’est facile de se trouver des excuses pour justifier un mauvais match. La pelouse, le temps, le partenaire qui ne comprend rien ou les choix tactiques du coach… De toute façon le footballeur a sa cour qui le défend, le protège face à l’ennemi. Allez, tous en chœur : « De toute façon, les journaliste sont tous des nazes, des jaloux ! » Oui et puis ce journaliste, il les connaissait, les consignes du coach ? Il sait que j’ai joué avec la grippe, une douleur au mollet et le dos en compote ? Et puis le journaliste, il sait que je me suis embrouillé avec ma meuf hier soir ? Et puis, et puis, et puis... Oui c’est vrai, ce salaud de journaliste n’y connaît rien et il va donner seul son avis (certainement validé par ses copains de la rédaction) à tout un pays.

Moyen de pression

Que ce soit dans sa version papier ou en ligne, le journal qui détient le monopole du football en France fait peur. À l’étranger il y a plusieurs journaux sportifs. Un journaliste de tel ou tel journal peut avoir plus ou moins apprécié la prestation d’un soir. Les notes peuvent varier. Quand on regarde un match au stade, on sait à peu près qui a fait un grand match et qui a très mal joué. Mais pour les autres ? Au vrai, cette note fait peur surtout quand elle risque d’être mauvaise. Elle a alors beaucoup d’influence. Elle renseigne ceux qui n’ont pas vu le match. Votre entraîneur, vos coéquipiers, votre famille, les fans l’attendent aussi. Elle vous valorise ou vous fragilise. Quelle jouissance pour un journaliste de L’Équipe, quelle force, quel moyen de pression sur un joueur. On a vu des joueurs, que l’on ne citera pas ici (évidemment), appeler des journalistes pour connaître leur note et essayer de changer le cours de leur nuit. En tout cas, vendredi soir, Rennes a gagné 2-1. Féret n’a pas eu besoin de s’inquiéter, car il savait. Il pouvait savourer en attendant le verdict. Auteur d’un beau but et d’une super passe décisive, il a eu 8. M’Vila, en difficulté en ce moment, a décroché un 4. À votre avis, lequel des deux a passé un super week-end avant de regarder tranquillement Zlatan obtenir un joli 9 après son doublé ce dimanche soir ?


Par Vikash Dhorasoo

*Vikash Dhorasoo commentera PSG/Lyon ce soir sur France Info

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