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La prophétie capricieuse d'Hernanes

Lorsqu'Hernanes met les pieds à Milan en janvier 2014 en échange de 18 millions d'euros, Erick Thohir pense miser sur un leader offensif capable de porter le peuple noir et bleu sur ses épaules de Prophète. International brésilien, milieu central autoritaire et meneur fantaisiste, l'ex de la Lazio semble répondre aux conditions requises pour « interpréter la parole divine » . Seulement, les prophéties sont capricieuses, et celle-ci n'a jamais semblé vouloir se réaliser. Pourtant, depuis trois semaines et le dimanche de Pâques, les espoirs d'une résurrection ont refait surface.

« Une personne qui tient, d'une inspiration que l'on croit être divine, la connaissance d'événements à venir et qui les annonce par ses paroles ou ses écrits. » Ou ses dribbles et ses frappes des deux pieds. Si Hernanes s'est fait surnommer « Profeta » , c'est bien parce qu'il s'est montré capable de diriger une manœuvre offensive, lui offrant élaboration à travers sa vision du jeu et sa conduite de balle élégante, mais aussi réalisation par sa maîtrise des deux pieds. Mais les prophéties ne cèdent pas seulement face au talent. En signant à l'Inter en janvier 2014, Hernanes boucle une période romaine brillante mesurée par 30 buts en 3 saisons de Serie A, puis 6 mois compliqués. Le Brésilien ne prolonge pas l'aventure, remplit de pièces les caisses de son club et de larmes le cœur de ses tifosi, et même le sien. Hernanes part donc vers le nord : une nouvelle terre, de nouveaux tifosi et surtout une nouvelle visibilité et de nouvelles attentes. Treize mois plus tard, au mois de mars, l'idole de Sao Paulo et de la Lazio est donnée pour morte. Ou du moins, les pieds du prophète semblent devenus muets.

Pâques et résurrection


Sous les ordres de Mazzarri, Hernanes joue 14 fois (dont 13 titularisations), mais ne marque que 2 buts. Positionné milieu intérieur gauche, mezzala, Hernanes balbutie son football direct, perdu au milieu des lentes manœuvres du football conservateur proposé par Mazzarri. Le milieu qui devait devenir le Hamsik du 3-5-2 se transforme en espoir déchu. Lorsque Mancini revient à Appiano Gentile et parvient à faire revenir à la vie Guarin et Palacio, ou faire tout simplement venir Brozović, Santon, Shaqiri et Podolski, le sauvetage d'Hernanes semble disparaître de la liste des priorités. Blessé au genou, Hernanes observe le renouveau sans en faire partie. Si Mancini répète tous les vendredis qu' « Hernanes est un joueur qui apportera beaucoup de qualité à l'effectif, mais il doit retrouver sa condition physique » , plus personne n'y croit vraiment. Sur le banc, ou sur le côté dans un rôle inconfortable d'ailier, Hernanes ne marque pas depuis octobre. Et Lotito se permet la cruauté de qualifier sa vente de « chef d'œuvre » .

Et puis, le Prophète renaquit. Dimanche 5 avril 2015, sept heures et demie du matin. Les joueurs de l'Inter sont convoqués aux aurores par Roberto Mancini. Et il ne s'agit pas d'aller chercher des œufs de Pâques à Appiano Gentile. La veille, à San Siro, ils n'ont pu obtenir qu'un match nul 1-1 contre une équipe de Parme en pièces détachées au cours d'une rencontre qualifiée de « dépressive » par les médias italiens. Le vendredi, pourtant, le Mancio avait très sérieusement demandé « dix victoires en dix matchs » . Un échec total. Alors qu'il n'a joué que trois petites minutes la veille, c'est comme souvent Hernanes le sage qui prend la parole ce matin-là : « On s'est entraîné une heure dans le silence. Le Mister ne nous a rien dit, parce qu'il n'y avait rien à dire. Mais on va se relever et surpasser cette crise. »

Dribbles aristocratiques et frappes de balle populaires


Déjà, à la suite de l'élimination contre Wolfsburg en huitième de finale de Ligue Europa le 20 mars, le Brésilien avait été le plus lucide : « À partir de maintenant, nous devons être encore plus humbles pour finir la saison autrement. Il faut courir beaucoup, travailler énormément et entrer sur le terrain comme des durs. Je continue à le dire : il va falloir insister et travailler encore plus durement, c'est le seul chemin possible. Les belles choses n'arriveront pas seulement parce qu'on s'appelle "Inter". Humilité et travail : c'est la seule manière de battre les grandes équipes » . Car la patience paye. Comme toujours, le plus argentin des Brésiliens met en avant sa discipline et son éthique. D'une, il répond au coup de poignard de Lotito par une bénédiction : « Je le remercie de m'avoir donné l'opportunité de jouer en Serie A et je souhaite le meilleur à la Lazio » . De deux, il dribble les rumeurs de départ d'un « je ne partirai pas sans trophée » . Ainsi, quand Mancini estime que sa condition physique est suffisante, il le relance titulaire et pas n'importe où : au poste de trequartista, avec les clés du 4-3-1-2 et au détriment de la recrue Shaqiri. Bilan : une victoire 0-3 à Vérone sur le terrain du Hellas, un derby convaincant lors duquel l'Inter aurait mérité plus qu'un point, et enfin la victoire contre la Roma, « encore plus spéciale » , dixit Hernanes, l'exilé laziale.


Stramaccioni, Mister de l'Udinese, affirme qu'Hernanes « a donné un beau mix de qualité et d'imprévisibilité à la manœuvre de l'Inter » . Contre le Milan, son missile de l'intérieur du gauche avait été stoppé par un Diego Lopez salvateur, et son autre frappe du gauche avait été déviée par la main d'Antonelli : il avait fallu les meilleurs éléments du Milan pour l'arrêter. Plus proche du but qu'avec Mazzarri, Hernanes offre son plus beau visage depuis trois semaines : celui d'un meneur habile avec le ballon et d'un milieu de devoir en phase défensive. Derrière Palacio et Icardi, le Brésilien crée et protège. Armé de cette conduite de balle d'aristocrate, aux dribbles d'apparence parfois superficiels, mais toujours imprévisibles, Hernanes lance ses attaquants et fait remonter ses milieux. « Il y a toujours eu beaucoup de débat autour de ma position sur le terrain. J'ai toujours dit que je préférais jouer plus derrière au milieu, avant je ne me sentais pas à l'aise en tant que trequartista parce qu'il faut être rapide. Mais maintenant que j'ai trouvé un état de forme optimal, je me sens bien. »

L'Udinese, ce curieux souvenir


Confiant dans ses crochets qui partent dans tous les sens, mais aussi dans sa frappe de balle. Lors du derby, il aurait certainement aimé marquer ce coup franc tiré du gauche, comme ce missile qu'il avait envoyé avec son « mauvais » pied contre la Roma en avril 2013. Contre la Roma, justement, le Brésilien a enfin retrouvé le chemin des filets ce dimanche et s'est fait nommer homme du match par la Gazzetta dello Sport. Sous les couleurs de la Lazio, le Prophète avait terminé sa lecture de la parole divine sur un but contre l'Udinese, adversaire de l'Inter ce mardi soir. Et s'il était encore temps de la reprendre ?

Par Markus Kaufmann À visiter :

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