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La preuve par Tello

Contrairement aux Messi, Iniesta, Fàbregas et autres produits de la Masia, Cristian Tello a dû avaler pas mal de couleuvres pour pouvoir s’imposer au sein de l’effectif blaugrana. À lui seul, il définit bien ce qu'est l’opiniâtreté.

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Le 21 avril dernier, dans un des nombreux Clásicos en mondovision, la planète du ballon rond l’avait laissé pantois. Perdu, au milieu d’un Camp Nou bien trop imposant pour ses petites jambes de vingt ans. C’était pourtant le pari de son mentor, un certain Pep Guardiola : inscrire dans son onze-type sa nouvelle pépite made in la Cantera pour affronter l’ennemi, le Real Madrid. Il y avait bien Cuenca, un cran plus rôdé aux joutes du haut niveau, mais c’est bien lui qui a été aligné d’entrée au milieu d’une pléiade de divas. Le petit bonhomme en question, avec sa tête du Monsieur-tout-le-monde ibérique, c’est Cristian Tello. En 81 minutes sur le pré, le minot de Sabadell s’était démené. Mais avait tout raté, la faute, sans doute, à un costume bien trop lourd. Toute la jolie populace voyait en lui un nouvel espoir sans lendemain, prêt à finir ses gammes sous un écusson lambda, bourlinguant de Santander à Saragosse. En trois coups d’envoi aoûtiens, le mignon Cristian a troqué son pot de gel pour un crâne tout rasé. Et a enfin compris qu’à trop faire le beau, il ne percerait jamais. La version 2.0 de Pedro est enfin à jour.

De Barcelone à Barcelone

Cette renaissance, voire naissance, Tello la doit à des nerfs solides. Il faut dire que le gamin sait d’où il vient. Alors qu’il n’était encore qu’un minot du Can Rull, il doit se démerder avec 3000 pesetas par mois, soit une vingtaine d’euros. Le tout pour se rendre aux entraînements, et accessoirement faire le plein de fournitures scolaires, échec footballistique oblige. Finalement, alors que le Mondial asiatique se joue, lui débarque à la Masia. Pendant six années, il parfait son éducation du ballon rond : le toque n’a plus vraiment de secret. Visiblement pas catégorisé comme un futur top-player, il n’est pas conservé au sein de la maison blaugrana. Le voisin de l’Espanyol flaire le bon coup et engage Cristian Tello Herrera. Au sein de l’équipe B, il s’aguerrit, accepte de prendre des coups, marque, un peu, et court, beaucoup. Ni une, ni deux, il reprend la direction du Barça en 2010, toujours pour une place en réserve. Le garçon n’est pas rancunier, car il le sait : le train ne passe que rarement deux fois. Attendre le troisième s’apparente à une douce chimère.

Après avoir fêté son dépucelage chez les grands le 9 novembre 2011, Cristian pense avoir fait le plus dur. Et bah non : la porte de sortie est à nouveau grande ouverte durant l’intersaison. Tito n’est pas le premier Pep venu et ne l’intègre pas dans son squad professionnel. Pas grave, l’intéressé a le temps de se refaire la cerise durant la Bérézina du tournoi olympique de la Rojita et de s’éloigner de ses tracas barcelonais. Il revient sur sa Costa Brava natale remonté comme un coucou. Liverpool, l’Atlético Madrid puis l’Ajax Amsterdam se renseignent. Le Barça écoute, mais Tello souhaite absolument prouver et s’imposer. Finalement, le néophyte de tacticien lui laisse sa chance. Bien lui en a pris. En deux petits mois, le gamin a fini par gommer une bonne partie de ses carences : une tête beaucoup moins dans le guidon, des crochets bien plus tranchants et une conduite de balle moins approximative, entre autres. De là à en faire un titulaire, la marge est grande… Mais franchie par Tito. Pour sa première officielle, le nouveau boss azulgrana aligne son ailier de poche sur le couloir gauche du Camp Nou, en complément d’un Pedro revenu au top. Alexis Sánchez peut profiter de la manita traditionnelle face à la Real Sociedad du banc de touche. Et de la performance majuscule d’un concurrent de plus en plus sérieux.


Le volteface de Tito

Après deux titularisations – une paire de passes décisives face à San Sebastián et un poteau à Pamplune – et une belle entrée face à l’ennemi merengue, Tito s’avoue vaincu. Et s’adonne à une belle figure de style qui se conjugue en un volteface des plus burlesques. «  Il n’a jamais été question d’un départ, nous avons toujours su qu’il allait rester. Il ne fait aucun doute qu’il fasse partie de l’équipe première, il nous apporte beaucoup  » , relaie As. Ce mercredi soir, le mètre soixante dix-huit de Cristian risque tout de même de s’allonger sur le banc du Bernabéu. Histoire, pour Vilanova, de ne pas totalement se contredire. Et pour les observateurs ibériques de se gargariser en cas de belle prestation du gamin. Tello, quant à lui, va continuer à bosser. Car il le ne sait que trop bien : sa place ne sera jamais assurée.

Par Robin Delorme
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