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La Premier League et le spectre du « TGIF »

Étoilée le week-end, avariée en semaine. C'est, avec un soupçon de mauvaise foi, ce que l'on pourrait dire de cette drôle de nourriture footballistique qu'est la Premier League. Compétition la plus riche, la mieux marketée et la plus intense en fin de semaine, le championnat anglais ne s'exporte pas aussi bien sur les pelouses que sur les télévisions.

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Thanks god it's friday. Et merci mon Dieu, pour sauver la mauvaise cuite forcée du vendredi soir - celle où il y a des mecs qui gobent des B-52 avec une cravate sur la tête, il y a la toute puissante Premier League de Steve Bruce. Après avoir passé un bout de soirée à médire sur le mauvais match de Ligue 1 du vendredi soir, « vraiment bidon et sans rythme » et sans avoir une once de considération pour le Multiplex Ligue 2 « au moins, en Angleterre, il y a du monde dans les tribunes en seconde division » , le fan de football lambda va pouvoir décuver tranquillement en chantant son refrain préféré : Sunday, monday, Habib Beye. Non content de se caler devant « le meilleur du foot » selon les publicitaires avertis d'une chaîne cryptée, il va, en plus, vous expliquer pourquoi la Premier League est ce qu'il se fait de mieux.

Parfois, il aura raison. S'ils donnent la gerbe aux puritains et le vertige aux simples observateurs, les récents chiffres des droits TV de la Premier League témoignent d'une chose : le championnat anglais est le mieux marketé du monde. Le plus bankable. The world's most watched league, comme ils disent. Les pelouses ont une bonne gueule, les stades sont pleins, les images sont belles et, de fait, les sponsors mettent la main à la pâte, ce qui permet à des clubs « moyens » de payer plus grassement des joueurs que certaines grosses écuries européennes ne peuvent pas s'offrir. Aujourd'hui, en terme d'entertainment, un monde sépare la Ligue 1 ou la Serie A de la Premier League, qui a l'air d'une NBA au milieu de plusieurs coupes Korać. Cet ardent défenseur de la Premier League aura également raison quand il parlera « d'intensité » . Ah, l'intensité, la recette miracle du championnat anglais. Ni gage de qualité technique, ni caution d'intelligence tactique, l'intensité est ce qui rend la quasi-totalité des matchs anglais digeste quand d'autres championnats accouchent moins épisodiquement d'oppositions soporifiques. Grâce à elle, on dit de la Premier League « qu'elle va plus vite » . Grâce à Jean de La Fontaine, on sait que la tortue peut gagner et que jouer vite ne veut pas dire bien jouer. Toujours est-il que cette intensité, cette aptitude des joueurs à courir, à mettre du rythme, à s'arracher sans compter, débouchent parfois sur des matchs comme le Tottenham - Arsenal (2-1) du 7 février dernier. Le genre de match qui donne à la PL des passe-droits en terme d'exigence comparé aux autres championnats. Ces affiches nombreuses (entre Chelsea, City, United, Arsenal, Liverpool ou encore Tottenham), participent également à la réputation de « meilleur championnat du monde » de la Premier League, qui est en fait le championnat le plus homogène du monde.

Mais pour un Tottenham - Arsenal, combien de Chelsea - Manchester City ? Une affiche qui a une gueule, des grandes gueules, aussi, mais rien de passionnant ces derniers temps si ce n'est l'enjeu sportif. En Espagne, il n'y a « que » trois gros, mais les affiches sont souvent de meilleure qualité globale - on ne parle pas d'intensité ici - que les gros matchs de Premier League. Alors forcément, la Ligue des champions apparaît ici comme un révélateur. S'il est trop facile de se farcir les clubs anglais après la phase aller des huitièmes de finale de la Ligue des champions, les performances de Chelsea, d'Arsenal et de Manchester City posent des questions auxquelles l'Europe du football se chargera de répondre. Longtemps rois de la C1, où ils ont été capables de placer trois membres dans le dernier carré, les clubs anglais s'exportent moins bien cette année. La prestation de Monaco, logiquement saluée mercredi, a également été l'occasion d'apprécier l'incroyable faiblesse d'Arsenal après le premier quart d'heure. Manchester City s'en est très bien sorti (1-2), mais a pris une leçon de football face à Barcelone, tandis que le leader incontesté, Chelsea, a eu ce qu'il voulait, mais sans briller, sur la pelouse d'un Paris Saint-Germain moins fort que la saison passée. Alors certes, si comme le dit Vincent Kompany, « Stoke, c'est plus dur que le Barça » , la Premier League expose chaque jour un peu plus ses limites techniques et tactiques sur la scène européenne. Comme s'il était facile, dans l'entresoi d'un championnat homogène, de rouler des mécaniques, mais que confronté à un autre football, peut-être moins vendeur, mais pas moins bon, les Anglais perdaient leurs repères comme des joueurs NBA confrontés aux règles FIBA. En face, il y a parfois moins de rythme, mais souvent plus de roublardise, d'organisation, de pragmatisme et de modestie. Et dieu sait qu'au moment d'aborder le week-end, elle est mère de sûreté.



Par Swann Borsellino
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