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La politique du stade vide

Au regard de la situation de Ioulia Timochenko, détenue en Ukraine, le gouvernement français, Valérie Fourneyron en tête, a décidé de n'envoyer aucun de ses ministres assister aux matchs de poule des Bleus.

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Certes, on attendait le nouveau gouvernement au tournant pour son premier grand choc footballistique. Nous ne sommes pas déçus. Avant le début de la rencontre contre la Serbie, et sûrement inspiré par le patronyme du stade, Auguste Delaune - un résistant communiste torturé à mort par la gestapo, qui avait été un fervent partisan du boycott des Olympiades de Berlin en 1936 - Valérie Fourneyron, ministre des Sports, de la Jeunesse, de l’Éducation populaire et de la Vie associative, a indiqué qu' « aucun membre du gouvernement ne sera aux matches en Ukraine  » . La principale raison invoquée s'inscrit dans la foulée des positionnements allemand et européen, c'est-à-dire « la préoccupation qui est la nôtre du respect des valeurs européennes et notamment à la lumière de la situation de Mme Timochenko  » . Il n'est pas inutile de rappeler, à ce point, que l'équipe de France va jouer tous ses matchs de poule en Ukraine et que les Bleus vont y résider, suite notamment à la pression de la FFF sur le staff.

Cette annonce, parfaite dans son timing, ne constitue pas en soi une surprise. Ce dossier, géré d'abord entre l'Élysée et le quai d'Orsay, offre l'opportunité à François Hollande de parler directement, avec un maximum de bruit médiatique, à l'opinion et à la communauté internationale. Bref, de démontrer un changement de ton, le tout sans grand risque ; nous sommes loin d'une rupture des relations diplomatiques, hein, mais bon. À l'instar de l'abrogation le même jour de la circulaire Guéant sur les étudiants étrangers, il s'agit de marquer les esprits avec des gestes symboliques, en attendant l'onction des législatives pour s'y mettre vraiment, et surtout d'indiquer que le pouvoir a bel et bien changé de main. Car, au regard de l'Histoire, nous nous retrouvons dans une situation assez inédite et quelque peu bâtarde. L'objectif de tout boycott vise avant tout à faire pression ou, tout du moins, à isoler le pays concerné. Or si, évidemment, l'absence des représentants officiels peut vexer quelques hiérarques ukrainiens, ces sièges vides ne vont guère peser ni amoindrir l'impact et le déroulement de l'Euro.


D'autres solutions plus conséquentes existaient après tout, bien plus efficientes que ce petit geste de mécontentement, sans parler évidemment de rappeler les ambassadeurs. Le véritable courage politique n'aurait-il pas consisté, par exemple, à interdire tout simplement le déplacement des Bleus ? En gros, d'annoncer leur retrait de la compétition de leur propre chef ? Or cette option n'a été évoquée par personne. De son coté, la FFF et son président, ex-maire socialiste et « hollandiste » patenté, ont confirmé clairement leur intention de rester aux cotés de la sélection nationale, y compris en Ukraine. Ensuite, le coût politique en aurait été un peu rude à porter pour le président « normal » . Sans oublier que, avec l'ombre de l'Euro à la maison en 2016, cela aurait signifié entrer en conflit ouvert avec l'UEFA et la FIFA – très sourcilleuses de leur autorité et de leur droit à flatter n'importe quelle dictature si besoin est -, avec, qui sait, en mesure de rétorsion, un possible retrait de l'organisation de la compétition. Voilà une perspective infiniment plus redoutable que l'éventuel mouvement d'humeur de l'actuel pouvoir ukrainien. Enfin, avec le risque également de voir se multiplier les exigences éthiques au moindre match des Bleus... Valérie Founeyron pourra se consoler en allant soutenir les Bleues au tournoi olympique, où elles affronteront les États-Unis, la Colombie et la Corée du Nord. Pas d'inquiétude, il paraît que les discussions sur le nucléaire ont repris à Pyongyang...

Nicolas Kssis-Martov
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