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La mue du Mou ?

Trois mois et deux cent millions d’euros de recrues après l’arrivée de José Mourinho à la tête de Manchester United, un constat semble s’imposer : ça ne marche pas. Pas encore, tout du moins. Et si l’entraîneur portugais, largement remis en question à la suite du mauvais départ des Red Devils cette saison, était malgré tout la solution ?

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José Mourinho est mort ? Auteur d’un début de saison plus que poussif avec Manchester United (25% de défaites en compétitions officielles), moins bon que celui de Louis van Gaal l’an passé comme le rappellent quotidiennement les accros de la statistique, Mourinho est chahuté. Déjà. Un peu plus de trois mois après son arrivée en grande pompe sur le banc des Red Devils. Plus que le rendement décevant de ses stars qui lui ont coûté la peau du cul – Ibrahimović, Mkhitaryan qui n'entre même pas dans ses plans ou Pogba et ses 105 millions en tête –, auquel s'ajoutent les cas Schweinsteiger, interdit de jouer depuis des semaines, et Rooney, que les rumeurs envoient un peu partout en Europe, c’est l’épaisseur tactique et le personnage de l’entraîneur portugais qui sont remis en question par ses détracteurs. Qui s’interrogent, avec délice : et si le Mou, avec son palmarès long comme sa langue bien pendue, et dont la précédente aventure à Chelsea s’est mal terminée, oubliant au passage son doublé Coupe de la Ligue/championnat en 2015, était tout simplement fini, ringard, has been ? La vérité est peut-être ailleurs.

La décennie Mourinho


À y regarder de plus près, plus que Pep Guardiola, que Marcello Lippi, qu’Arsène Wenger, l’autoproclamé Special One était l’entraîneur parfait de la première décennie du XXIe siècle. Le trait d’union parfait entre les têtes brûlées des années 90 et le football aussi lisse, aseptisé, que marketé d’aujourd’hui. Une décennie qu’il a passée à dompter les excès de virilité de Ricardo Carvalho, Jorge Costa, Costinha, John Terry ou Marco Materazzi(1). De Christian Chivu, Dejan Stanković, Iván Córdoba et Lúcio. De cette gueule cassée de Khalid Boulahrouz. Du Thiago Motta dans sa version la plus vicieuse. Du Wesley Sneijder dans sa version la plus égocentrique. Tout juste a-t-il pu profiter, au Real Madrid, du Pepe encore moche et méchant qui sévissait au début des années 2010. Une décennie lors de laquelle il a soulevé dix-sept de ses vingt-trois titres, 74%, dont les plus marquants. Une décennie qu’il a d’ailleurs conclue, comme un symbole, par une Ligue des champions, remportée avec la plus belle bande de salopards que la Terre ait portée, l’Inter Milan 2010. José Mourinho survolait ses années-là, parce qu’elles lui ressemblaient.

La mise à jour du logiciel Mourinho


Sauf qu’il n’y a pour ainsi dire plus de salopards de compétition sur les terrains ; Diego Costa se sent bien seul, Thiago Motta joue en charentaises et Pepe est (re)devenu un (très bon) joueur de foot. Exit Thomas Gravesen, Mark van Bommel, Ben Thatcher, Cyril Rool... Pire, en 2016, le grand public ne veut plus d’un entraîneur qui va sciemment chercher un 0-0 à l’extérieur. Qu’est-ce qu’il a pris, le José, en se contentant d’un nul sans but, sans saveur, à Liverpool, avec sa formation en plein doute face à une équipe en pleine forme... De plus, les médias se sont trouvé une nouvelle coqueluche, aussi forte en gueule, aussi charismatique, qui a des résultats, présente une alternative acceptable au « beau jeu » et porte aussi bien le costume cintré, mais se révèle moins clivant : Diego Simeone. El Cholo, c’est le présent et l’avenir. José Mourinho, lui, est un vestige des années 2000. Un survivant. Le dernier des salopards. Peut-être, mais il n’est pas tout à fait dépassé. Médiatiquement, l'homme de cinquante-trois ans semble même déjà s'être assagi, loin du Mourinho qui dégoupillait sans retenue tous les quatre matins dans la presse, après les matchs ou en conférence de presse. Preuve qu'il n'est jamais trop tard pour changer. Chez les Mancuniens, il a la matière, les moyens, l’ambition et le challenge du Manchester City de Guardiola à 6 kilomètres à vol d’oiseau d’Old Trafford. Que lui manque-t-il, donc ? Pour une fois, contrairement à ses précédentes expériences, il n’a besoin que de temps. Régulièrement décrit – décrié – comme un entraîneur dont le cycle dure deux ans avant que ses équipes et leur vestiaire n’implosent, il pourrait cette fois avoir besoin de deux ans pour renaître, se réinventer et construire son Manchester United. Ou reconstruire Manchester United, tout court. Alors... vive José Mourinho ?




Par Pierre Maturana 1 : Materazzi étant un de ces joueurs spéciaux pour le Mou, avec qui il aime échanger des étreintes viriles les soirs de victoire.
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