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La mort sur scène de Jock Stein

Le 10 septembre 1985, le mythique entraîneur Jock Stein décède dans les derniers instants d'un match crucial entre Écosse et Pays de Galles. Retour sur la carrière d'une légende des bancs de touche.

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Jock Stein respire un peu mieux. A la 81 minute, Davie Cooper, entré à la place de Gordon Strachan, transforme un pénalty. Ce résultat nul offre à l’Écosse l'opportunité de disputer un barrage de qualification pour la Coupe du Monde 1986, face à l'Australie. Reste à ne pas céder dans les derniers instants de la rencontre dans un Ninian Park de Cardiff plein à craquer. Cette rencontre 
décisive avait pris une tournure critique pour les hommes de Jock Stein dès le premier quart d'heure, et l'ouverture du score de Mark Hugues. A la mi-temps, Jim Leighton, le gardien titulaire de l’Écosse, perd ses lentilles, et doit laisser sa place à sa doublure. Sous la pression galloise, les dernières minutes de la rencontre deviennent insoutenables pour Jock Stein. A quelques poignées de secondes du coup de sifflet final, il s'effondre. Victime d'un infarctus. Le plus grand manager écossais de tous les temps s'éteint à 62 ans. Son adjoint, Alex Ferguson, prendra sa succession, et dirigera l’Écosse lors du Mondial mexicain.

« Un football pur, beau et inventif »

Jock Stein est entré dans la légende le 25 mai 1967. Ce jour-là, le Celtic Glasgow donne au football britannique sa première Coupe des champions. Face à l'Inter Milan façon catenaccio d'Helenio Herrera, les Bhoys proposent un « football pur, beau et inventif » selon les propres mots de leur entraîneur. Deux ans après avoir pris le club en main, Jock Stein réussit le tour de force de conquérir l'Europe en misant sur des joueurs nés à Glasgow (dix, au total). Il s'agissait de la première participation à la compétition reine pour le Celtic. « Maintenant, tu es un immortel » lui glisse son homologue, Bill Shankly.

La méthode Stein s'appuie sur la confiance donnée aux joueurs, à leurs capacités techniques. Son Celtic n'a rien de la caricature d'équipe britannique plus à l'aise pour combattre dans les airs que pour manœuvrer au sol. L'ancestral fighting spirit est toutefois loin d'être remisé au placard, mais cette ressource ne fait pas de la conquête du ballon une fin en soi mais le point de départ du déploiement d'un jeu d'essence continentale. Tout ressemblance avec le style imprégné par Alex Ferguson à Manchester United ne serait pas forcément fortuite. Confiant envers ses joueurs quand ils se trouvent sur le terrain, Stein l'est toutefois moins dès qu'ils déchaussent leurs crampons. Son efficace réseau d'espionnage mis en place dans Glasgow a ainsi valu à ses ouailles parties vider quelques pintes quelques rappels à l'ordre musclés.

Un protestant au Celtic

S'il a passé les six dernières saisons de sa carrière de footballeur au Celtic, « Big Jock » , son surnom, ne pensait pas pouvoir prendre un jour les rênes du club vert et blanc. Une question religieuse. Stein était protestant. Son ère sur les bancs, Stein la débute donc à Dunfermline. Il offre sa première Coupe d’Écosse au modeste club, et le guide vers un quart de finale de Coupe des Coupes. La qualité de son CV commence à l'emporter sur les querelles de paroisse. En 1965, après un court passage à Hibernian, il est recruté par le Celtic Glasgow. Stein y restera treize ans, le temps de remporter dix championnats, dont neuf de rang, et huit Coupes d’Écosse. En 1970, Big Jock conduit le Celtic vers une nouvelle finale de Coupe des champions, cette fois perdue face au Feyenoord. Ses préceptes, Stein va finir par les appliquer à la tête de la sélection nationale. En 1978, sa Fédération le débauche de Leeds, où il n'aura séjourné que 44 jours… comme Brian Clough. Le manager bardé de titres échoue à qualifier son pays pour le championnat d'Europe, mais l'emmène au Mondial 1982.

En Espagne, l’Écosse se montre audacieuse, mais échoue pour une différence de buts inférieure dans un groupe où elle cohabite avec le Brésil et l'URSS. En 1986, avec Ferguson à sa tête, l’Écosse ne fera pas mieux, comme le veut la tradition de la sélection marine. Le jour du décès de Jock Stein, l'actuel manager de Manchester United est abasourdi. « Je n'ai pas versé une larme avant la sortie de l'avion, conte-t-il, j'ai alors pris la route de Glasgow à Aberdeen, je me suis arrêté sur une aire de repos, et là je me suis effondré. Pour moi, Jock a été le précurseur de tous les succès et défis auxquels on devait aspirer. Les éloges glissaient sur lui. Il préférait se féliciter de disposer d'équipes magnifiques. Cette générosité dit tout de lui. Pour toute personne qui cherchait à améliorer sa formation footballistique, Jock Stein était une université à lui seul » . Le jour de son décès, "Big Jock" avait préféré ne pas prendre son traitement contre ses problèmes cardiaques. Il voulait être certain d'être totalement lucide pendant cette rencontre qui pouvait être fatale à ses joueurs…

Youtube


Marcelo Assaf, avec Thomas Goubin
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lo947
Aucune introduction dans l'article, le début donne peu envie de le lire...
JaphetNdoram Niveau : District
Oui ça manque sûrement d'un chapô et les Gallois ne sont pas clairement identifiés comme les adversaires des Ecossais même si on comprend avec Hugues et Cardiff.

Sinon, bah comme il est de coutume pour ce genre d'articles, merci de nous apprendre des choses. Continuez !
Excellent article! Mais je crois qu'il contient une légère coquille... "S'il a passé les six dernières saisons de sa carrière de footballeur au Celtic, “Big Jock”, son surnom, ne pensait pas pouvoir prendre un jour les rênes du club Vert et Blanc. Une question religieuse. Stein était protestant."
Ok, mais le Celtic est le club protestant de Glasgow, et ce sont les Rangers qui s'inscrivent dans la communauté catholique.
Sinon que du bonheur! Merci

C'est sûr que ça n'arrivera pas à Mécha Bazdarevic...
@Mau: c'est le contraire. Le Celtic a été fondé par des immigrants irlandais, donc catholiques. Les Rangers sont par tradition loyales envers la couronne britannique, donc protestants anglicans.
Il est parvenu à refaire une équipe de l'Ecosse qui s'était plantée en beauté en 78 et qui a trop sacrifié son match face au Brésil en 82. Un match superbe contre l'URSS ensuite en fin de parcours. Tiens pour l'anecdote en 67 quand ils ont gagné la coupe d'Europe à Lisbonne, leur gardien a demandé à ses défenseurs de le couvrir pour pas qu'on puisse faire une photo de lui avant qu'il n'ait remis ses fausses dents :))
Kevin Quigagne 2 Niveau : DHR
Et ouais, Jock Stein…

http://www.youtube.com/watch?v=pIDYE-XBq2E

Sa statue trône désormais devant Celtic Park (depuis mars 2011).

Petite anecdote sur Jock Stein : sans lui, Kenny Dalglish ne serait sans doute jamais devenu footballeur.

En mai 1967, les parents Dalglish (supps des Rangers) reçoivent la visite d’un dirigeant de l’ennemi juré : le Celtic de Glasgow, managé par Jock Stein, ancien mineur de fond en place depuis 1965. C’est Sean Fallon, l’adjoint de Jock Stein, qui se rend ce jour-là chez les Dalglish.

En entendant Fallon débarquer, Kenny (16 ans) se précipite dans sa chambre et arrache ses posters Rangers du mur. Fallon persuade la famille de lui confier le rejeton.

L’irruption dans la vie des Dalglish de l’émissaire des suppôts du diable se révélera déterminant. Sans Stein, Kenny Dalglish aurait continué son apprentissage de menuisier commencé l’année précédente, serait vite entré dans la vie active et sans doute passé entre les mailles du filet.

mau (0)
10/09 à 22:31
Excellent article! Mais je crois qu'il contient une légère coquille... "S'il a passé les six dernières saisons de sa carrière de footballeur au Celtic, “Big Jock”, son surnom, ne pensait pas pouvoir prendre un jour les rênes du club Vert et Blanc. Une question religieuse. Stein était protestant."
Ok, mais le Celtic est le club protestant de Glasgow, et ce sont les Rangers qui s'inscrivent dans la communauté catholique.
Sinon que du bonheur! Merci


N'importe quoi là...
La communauté Irlandaise soutient le Celtic depuis toujours...
Je suis pas sur que tu sortes vivant d'un bar en Irlande (et pas en Ulster) en commençant par "amis protestants..."

http://www.celticglasgow.fr/spip.php?article44

http: // www.you tube.com /watch ?v=dt 9Iqa79 vfU

Ordinary Man

Ps: Désolé pour le double post, pour mon premier commentaire, j'aurais pu faire mieux...
@Vauclin
@ZizouGabor
Au temps pour moi, j'ai fait un sacré mélange... Merci pour la précision
Kevin Quigagne 2, serais-tu Dieu ou un être avec un savoir illimité?
Vincent Chase Niveau : DHR
C'est pour ce genre d'article que je lis SoFoot.
Pas pour qu'on me lise la biographie de Rooney, pas pour qu'on me détaille les entraînements de Zlatan, pas pour qu'on me dise que CR7 s'est recoiffé 2 fois plus que Messi lors du dernier Classico... mais pour lire ce type d'article où tu apprends quelque chose qui fait partie de l'Histoire du foot.
TheLizardKing Niveau : District
Ce genre de rétrospective historique fait tellement de bien ! C'est ça qu'on veut lire sur So FOOT, peut-etre moins grand public mais bien plus intéressant. Il faut initier les gens à ce genre d'article pour ne pas que la culture footballistique et supporter ne disparaissent.

Et oui, l'essence du football a toujours été la passion et non l’esthétisme. Sans animosité, il n'existe pas que le passements de jambes de Ronaldo, les slaloms de Messi ou Ibra. Sans tomber dans le populisme, j'invite les gens à élargir leurs connaissances footballistiques, on y apprend beaucoup.

Kevin Quigagne2, je me permets de te faire de la pub parce que tout travail mérite récompense. Régalez-vous : http://cahiersdufootball.net/blogs/teenage-kicks/.
TheLizardKing Niveau : District
http://cahiers du football.net/blogs/teenage - kicks/

Sans les espaces.
@ MAU: Le Celtic est bel et bien un club catholique tandis que les Rangers sont protestants.
@MAU: Désolé pour le commentaire, sachant que tu as déjà remarqué la confusion.
C'est pour ce genre d'article que j'ai plaisir à revenir sur sofoot.com. Merci.
Kevin Quigagne 2 Niveau : DHR
@ Wingnut.

Non, non, je te rassure : rien de divin ou surnaturel là-dedans :-). Je suis simplement un mordu de football anglais depuis l’enfance (lointaine), raison principale de ma migration en Angleterre il y a bien longtemps.

A la vérité, je connais mal le football écossais mais je m’intéresse beaucoup à Liverpool (grosses connections entre LFC et l’Ecosse bien sûr) et j’ai un peu lu sur Kenny Dalglish (dont sa dernière autobio, My Liverpool Home) et je me suis souvenu de cette anecdote.

J’ai aussi un peu lu sur Stein, obligatoire, si on lit ou s’informe beaucoup sur le foot anglais, on tombe forcèment un jour ou l’autre sur un(e) article/DVD/dossier/chapitre/émission/fanzine/etc. sur Jock Stein. Surtout en ces temps de Nostalgia business.

Pis c’est quand même Jock Stein qui brisa l’hégémonie des clubs latins en Coupe d’Europe avec une équipe assemblée pour… 42 000 £ seulement ! (même pour l’époque, c’était peanuts). Cette équipe vainqueur de l’Inter Milan à Lisbonne était bâtie sur la solidarité, la fidélité sans faille et l’appartenance à une communauté (tous les « Lisbon Lions » étaient de Glasgow).

L’ironie de l’histoire, c’est que les Glasgow Rangers, que Dalglish supportait donc, ne voulurent jamais du jeune Kenny (aucun essai offert, rien, malgré sa sélection U15 pour l’Ecosse). Vache quand même ces Gers.

Liverpool et West Ham l’avaient essayé à 14-15 ans et le voulaient mais ses parents décidèrent qu’il était trop jeune pour s’exiler. Ils pensaient aussi je crois que les Rangers finiraient par lui proposer un essai. Enorme déception pour eux.
Ce fut le Celtic qui le prit, vraiment sur le fil. A peu près en même temps que Lou Macari d’ailleurs, autre grand bonhomme du foot écossais et ex Man United Legend.

Je vais pas vous faire toute l’histoire de la carrière ecossaise de Dalglish mais c’est vers 1975-76 qu’il commence à lorgner vers l’Angleterre. Car c’est à ce moment-là que le fossé entre salaires anglais et écossais se creusa et que le Celtic de Stein piqua du nez.
Cette saison-là, Dalglish a changé de stature et il devient capitaine du Celtic. Cependant, pour la première fois depuis douze ans, l’exercice sera blanc (précisons que Jock Stein passe quasiment un an à l’hôpital, grave accident de voiture).

Au milieu des années 70, même si le Celtic figure, sur le papier, parmi les quinze meilleurs clubs européens sur les dix dernières saisons, en réalité, c’est un club affreusement mal dirigé et qui se repose sur ses lauriers.
Surtout au niveau des investissements et salaires proposés, ce dont parlent souvent les joueurs entre eux.

Le football sort de son cocon national, il s’internationalise et les exports écossais envoient des nouvelles d’Angleterre à ceux restés ou encore coincés au pays, des comptes de fée avec pas mal de zéros (enfin, relativement parlant car les plus gros salaires du foot anglais plafonnent à max. environ 10 000 £/mois milieu Seventies, soit cent fois moins qu’aujourd’hui – et avec une taxation bien plus punitive, du 70 % il me semble !).

Si aujourd’hui les salaires et autres sont discutés ouvertement et au vu et au su de tous (internet, réseaux sociaux, agents, insiders, publications des comptes Clubs, etc.), à l’époque – et jusqu’aux Nineties – tout ça était très contrôlé, voire confidentiel, et les joueurs écossais ne connurent le salaire des copains exilés en Angleterre qu’en discutant avec eux.

Mi années 70, Jock Stein, à la barre du Celtic depuis 1965, s’entend alors très mal avec le directoire et essaye de faire évoluer les choses. Il considère leur frilosité £ comme un manque d’ambition. A l’époque, le Celtic a théoriquement les moyens de retenir ses meilleurs joueurs (tous locaux) mais le club est notoirement connu pour avoir une « Biscuit tin mentality ».

Desmond White, le très décrié et puissant directeur du directoire (et au Celtic depuis 1947 !), dirige le Celtic d’une manière très conservatrice. Et il est plutôt du genre avare, très avare. Malgré les affluences élevées et le succès du Celtic, les coulisses du club révèlent un amateurisme effrayant.

On place même l’argent dans des boîtes de chaussures (d’où l’analogie avec les boîtes métalliques dans l’expression « Biscuit tin mentality ») et les bureaux du club se trouvent au-dessus du Blue Lagoon, un miteux fish ‘n’ chips du centre de Glasgow !
Et ouais, le Celtic, ce grand d’Europe, avait son QG au-dessus d’un vulgaire « chipie »…

Je dois arrêter là mon trip down memory lane, le reste est fascinant mais n’a pas sa place ici dans les commentaires. Désolé pour le pavé.
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