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La mort de Garrincha

Le 20 janvier 1983, il y a exactement 29 ans, décède l'un des plus grands joueurs de tous les temps : Garrincha. Le dribbleur difforme à la vie tragique. La parfaite antithèse de Pelé.

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Son regard était perdu. Celui d'un alcoolique. Le regard de celui qu'on exhibe pour avoir touché au divin, mais qui traîne désormais ses semelles dans la poussière. En 1980, seulement trois ans avant sa mort, Garrincha trône sur un char du carnaval de Rio. L'air las, il salue la foule. Ses bras ressemblent à ceux d'un pantin. Quelques larmes coulent sur ses joues pleines de capirinha et d'aguardiente. Les mêmes que verseront ses compatriotes le jour de sa mort, le 20 janvier 1983.

Le premier enterrement de Garrincha a lieu dix ans plus tôt. Un jubilé est organisé au Maracana. "La Joie du Peuple", l'un de ses surnoms, fait peine à voir, mais les 130000 spectateurs veulent encore croire qu'une étincelle peut jaillir des pieds de celui auquel ils s'identifient. Du temps de sa splendeur, Botafogo refusa de le laisser partir vers la Juventus ou le Real Madrid. En 1971, son épouse et chanteuse de samba, Elsa Soares, cherche à trouver un remède aux addictions et à la ruine de Garrincha. Le couple bohème débarque à Paris. Une rumeur l'envoie au Red Star, mais sauf quelques modestes clubs brésiliens, où il terminera sa carrière, personne ne veut plus du talent consumé de Mané, meilleur joueur de la Coupe du Monde 1962.

Cirrhose, ruine, et l'absence de Pelé

« Moi, je ne vis pas la vie, c'est la vie qui me vit » déclara un jour Garrincha. Exacte synthèse de ce que représenta son passage sur terre. Une fois ses adieux faits au football, l'antithèse de Pelé pénètre dans un tunnel condamné, dénué d'issue de secours. "O Rei" considéra sa carrière comme un capital à faire fructifier, Garrincha, lui, y laissa toute son énergie, dans l'épuisant enchaînement entre nuits sans fin et obligations du terrain. Le double vainqueur de la Coupe du Monde (58 et 62) terminera sa vie dans la ruine, dans une maison louée par la fédération brésilienne, au sein d'une ancienne cité ouvrière. Sa cirrhose finit par lui faire enchaîner les hospitalisations, comme il enchaînait auparavant ses feintes d'estropié. Six centimètres séparaient la longueur de sa jambe droite de sa gauche. Ses gardes du corps trébuchaient, lui maintenait son équilibre précaire. Au moins sur le terrain. Le 20 janvier 1983, l'agonie de Garrincha prend fin. Une veillée mortuaire est organisée au stade Maracana. Un drapeau de Botafogo couvre son corps.


Des dizaines de milliers de Brésiliens viennent le saluer une dernière fois, avant de suivre son dernier voyage vers le cimetière Raiz de Serra, situé à 50 kilomètres de Rio de Janeiro. Les ponts de la cité carioca se remplissent pour saluer le passage du cortège funéraire. Pelé, lui, n'est pas là. Plus tard, "O Rei" affirmera détester les enterrements et surtout, n'avoir jamais été ami avec un homme qui sirotait de la capirinha en plein entraînement, et qu'il avait vu le revolver à la main à la suite d'une dispute avec Elsa Soares. « Pelé symbolise la gagne, a écrit le journaliste anglais, et spécialiste du Brésil, Alex Bellos. Garrincha, lui, symbolise le plaisir du jeu pour le jeu, et le Brésil n'est pas un pays de vainqueurs, mais un pays où les gens veulent s'amuser » . Un pays où l'on peut donc aussi gagner deux Coupe du Monde en s'amusant. Comme Garrincha.

Par Marcelo Assaf et Thomas Goubin
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